L’olivier est chez lui dans le pays chaoui. Ce sont les différentes politiques agricoles qui se sont succédé qui ont fait d’autres choix, erronés, voire obsolètes et incorrects et qui ont fini par nous faire croire que tazmourt (l’olivier), cet arbre rustique, a été introduit dans les Aurès récemment.

Selon les propos de spécialistes, l’olivier est pour le pays chaoui ce que le palmier dattier est pour les Zibans. Les preuves matérielles des historiens, ce sont les pièces de monnaie de l’époque numide qu’on trouve dans la région où le rameau d’olivier est omniprésent, surtout les pièces datant de l’époque de Massinissa.

Ce ne sont pas les institutions officielles qui ont sauvé d’un trépas certain cet arbre de la famille des Oléacées, mais plutôt des arboriculteurs et des habitants de l’arrière-pays, pour qui l’olivier n’est pas seulement un arbre mais un legs des anciens dont il faut prendre soin. Le nombre de moulins à huile (presse) à l’abandon, dans les zones rurales de la wilaya de Batna et les wilayas voisines, indique bien qu’il y avait des oliveraies, des moulins et de l’huile. Un triptyque qui a été cassé volontairement ou involontairement va mettre beaucoup de temps pour se relever, nous disent les montagnards avec leur légendaire bon sens paysan.
En effet, de lamentables erreurs qui dénotent une absence totale de stratégie, ont failli anéantir et à jamais une immuable alliance entre toute une population et une culture créatrice de richesse, de stabilité, de main-d’œuvre et, pourquoi pas, dans les années à venir une source de rentrée de devises pour peu que les différents acteurs, services agricoles, producteurs, investisseurs, conjuguent leurs efforts pour faire renaître cette pratique plurimillénaire.

Apprendre des erreurs du passé
Un sillon à blé pour Arris, pays de la pomme ! Station de concassage sur des terre agricoles, tout cela semble faire partie d’un passé révolu. C’est du moins ce qu’on nous dit au niveau des services agricoles de la wilaya de Batna. Si l’arboriculture d’une manière générale sort d’une longue léthargie – pommiers, abricotiers, poiriers-, l’olivier semble être le mieux placé et le fer de lance de cette renaissance. Le directeur des services agricoles de la wilaya de Batna, Kamel Edine Benseghir, agronome de formation, est formel à ce sujet quant au retour en force de l’olivier et de l’oléiculture qui, lors d’une certaine époque, était réduite à une peau de chagrin. Il ne passe pas un jour sans qu’un arboriculteur des quatre coins de la wilaya ne vienne nous demander conseil et aide pour se lancer dans cette culture et c’est le même cas dans les wilayas limitrophes. Et d’ajouter : «La région connaît un vrai développement dans le domaine oléicole et depuis plus d’une quinzaine d’années, un retour que l’on peut considérer comme naturel et normal, car l’olivier a sa place, pas uniquement dans le domaine agricole, mais aussi dans la culture et l’imaginaire populaires des habitants de la région. On attribue pas mal de vertus curatives à l’huile d’olive et souvent ce n’est pas faux. Batna occupe le 5e rang au niveau national quant à la production d’huile d’olive et nous avons l’ambition, de la hausser au premier rang, car tout les indicateurs et ingrédients le permettent. A titre d’exemple, nous sommes passés de 4 hectares à 12 hectares. L’engouement n’est pas un phénomène, mais un retour à la normale. Le fellah ou l’arboriculteur dans la région connaît l’olivier et depuis la nuit des temps, il y a eu des oliviers dans toute la région. S’ajoute le fait que cet arbre rustique n’est pas exigeant comme les autres arbres. En termes de rentabilité, il est parmi les meilleurs, sinon le meilleur, et avec beaucoup moins de charge que d’autres arbres dit fruitiers. »
Pour joindre l’acte à la parole, des instructions sont données par le premier responsable du secteur agricole pour se mettre à la disposition des arboriculteurs, grands et petits, des investisseurs et autres propriétaires de moulin, presse-huile , dont certains ont ouvert leurs portes, il y a à peine cinq ou six ans , après avoir constaté que la production d’olive, surtout celle réservée à la presse, ne cesse de grimper. Les ingénieurs agronomes préconisent aux producteurs des variétés et leur en déconseillent d’autres. A titre d’exemple, la variété sigoise est déconseillée et précisément par ces moments de pluviométrie peu généreuse car cette variété exige de l’eau. Or l’olivier n’en demande pas beaucoup, mais en demande à des moments précis avec une irrigation d’appoint. Les jeunes ingénieurs agronomes nous parlent des bienfaits du goutte-à-goutte qui a montré son efficacité quand cette technique est bien utilisée.
Belkadi Samia, ingénieur principale en agronomie et protection des végétaux, se dit optimiste quant à l’avenir de l’oléiculture dans la wilaya de Batna et dans le Grand-Aurès. Elle dit recevoir des agriculteurs qui ont fait la résistance et qui n’ont jamais abandonné l’olivier, d’autres qui sont nouveaux et qui veulent se lancer dans la production des olives et de l’huile. En plus des orientations, des conseils et instructions, elle met à leur disposition des brochures et dépliants qu’elle nous montre. Une vraie mine d’informations. On y trouve un peu de tout. Les travaux de préparation de la terre, la méthode de labour, la lutte contre les fléaux et ravageurs, dont le plus connu reste la mouche de l’olive, l’usage des produits minéraux, des signaux et des pièges pour attirer les insectes nuisibles et les détruire.

