Contre toute attente, le président de la République a profité, hier, de la célébration de la Journée nationale du martyr pour appeler les Algériens à se rendre massivement aux urnes, le 4 mai prochain, lors des élections législatives.

M. Bouteflika va même plus loin en fixant d’ores et déjà le grand jeu de ce scrutin : le taux de participation !

«Je voudrais saisir cette occasion (la célébration de la Journée du martyr NDLR) pour exhorter les enfants de mon pays à exercer leur droit pour choisir leurs représentant en se rendant massivement aux urnes». Ainsi, par un message qui devait être avant tout à connotation historique et de mémoire, le chef de l’Etat s’engage personnellement dans la campagne pour un vote qu’il juge décisif pour son bilan propre et les années qui lui restent au pouvoir jusqu’à expiration de son mandat actuel en 2019. Mais, pour l’Algérie aussi sachant qu’il considère que le rendez-vous électoral de mai prochain n’est rien d’autre qu’un nouveau chantier à boucler pour consolider l’édifice institutionnel dont le pays a besoin, selon lui, pour éviter les récifs dangereux d’une crise qui n’est pas près de disparaître de sitôt, même avec une légère embellie des cours pétroliers ; et d’une conjoncture internationale dont le sens est aux grands bouleversements, synonymes de risque d’instabilité, en particulier pour l’Algérie et les pays en développement, a indiqué le chef de l’Etat.
Le sens ou l’image à retenir du message présidentiel, hier, est fort : emprunter les chemins de la grande histoire pour une brèche sur celui, singulièrement difficile, de la politique. La démarche est «habilement présidentielle» dans la mesure où le chef de l’Etat est dans son rôle quand il appelle ses compatriotes à voter en nombre aux prochaines législatives, notamment après avoir convoqué le corps électoral national. Elle n’est cependant pas sans risque et peut lui coûter quelques critiques pour n’avoir, c’était déjà dit hier dans certains milieux de l’opposition, pas gardé la distance nécessaire entre l’Histoire, le patrimoine commun aux Algériens, et la politique dont il est comptable, échec et succès compris. Mais dans cette prise de risque, sans doute calculée et qu’il a déjà réussi en partie au vu du nombre de formations engagées dans la course électorale, il y a un objectif que M. Bouteflika a toujours gardé à l’œil même après avoir régné sur le pays depuis 1999, celui du plébiscite !
Depuis qu’il dirige l’Algérie, le président de la République n’a cru à rien d’autre que le suffrage populaire.

S’élever contre les adeptes du chaos et autres esprits sceptiques
A bien lire ce qu’il a écrit dans son message, lu, hier, à l’occasion de la grande journée du martyr, il cherche visiblement à acquérir à nouveau ce suffrage pour démentir les «machinations et autres complots ourdis outre-mer et relayés par divers supports médiatiques» qu’il a dénoncés hier et appelé les jeunes Algériens à s’élever contre eux. Et contre «les détracteurs, les adeptes du chaos et autres esprits sceptiques et malveillants tendant à occulter les acquis réalisés au profit du peuple». Il y a là la revendication d’un bilan qu’il veut positif et propice surtout à lancer une nouvelle guerre contre la crise économique qui souffle sur le pays comme celle qui a été menée contre le terrorisme durant la décennie rouge.
«Les crises économiques et idéologiques qui secouent le monde et les bouleversements géostratégiques ont un impact direct sur beaucoup de pays notamment en voie de développement, à l’instar de l’Algérie, d’où la nécessite de conjuguer nos efforts et de resserrer nos rangs pour une exploitation optimale des compétences, aussi nombreuses que méritoires, que recèle notre pays dans tous les domaines», dit M. Bouteflika à ce sujet. Il rappelle «les réalisations grandioses que notre pays a enregistrées en peu de temps en termes de lutte contre le chômage (…) de construction de millions de logements et de dizaines de milliers d’établissements de santé et d’éducation en plus d’une importante infrastructure dans tous les secteurs [qui] sont une preuve de ce que l’Algérie est en mesure de concrétiser encore à l’avenir».
Et cet avenir, ajoute le chef de l’Etat, passe «par la rationalisation de nos dépenses, l’amélioration de la gouvernance de notre pays, la mise en œuvre des différentes réformes prévues et la promotion de la valeur du travail». C’est de la sorte que «l’Algérie viendra à bout de la crise à laquelle elle est confrontée du fait des fluctuations des marchés internationaux», en redynamisant son tissu industriel et en diversifiant son économie, a-t-il encore indiqué. (lire l’intégrité du message présidentiel sur notre site : www.reporters.dz)