La capitale sud-africaine, Pretoria, se trouvait hier vendredi sous haute tension lors d’une manifestation contre les immigrés notamment africains que les autorités ont dispersée. Réunis à l’appel d’un collectif d’habitants d’un township de Pretoria, environ 500 personnes se sont réunies dans la matinée et ont marché sur le ministère de  l’Intérieur.
Dans un contexte de fort chômage et de pauvreté, elles accusent les étrangers de voler leur travail et d’encourager la criminalité. «Les gens en ont ras-le-bol de ceux qui amènent la drogue à la jeunesse et toute la criminalité qui va avec», a déclaré à l’AFP un des manifestants, qui a refusé de donner son identité. Déployée en masse autour du ministère de l’Intérieur, la police anti-émeute a dispersé la foule qui s’en approchait à grands renforts de balles en caoutchouc et de grenades assourdissantes et lacrymogènes, a rapporté un journaliste de l’AFP. Les forces de l’ordre se sont ensuite déployées dans le quartier pour éviter tout incident avec des immigrés. Ces incidents interviennent dans un climat de forte crispation sociale et de montée de la xénophobie. Depuis deux semaines, en effet, des dizaines de bâtiments occupés par des étrangers, notamment des Nigérians, et soupçonnés d’abriter des maisons de passe ou du trafic de drogue ont été brûlés par des riverains en colère à Johannesburg et dans la capitale.
Dans une déclaration diffusée par ses services quelques heures avant la manifestation, le président Jacob Zuma a «appelé les citoyens sud-africains et les étrangers à la mesure» et condamné «fermement les actes de violence».
Jeudi dernier, le ministre de l’Intérieur Malusi Gigaba a lui aussi appelé «tous les Sud-Africains à prendre leurs distances avec la rhétorique ou les actions xénophobes». Le chef de l’Etat a toutefois reconnu la «profonde préoccupation exprimée dans de nombreux quartiers par les Sud-Africains à propos de la criminalité qui déstabilise les communautés». «Notre peuple ne peut plus continuer à vivre dans la peur comme ça», a-t-il poursuivi, promettant de renforcer la lutte contre le crime et contre le travail au noir. La récente vague de violences a suscité une crise diplomatique avec le Nigeria, dont les ressortissants sont souvent la cible. Abuja a convoqué jeudi l’ambassadeur sud-africain pour lui faire part de sa «profonde préoccupation» et exiger des mesures de protection de «vies et des biens des étrangers».
Toujours durant la journée de jeudi, des étudiants nigérians ont défilé en représailles dans la capitale nigériane, notamment devant les sièges des entreprises sud-africaines Multichoice (fournisseur de télévision par satellite) et MTN (téléphonie mobile). «Tous les Sud-Africains du Nigeria doivent partir dans les quarante-huit heures, sinon nous ne serons plus en mesure de garantir leur sécurité», a menacé leur responsable, Aruna Kadiri. Les flambées de violence anti-immigrés sont récurrentes en Afrique du Sud, qui accueille des millions d’étrangers venus de tout le continent, souvent illégalement. En 2015, sept personnes sont mortes lors de pillages visant des commerces tenus par des étrangers à Johannesburg et à Durban. En 2008, des émeutes xénophobes avaient fait 62 morts.