Les relations entre l’Algérie et la France sont «conditionnées par la prise en charge de la question de la mémoire», a affirmé, vendredi soir à Khenchela, le ministre des Moudjahidine, Tayeb Zitouni.

«La France doit assumer ses responsabilités envers l’Algérie et les dossiers en suspens entre les deux pays doivent être pris en charge», a affirmé le ministre à son passage à la Radio algérienne depuis Khenchela, en marge de sa visite dans cette wilaya, retenue pour la célébration des festivités officielles de la Journée nationale du chahid.
Sur sa lancée, le ministre interpelle l’ancienne puissance coloniale à faire preuve de «volonté sincère» et à entamer un travail sérieux entre les deux pays et régler définitivement les dossiers en suspens dont ceux relevant de crimes contre l’humanité ou encore ceux ayant trait au recouvrement des archives détenues encore dans les bibliothèques de France. C’est sur ce registre que M. Zitouni a cité en exergue les essais nucléaires dans le Sahara algérien, disant qu’ils attestent de «l’atrocité des crimes commis par la France coloniale en Algérie» et qu’ils rendent compte des «innombrables crimes perpétrés par le colonialisme contre le peuple algérien». La wilaya de Khenchela a été retenue cette année pour abriter les festivités de commémoration de la Journée nationale du chahid, qui coïncide annuellement avec le 18 février. La visite du ministre des Moudjahidine s’est poursuivie hier avec la tenue d’un colloque régional intitulé «Les crimes coloniaux entre la mémoire et l’histoire». Ce thème a créé encore la polémique en France, ravivée par les déclarations du candidat à l’élection présidentielle française Emmanuel Macron. Mais il s’avère, selon un sondage d’opinion IFOP commandé par le site TSA, qu’une majorité de Français sont d’accord avec les déclarations de M. Macron sur la colonisation et les crimes qui ont été commis durant cette séquence historique. Selon l’enquête IFOP, un peu plus d’un Français sur deux considèrent que le gouvernement français devrait présenter ses excuses pour les meurtres et exactions commis contre le peuple algérien. C’est ainsi que 52 % des Français soutiennent cette proposition. Cette opinion n’est, cependant, pas homogène et apparaît fortement corrélée à la proximité politique et à l’âge des interviewés. Ainsi, 85% de sympathisants d’En Marche sont d’accord avec cette partie de la déclaration d’Emmanuel Macron, contre seulement 26% des proches du Front National. Deux tiers des moins de 35 ans (67%) soutiennent également la proposition, tout comme 72% des Français par acquisition. Parallèlement, 51% des personnes interrogées se retrouvent dans l’affirmation selon laquelle la colonisation est un crime contre l’humanité. Là encore, deux tiers des moins de 35 ans (66%) sont d’accord avec l’affirmation, tout comme 69% des Français par acquisition. Chez les sympathisants d’En Marche, 81% soutiennent la déclaration de leur candidat contre 31% chez les proches du FN et 26% des sympathisants des Républicains. Les positions de l’opinion publique française restent pratiquement les mêmes que lors de la dernière enquête réalisée par l’Ifop à l’occasion du 62e anniversaire de la Révolution du 1er Novembre. 52% des Français étaient à ce moment-là également favorables à ce que le gouvernement français présente des excuses officielles pour «les meurtres et exactions commis par l’armée française durant l’occupation de l’Algérie». L’enquête a été menée par l’Ifop du 16 au 17 février 2017 auprès d’un échantillon de 1 000 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.