Une caravane d’information et de sensibilisation contre l’utilisation abusive des engrais chimiques par les agriculteurs est en train de sillonner le territoire de la wilaya de Tipasa depuis le 20 février, et ce, jusqu’au 27 du même mois.

Les responsables de la chambre de l’agriculture, des services agricoles et des représentants de plusieurs instituts agricoles sont, depuis lundi, allés à la rencontre des agriculteurs de la partie Ouest de la wilaya lors d’une réunion qui les a regroupés à Gouraya en attendant de se rendre à Ahmer El Aïn pour les fellahs du centre, puis Koléa pour rencontrer ceux de la partie Est de la wilaya. Ces sorties sur le terrain font partie d’un programme de sensibilisation sur l’utilisation raisonnée et rationnelle des produits phytosanitaires ce qui permettra non seulement de faire faire des économies aux agriculteurs, mais aussi et surtout de protéger la santé du consommateur et des sols et nappes phréatiques pollués par les nitrates. Les animateurs de la caravane vont expliquer les bienfaits de l’utilisation des engrais en matière d’augmentation des rendements et de la qualité du produit (en multipliant par quatre la rentabilité de la culture du blé par exemple) tout en rappelant le revers de la médaille que sont, entre autres, le dépôt de nitrates dans les sols et la pollution des points d’eau. Les spécialistes des instituts techniques vont baser leurs interventions sur l’utilisation rationnelle et raisonnée des engrais qui permettent d’obtenir un plus grand rendement agricole, mais sont responsables d’une pollution massive des sols et de l’eau si l’itinéraire technique n’est pas respecté.
Selon les animateurs de la caravane, il existe trois grandes familles d’engrais chimiques : les engrais azotés, (l’azote étant un élément très important pour la croissance des végétaux), les engrais potassiques (la potasse est naturellement présente dans les terres et quelques végétaux sont particulièrement avides de potasse, tels que les pommes de terre, les betteraves ou encore la vigne) et les engrais phosphatés qui apportent à la terre du phosphore, de l’aluminium, de l’azote et du calcium.
Tout le monde connaît, aujourd’hui, les méfaits des nitrates et des phosphates, notamment présents dans les engrais chimiques qui atteignent les cours d’eau et les nappes phréatiques par infiltration et les polluent.
Les phosphates provoquent l’eutrophisation de l’eau, c’est-à-dire un excès de nutriments, ce qui se traduit par une diminution de l’oxygène, provoquant, par conséquent la modification massive de l’écosystème en place, détruisant la biodiversité et favorisant la croissance d’espèces nuisibles.
De leur côté, les engrais azotés riches en nitrates, très solubles dans l’eau, sont la cause majeure de la pollution des réserves d’eau potable. Les communicants ne manqueront pas, dans leurs conclusions, de plaider en faveur du développement de l’agriculture biologique au détriment de l’agriculture intensive ou du moins d’utiliser les engrais à bon escient, au moment voulu et sans abuser des quantités qui sont loin d’être rentables à long terme. Il faut rappeler qu’en 2015, les bureaux communaux d’hygiène de la wilaya de Tipasa ont révélé que plusieurs puits et sources d’eau potable enregistrent des taux élevés de nitrates. Aussitôt une commission multidisciplinaire a été appelée à faire le point sur l’impact de ces engrais chimiques sur le milieu naturel.
Sitôt les premiers résultats connus, qui incriminent les agriculteurs qui utilisent les engrais azotés, le secrétariat général de la wilaya a pris le taureau par les cornes et incité la direction des services agricoles autour de plusieurs directions (hydraulique, santé et environnement) à inviter les fellahs à une journée d’information sur les risques de pollution par l’utilisation abusive des nitrates présents dans les engrais. Faute de consensus et en l’absence de spécialistes qui peuvent trancher sur la nature des pollueurs, la rencontre a abouti à la décision de mettre en place une commission de wilaya composée de spécialistes pour expliquer les résultats partiels obtenus par les bureaux communaux d’hygiène de Hadjout, Bou Ismaïl, Damous et Bou Haroun, qui ont confirmé la présence, au-delà des normes requises, de nitrates dans plusieurs puits et sources d’AEP.
On ne connaît pas les résultats des travaux de cette commission de wilaya qui, espérons-le, n’est pas passée à la trappe sitôt son initiateur (à savoir l’ex wali) parti.