A quelques jours du début de la course aux législatives, les formations politiques s’attèlent à la confection des listes électorales. Quels sont les profils choisis et sur quels critères choisissent-ils leurs prochains candidats pour les législatives ? Appartenance sociale, niveau de formation ou ancrage populaire sont-ils pris en considérations pour devenir député ? Pourquoi les partis politiques ne s’expriment pas quant à leurs critères de choix des postulants ?

 

C’est un vrai mystère qui entoure les discussions entre patrons des différentes formations politiques et les militants de la base. En effet, aucun des responsables locaux des partis politiques n’a daigné nous éclairer sur la manière dont est confectionnée la liste des candidats. Ils ont tous refusé de se prononcer sur la question, d’autant que la confection des listes peut faire exploser l’entente entre les militants d’un même parti. Prudence et discrétion obligent, donc, les listes ne seront rendues publiques officiellement que le jour J, pour ne pas semer la zizanie…

Confection de listes en catimini

D’ailleurs, pour détromper les adversaires, qu’ils soient internes ou externes, des réunions se tiennent à des heures tardives de la nuit et dans des locaux méconnus notamment par les opposants du même parti. Il en va de même pour la confection des listes indépendantes où le flou règne, sauf pour la collecte et le recueil des signatures afin d’atteindre le seuil requis par la loi en vigueur. Chaque citoyen remplissant les conditions de candidature est amené à apporter 300 formulaires avec les signatures d’électeurs de sa wilaya. Une condition sine qua non pour postuler dans une liste indépendante au titre des prochaines échéances électorales du 4 mai 2017.

Les rumeurs vont bon train

Lors d’une virée en ville dans les bureaux de certaines formations politiques, nous étions surpris par le mouvement inhabituel qui y règne où des jeunes et moins jeunes, des deux sexes, se massent devant l’entrée des bureaux et même à l’intérieur. Quant aux listes indépendantes, les précurseurs ont déjà loué des bureaux, voire locaux commerciaux pour tenir les réunions de confection de listes de candidats.
En l’absence de communication de la part de tous les partis politiques à la veille des législatives, il demeure très difficile de confirmer l’information donnant un actuel ministre qui fut ex-wali pour piloter la liste du FLN au niveau de la wilaya de Chlef. Il y a des rumeurs qui circulent de bouche à oreille faisant état de la candidature également d’un actuel ministre délégué ayant des liens de parenté dans la wilaya de Chlef. Les échos Parlent également de l’ancien directeur de la campagne électorale du président dans la même wilaya. Ce dernier occuperait les premières loges de la liste de l’ex-parti unique. D’autres pensent que l’actuel président du CRB Sendjas est pressenti à la tête de liste du Mouvement populaire algérien (MPA). Des rumeurs ont désigné des entrepreneurs et des hommes d’affaires aux premières loges de la liste des candidats du Rassemblement national démocratique (RND). En tout cas, c’est le black-out concernant la confection des listes en question. Force est de constater qu’on veut tout faire dans l’opacité jusqu’à la dernière minute. Chose que nient totalement les politiciens lors des déclarations qu’ils nous ont faites, mais les marmites dans lesquelles «sont cuites les listes» cachent beaucoup de surprises une fois rendues publiques.

La population complètement insensible

Du côté de la population, l’évènement politique semble ne pas susciter l’engouement. «On le sait pertinemment qu’on se porte candidat à la députation juste pour un bon salaire. Quant au peuple, personne ne s’en soucie.
D’ailleurs, s’intéresser à nos préoccupations et problèmes seraent le dernier des soucis d’un député», lance tout de go un habitant. «Les députés sont les pionniers de la crise financière et la politique d’austérité dont souffre le peuple. Pour preuve, c’est eux qui ont voté la loi de finances pénalisant le peuple. Moi, personnellement, j’ignore ces élections et je suis indifférent quant aux candidats et aux listes », indique Hocine, un retraité et père de famille.
Pour Abdelhak, étudiant universitaire, «je n’ai jamais été dans un bureau de vote car je suis convaincu qu’en Algérie, il n’y a pas de vraie opposition et on sent que les deux camps n’en forment qu’un, qui est celui du pouvoir. Quant au peuple, il n’a qu’à prendre son mal en patience». Moussa, un cadre d’Etat à la retraite, s’exprime sur la question de la confection des listes des candidats aux législatives : « La démocratie n’est qu’un slogan pour les formations politiques. En réalité, seules la chkara et la puissance sont les critères réels sur lesquels se fait le choix des candidats. Les critères de militantisme, niveau d’instruction, ancrage populaire et appartenance sociale n’entrent pas en ligne de compte dans la confection des listes. Dans certains partis, les listes sont confectionnées dans l’Algérois par souci de prudence et afin d’éviter tout opposition des militants.» Samir, un jeune enseignant universitaire, est convaincu que « la vente aux enchères des loges de ces listes a déjà commencé depuis l’an passé. Pour occuper la tête d’une liste dans certaines formations politiques, il faut obéir à la politique de la vente à la criée. La somme que doit un candidat aux confectionneurs de liste varie d’une formation à une autre, et ce, en fonction des chances éventuelles de décrocher un siège à la chambre basse du Parlement ». Et d’ajouter que « devenir député est le rêve le plus cher de certains opportunistes dont l’objectif principal est l’immunité parlementaire, outre des privilèges financiers et relationnels ».