Investisseurs, associations et autres intervenants
De l’avis des observateurs, l’une des premières tentatives concluantes reste le moulin à huile d’olive Fatima, dans la région de Boumia (Tahmamat). En effet, l’investisseur M. Benchadi avait vraiment pris de gros risques avec un investissement lourd, à savoir une oliveraie de plus de 1 000 oliviers et un moulin à huile, dans l’esprit en vogue dans le monde entier, producteur vendeur. L’initiative a donné des résultats probants, puisque deux ans après, le propriétaire était dans l’obligation de se doter d’un moulin plus performant et d’une plus grande capacité pour répondre aux besoins de ses clients. En plus de sa propre production en huile extra vierge, il presse aussi pour les producteurs de toute la région et beaucoup viennent des wilayas limitrophes et même plus loin, jusqu’à Souk Ahras à plus de 300 km. La réussite du moulin Fatima est devenue un exemple puisque d’autres investisseurs ont entamé de nouvelles expériences qui sont déjà en production, grâce à une nouvelle variété d’olivier importée d’Espagne, qui donne le fruit deux ans après sa plantation. Une oliveraie de plus de 12 000 oliviers à Bitam, dans la région de Barika, une autre beaucoup plus importante à Seriana, 30 km au nord de Batna.
Beaucoup plus petit, le moulin semi-mécanique des Benbouza à Maâfa continue de recevoir une clientèle fidèle et ce depuis des lustres. Sur place, les clients peuvent attendre jusqu’à deux, trois jours pour récupérer leur précieux liquide, l’huile d’olive. Ils disent que ça ne les dérange pas outre mesure pour peu que leur huile soit bien pressée et ne passe pas par une machine moderne qui broie aussi bien l’olive que son noyau. Les traditions ont encore de beaux jours devant elles.
Le dernier mot revient à Gani Samir, gérant de la sarl Sam Global et Directeur du Salon international de l’olive, Huile d’Olive, Process et dérivés de l’Olivier « Med Mag Oliva Algérie » qui aura lieu du 7 au 10 mars 2018 au palais d’exposition, Safex, Alger. Il nous dit en résumé : « Notre rôle principal est la promotion du secteur oléicole à travers l’organisation de journées scientifiques, de cours et de formation en dégustation d’huile d’olive et analyse sensorielle, des concours de la meilleure huile d’olive, mise en relation, salons, et autres actions promotionnelles. En réponse à votre question, personnellement, je ne dirai pas que l’oliveraie ne cesse de grandir. Mais plutôt, l’oliveraie reprend sa place dans les Aurès, puisque cette région était à vocation agricole, en général, et oléicole, en particulier, du temps de Massinissa. Et s’il y a eu fléchissement depuis cela est dû aux guerres, aux envahissements et autres colonisations subis depuis. Donc tout comme la rivière qui reprend toujours son cours, l’olivier, un arbre résistant et qui s’adapte parfaitement aux reliefs et au climat de la région, reprendra sa place dans les Aurès. Concernant les normes, il ne faut pas s’étonner ni douter de la qualité de l’huile d’olive extraite des oliveraies de la région des Aurès. Car selon les experts, quand l’olivier souffre de la chaleur et de l’aridité extrême ainsi que le sol rocailleux qui empêche de prendre racine… ce sont ces conditions optimales de panique et de souffrance pour l’olivier qui lui permettent de donner le meilleur de lui-même et se gorger de polyphenols et de puissants antioxydants, bénéfiques pour notre corps. Concernant les nouvelles techniques, il faut d’abord encourager la mécanisation de la cueillette des olives qui permet d’avoir une meilleure récolte (quantité et qualité) et faire face au déficit de main-d’œuvre, mais aussi offrir un cadre de travail agréable et qui préserve la santé de l’agriculteur. Pour ce qui est des nouvelles techniques d’extraction d’huile d’olive, les oléifacteurs ne devraient pas être réticents à s’investir dans les nouvelles technologies d’extraction d’huile d’olive. Ils auront tout à gagner et le pays y gagnerait aussi. Vous savez, si les Espagnols, les Italiens et même nos voisins tunisiens sont les leaders au monde en termes de production oléicole, ce n’est pas par hasard, c’est grâce aux nouvelles technologies. Le monde a évolué et notre religion nous incite à utiliser la science dans notre vie. Alors pourquoi hésiter sachant que cela va améliorer leurs rendements quantitatifs et qualitatifs ? Je termine en vous livrant cette information. Les nouveaux procédés de trituration d’huile d’olive avec les nouvelles chaînes continues nous permettent d’avoir largement moins de perte d’huile que les anciens moulins. Et sans exagération aucune, si la perte d’huile récupéré est de 2 litres par quintal d’olive (c’est le minimum) l’oléiculteur gagnerait pas moins de 140 millions de centimes sur 100 tonnes d’olives triturées. » En somme, il n’est plus permis de rater le coche ou de faire les mêmes erreurs du passé qui ont fait qu’on importe même de la pomme de terre, nous disent les différents acteurs du domaine agricole.