La ministre de la Solidarité nationale, de la Famille et de la Condition de la femme, Mounia Meslem, vient d’annoncer la tenue prochaine d’une conférence nationale consacrée à l’évaluation des programmes d’aide sociale de son secteur.

Il s’agit, en fait, des programmes et dispositifs gérés par les deux agences nationales du secteur de la solidarité nationale, notamment l’Agence de développement social (ADS) et l’Agence nationale du microcrédit (Angem). A elle seule, l’ADS détient un portefeuille de programmes et de dispositifs sociaux assez riches et variés, représentant plus de 90% des programmes du secteur de la solidarité, selon ce qui nous a été donné de constater en étudiant les composantes de ce secteur. L’Angem, qui est un sous-produit de l’ADS, puisque le microcrédit était un programme de l’ADS, avant son démembrement en 2004, dispose d’un budget assez conséquent pour ce faire. Créée par la Banque mondiale, conjointement avec le concours du gouvernement algérien en 1996, l’ADS a constitué l’instrument scientifique et social majeur de l’Etat algérien pour faire face aux retombées de l’ajustement structurel imposé par le FMI durant les années 1990/1991. Un filet social a été mis en place, en vue d’absorber les conséquences des chômages techniques, dus aux fermetures de centaines d’usines publiques et autres entités locales ou communales. La formule de l’ADS se composait de deux axes distincts, mais complémentaires. L’aide par l’emploi temporaire ou d’attente, ainsi que l’aide directe ou ciblée et, en deuxième lieu, l’aide à travers le développement communautaire et l’action de proximité. Les cellules de proximité CPS étant considérées comme un programme et non comme une entité organique. Une batterie de programmes et de dispositifs pour servir le concept de développement social, instrument didactique du XXe siècle, pour lutter efficacement contre la pauvreté. Eu égard à l’importance de son rôle, l’ADS a été placée sous la tutelle directe du Chef du gouvernement, passant ainsi de la tutelle de la Banque mondiale à celle du gouvernement algérien. Depuis le transfert de tutelle vers le département de la solidarité nationale, les choses ont commencé à se dégrader au sein de cette agence. Le paradoxe et la paralysie dans la gestion ont atteint leur paroxysme, quand la tutelle a décidé de désigner des cadres supérieurs du ministère pour gérer les destinées de cette agence. Une aberration, selon certains spécialistes du secteur, qui estiment que « ces paroxysmes sont aujourd’hui visibles et perceptibles, avec cette multitudes de rapports et d’expertises sur le bureau de la ministre ».

 

L’heure des bilans, mais avec quels instruments et quelles expertises ?
« L’heure des bilans a sonné pour l’ADS et l’Angem », a martelé la ministre de la Solidarité nationale devant ses subalternes. En soi, l’idée ou l’initiative est très judicieuse et tombe à point nommé. Néanmoins, elle comporte un certain nombre de préjudices, risques et contraintes réels, que la ministre ne doit pas contourner, mais affronter de face. Depuis deux années, les rapports d’inspection et d’évaluation des organismes du ministère des Finances, sans compter ceux de la commission d’arbitrage du budget, font état de résultats négatifs, voire catastrophiques et de perspectives désastreuses pour les deux agences, dans le cas où cette même équipe venait à perdurer. Absences de rapports de gestion certifiés par les experts et les commissaires aux comptes, bilans non présentés et non validés par les organes de contrôle. Planification, évaluation, suivi et contrôle des programmes, plans d’action, prévisions de clôture, etc. inexistants et constituent le talon d’Achille de l’actuelle Direction générale… Contrairement à l’Angem, l’ADS avait au milieu de l’année 2011 lancé un diagnostic fonctionnel et organisationnel de l’ensemble de ses structures et programmes. La précédente Direction générale de l’ADS avait entamé des programmes d’assainissement sur la base de ce diagnostic et présenté un plan de travail aux deux anciens ministres de la Solidarité nationale, Saïd Barkat et Souâd Bendjaballah, qui les ont validés. Des plans d’actions sur la base des recommandations issues de ce travail d’audit ont été validés par les organes de contrôle et applaudis par le ministère des Finances qui suivait avec attention l’évolution de la situation. « Malheureusement, cette courbe ascendante dans l’assainissement de la gestion a été brutalement interrompue par l’actuel directeur général dont la gestion a été blâmée par les derniers rapports de l’IGF, la Cour des comptes et la correspondance du ministère des Finances », s’accorde-t-on à dire. Les cadres de la Direction générale craignent que la ministre n’accorde la lourde tâche de préparation du dossier d’évaluation des programmes à cette même équipe, dont certains éléments ont prouvé leur incapacité tant à l’Angem qu’à l’ADS à gérer convenablement ces deux agences et à en comprendre l’essence et les objectifs.