L’une des plus anciennes et prestigieuses écoles de la capitale consacrée aux Beaux-arts a été le théâtre récurrent de mouvements de contestation de ses étudiants, au point que sept d’entre eux sont entrés dans une grève de la faim.

Un acte désespéré à l’issue d’une grève illimitée entamée en janvier dernier dans une quasi indifférence. Meryem Zeggat, porte-parole des étudiants grévistes, apporte, dans cet entretien, des éclaircissements sur cette crise.

Reporters : Les étudiants sont entrés dans un mouvement de protestation avant de durcir leur action par une grève de la faim. Pourquoi avoir opté pour cet acte extrême ?
Meryem Zeggat : En entamant la grève, nous avons repris des revendications qui datent de trente ans ! On a compris que revendiquer de manière classique n’allait rien changer à la donne et qu’il fallait exiger une réforme immédiate qui allait restructurer tout le système à travers une action directe et sans délai et non des promesses. En débutant notre grève illimitée, nous avons fait un blocus administratif. Suite à des négociations, nous avons rouvert l’administration. Cependant, dès que le directeur de l’école ainsi que le sous-directeur de la scolarité ont repris leurs postes, ils ont entamé des mesures restrictives envers les étudiants. L’accès à l’école a été refusé aux étudiants non titulaires de cartes d’étudiant sachant que la plupart d’entre nous ne possèdent pas ce document. Aussi, l’accès à l’école nous a été interdit après 17H et durant le week-end. Des actions entreprises pour freiner le mouvement qui allait crescendo. Lors d’un week-end, quelques grévistes se sont retrouvés coincés à l’intérieur de l’école et les agents ont refusé de les laisser sortir pour acheter à manger. C’est là qu’ils ont décidé d’entamer une grève de la faim. Au début, ils étaient quatre, puis ils ont été rejoints par trois autres étudiants. L’un d’eux a été contraint de cesser son action en raison de son état de santé.

En 2015, l’ESBA a beaucoup fait parler d’elle avec le mouvement Infidjart. Est-ce les mêmes revendications que portent les étudiants aujourd’hui ?
Pour comprendre ce qui se passe à l’ESBA, il faut faire un petit retour en arrière. A la base, l’Ecole supérieure des Beaux-arts a été créée pour être une école préparatoire à l’Ecole supérieure des Beaux-arts de Paris. Après l’Indépendance, l’école n’a pas été repensée ; on a juste repris le système français et on a continué à enseigner à l’intérieur. Il n’y a jamais eu de remaniement de la philosophie de l’école et de la formation artistique en Algérie. Vingt ans plus tard, en 1989, les premiers protestataires ont déjà commencé à se faire entendre. A l’époque, les étudiants avaient jugé que l’école ne fonctionnait plus ni dans le fond ni dans la forme. L’école était malade et, depuis trente ans, ce sont les mêmes revendications qui reviennent. Les étudiants réclament des programmes plus étudiés et revus tous les cinq ans, comme cela se fait dans le monde, du matériel, des workshops, des sorties pédagogiques et surtout l’accès à la post-graduation.

Vous voulez dire qu’une fois sortis diplômés de l’école, vous n’aurez pas accès aux études supérieures ?
Oui, à la fin de notre parcours à l’école, le directeur nous délivre une attestation et on ne peut même pas envisager de revenir à l’école en tant qu’enseignants. Aussi, le diplôme n’a pas d’équivalent au niveau international car le ministère de l’Enseignement supérieur refuse de reconnaître notre diplôme qui n’est pas dans son canevas qui est le LMD. Cela fait dix ans qu’ils essayent de l’instaurer aux Beaux-arts, mais ils n’arrivent pas à trouver un programme adéquat.

Cette fois, le ministère de la Culture s’est manifesté pour tenter de calmer les choses. Etes-vous confiant en l’aboutissement de votre action ?
Cette année, nous sommes vraiment motivés. Je pense d’ailleurs que les autorités nous ont enfin pris au sérieux. On espère vraiment que la situation va se dénouer et que des actions seront vite entreprises pour notre bien-être et celui de l’ESBA.