2016 a été une année quelque peu difficile pour le secteur de la culture : disparition de personnalités culturelles, réduction du nombre de festivals ou encore restrictions budgétaires.

2016 a été également une année de prise de conscience de l’importance de la culture, des industries culturelles et des opérateurs culturels. Cette année qui commence sera certainement décisive, les discours trouveront peut-être sens.

Il aura fallu attendre 2016, dans un contexte de rationalisation des dépenses et de mise en place d’une politique d’austérité pour prendre conscience enfin que la culture a un coût et un prix. Considérée pendant longtemps et à tort comme uniquement un divertissement, la culture a commencé à trouver sons sens, notamment dans le discours du ministre de la Culture, qui n’a de cesse rappeler, tout au long de l’année, au cours de ses sorties et des rencontres qu’il a organisées, que l’Etat ne peut plus prendre en charge et financer à lui seul ce secteur, qu’il est nécessaire, voire vital de s’ouvrir sur le secteur privé (sponsoring, mécénat…). Si le modèle économique reste quelque peu flou, les actes ont tout de même accompagné les paroles. Après le retour et le recours à la billetterie pour accéder aux événements culturels, il a été procédé à une réorganisation de festivals. Sur les 186 existants, seuls 77 festivals ont été maintenus. En raison notamment de la contrainte budgétaire, certains ont fusionné et d’autres ont disparu. Leur durée a été revue à la baisse et leur fréquence également –beaucoup d’entres-eux sont devenus des biennales. Cette réorganisation a chamboulé les calendriers et nombre de ces manifestations se sont tenues tardivement, à l’exemple des festivals nationaux du théâtre professionnel d’Alger et du Diwane de Béchar, prévus habituellement en mai, l’un a eu lieu en novembre et l’autre en septembre en plein rentrée scolaire. Le Dimajazz de Constantine, qui est un événement important qui a su fidéliser son public notamment par la qualité de sa programmation, souffre également d’un problème de calendrier. Si le calendrier n’est pas maîtrisé, il est impossible de fidéliser le public ou de l’attirer, et ce point reste à repenser. 2016 a été l’année où le Festival national du chaâbi n’a pas eu lieu, au même titre que le Festival des arts de l’Ahaggar de Tamanrasset (maintenu dans la nouvelle cartographie des festivals mais devant subir une restructuration) ou celui des architectures de terre. En outre, beaucoup de festivals ont vu leurs budgets baisser également : «le budget du FNTP a baissé de 90% passant de 50 à 5 millions de dinars», celui du Diwane de Béchar à baissé de «plus de 25%», alors que le Festival international du Théâtre de Béjaïa a vu son budget «réduit de 50%». Cette baisse n’a pas non plus épargné le plus important événement culturel de l’année, le SILA, qui a perdu 50% de son budget ; ou encore le FICA (Festival international du cinéma d’Alger –Journées du film engagé) qui brille par ses choix artistiques mais qui n’a bénéficié en 2016 d’«aucune subvention de la tutelle».
Malgré ces difficultés des festivals institutionnalisés, certains événements organisés par des associations constituent des expériences remarquables, comme le Festival itinérant Raconte’Arts (organisé à l’initiative de la Ligue des arts cinématographiques et dramatiques et des comités de village) ou les Rencontres cinématographiques de Béjaïa (organisées par l’association Project’heurts).
«Plusieurs autres manifestations locales, théâtrales ou cinématographiques pour la plupart, ont également vu le jour en cette année à l’initiative d’associations culturelles activant dans plusieurs villes du pays». Financé par des opérateurs économiques, Hassi Messaoud a eu ses journées cinématographiques en décembre dernier. Du côté des institutions culturelles, le ministre de la Culture a annoncé en juillet l’intégration de l’Agence algérienne pour le rayonnement culturel (AARC) à l’OREF (Office Riadh El Feth), mais il n’y a eu aucun retour sur cette annonce. Durant l’année également, le tournage du film «Ben M’hidi» de Bachir Derraïs, dont la sortie est prévue en mars 2017, a repris. Et même qu’une conférence a été organisée pour appeler les opérateurs privés à investir dans le film.

Des créations pour des lendemains prometteurs
Autre fait marquant, la course aux Oscars du film «Le Puits» de Lotfi Bouchouchi. Si le film n’a pas été pris dans la short list, la première sélection a permis au public algérien de visionner le long-métrage puisqu’il a bénéficié d’une sortie nationale et d’une diffusion large. Autre point important, le dépôt de dossier au niveau de l’UNESCO pour le classement du Raï sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO. En octobre, l’algérien Mohamed Abdallah Farrah, 6 ans, a obtenu la première place à Dubaï du concours de lecture «Arab Reading Challenge», parmi 610.000 candidats. Dans un autre volet, une belle exposition s’est tenue l’été dernier et jusqu’au 15 octobre au palais de la culture Moufdi-Zakaria. Intitulée «Du Maqam à la nouba – un voyage musical à travers le temps», l’exposition, à la fois pédagogique et très riche en informations, était consacrée à l’évolution de la musique arabe, de la période antéislamique au XXe siècle. Dans la continuité de deux expositions organisées lors de la manifestation «Tlemcen capitale de la culture islamique 2011» et «Constantine capitale de la culture arabe 2015», elle a été enrichie et augmentée de nouveaux apports et documents présente un plus large éventail des expressions musicales et de leurs évolutions. En outre, l’Office national des droits d’auteurs et droits voisins (ONDA) et le Festival international de la bande dessinée d’Alger ont organisé et accompagné la grande exposition de la bande dessinée algérienne au niveau de l’Institut du Monde Arabe (IMA) à Paris, et ce, du 6 au 17 avril 2016. Intitulée «Caractères, 50 ans de BD algériennes», elle a été présentée une première fois lors de la 40e édition du Festival de la bande dessinée d’Angoulême (France) connaissant un grand succès, pour l’IMA elle a été enrichie et actualisée. Pour le 400e anniversaire de la mort de William Shakespeare, un programme mondial d’événements et d’activités intitulé «Shakespeare lives» (www.shakespearelives.org) a été mis en place et s’est étalé tout au long de l’année 2016. L’Algérie a fait partie de ce programme à travers des représentations théâtrales et d’un hommage organisé en partenariat avec le British Council lors du Festival d’Annaba du film méditerranéen. En octobre 2016 a eu lieu à Alger l’inauguration du nouveau studio de tournage du Centre Algérien du développement du cinéma (CADC) à El Achour, construit dans le cadre du tournage du long-métrage Ibn Badis de Basil Al Khatib.

Ils nous ont quittés
L’année 2016 a également été marquée par de tristes événements. La disparition de plusieurs artistes et hommes de culture, notamment le cheikh du chaâbi, Amar Ezzahi, Amar Aït Zaï de son vrai nom, qui a tiré sa révérence le 30 novembre à Alger à l’âge de 75 ans, après bien des rumeurs sur sa disparition. Une semaine plus tard, le 8 décembre, le maître incontesté du malouf, Mohamed Tahar Fergani était ravi aux siens à l’âge de 88 ans. La scène culturelle a également perdue Malek Chebel, disparu à Paris, le 12 novembre à l’âge de 63 ans, des suites de maladie. Il était connu pour sa réflexion sur l’islam et sur ses nombreuses publications et ses positions défendant un «islam des lumières». La Faucheuse n’a pas non plus épargné le monde littéraire qui apprend, le 3 janvier le décès, à l’âge de 90 ans, de l’intellectuel et journaliste, Tahar Benaïcha, rejoint le 21 du mois par Yahia Bekhti, figure majeure de la poésie populaire des Ouled Naïl. Le 4 avril, disparaissait à Tizi Ouzou l’écrivain Chabane Ouahioune Ouzou à 94 ans, suivi le 14 mai à Sétif, de Omar Mokhtar Chaalal, écrivain, poète et homme de théâtre, décédé à l’âge de 70 ans. Le 14 juin, survient la disparition à Alger de Hachemi Larabi, 87 ans, suivi le 7 juillet, du décès à 78 ans du romancier et poète Abderrahmane Zakad, et celui de l’écrivain et psychanalyste Nabil Farès qui décède le 30 août à Paris l’âge de 76 ans. L’universitaire, critique littéraire et poète Hamid Nacer Khodja, tire sa révérence le 17 septembre à Djelfa à l’âge de 63 ans, considéré comme le spécialiste de l’œuvre de Jean Sénac. Le cinéma et la télévision perdront, le 27 juin le cinéaste Mohamed Slim Riad, mort à Narbonne (France), à l’âge de 83 ans, et Noureddine Tifoura, disparu le 22 septembre à 70 ans. Hamid Remas, comédien et metteur en scène rejoint sa dernière demeure le 25 novembre à Cherchell, à l’âge de 67 ans, à quelques semaines de la disparition du comédien Hadj Mekki Bensaïd, membre fondateur du Festival du théâtre amateur (FNTA), mort à l’âge de 82 ans. Le vice-président de l’association Lumières, l’acteur Benyoucef Hattab, décède en avril à 86 ans, et le comédien Ahmed Benbouzid, dit «Cheikh Attallah», est mort tragiquement à l’âge de 46 ans le 2 novembre. Dans le monde des arts plastiques, le célèbre plasticien Noureddine Bouameur sera ravi aux siens le 5 juin à Annaba. Il sera rejoint par le calligraphe Abdellah Hamdi, survenu à 27 octobre à El Oued à l’âge de 64 ans. Dans le monde, de grands noms ont tiré leur révérence, notamment la star britannique du rock et icône de la pop culture, David Bowie (10 janvier), l’écrivain français Michel Tournier (18 janvier), le réalisateur italien Ettore Scola (19 janvier), l’écrivain américain Jim Harrison (26 mars), le chanteur américain et musicien de génie Prince (21 avril), le roi de la rumba congolaise Papa Wemba (24 avril), le réalisateur iranien et palme d’or au Festival de Cannes en 1997 Abbas Kiarostami (4 juillet), l’écrivain et acteur italien, prix Nobel de littérature Dario Fo (13 octobre), le musicien canadien Leonard Cohen (7 novembre), le chanteur icône pop Georges Michael (25 décembre).