L’heure est grave. La courbe ascendante de la situation épidémiologique se confirme chaque jour un peu plus. Avec la barre des 300 nouveaux cas confirmés de coronavirus largement franchie la fin de la semaine dernière (320 cas), la possibilité d’un recours à un «confinement total» n’est désormais plus écartée si la tendance actuelle se poursuit et si la vigilance continue d’être ignorée. L’annonce est officielle et elle émane, cette fois-ci, du Premier ministre qui fait état d’un «éventuel recours à d’autres mesures de confinement total ou partiel à domicile».

Après avoir relevé «un relâchement de la vigilance qui ne contribue pas à la maitrise de la situation sanitaire», Abdelaziz Djerad a souligné que cette situation «continue de dépendre de la discipline de chacun d’entre nous pour éviter sa dégradation et l’éventuel recours à d’autres mesures de confinement total ou partiel à domicile et/ou à des restrictions des activités économiques et sociales», est-il indiqué dans un communiqué des services du Premier ministère rendu public jeudi.
Avant d’arriver à un probable confinement total tant redouté, car synonyme de restrictions et de gros sacrifices sur le double plan social et économique, des mesures graduelles sont prises pour le moment en attendant de voir l’évolution de la situation épidémiologique durant les prochains jours. Les mesures concernant, dans un premier temps, l’élargissement du confinement sous forme de couvre-feu à de nouvelles wilayas pour une durée de quinze jours à partir d’aujourd’hui. C’est ainsi que neuf wilayas rejoignent celles étant déjà en confinement partiel. Le nombre de wilayas concernées par les mesures de confinement partiel à domicile, dans le cadre de la prévention contre la pandémie de coronavirus, passe de 11 à 20 wilayas, alors que les horaires de confinement ont été adaptés de 23h00 à 5h00 au lieu de 6h00, selon les services du Premier ministère.
«En application des instructions du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, et au terme des consultations avec le Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de Covid-19 et de l’autorité sanitaire, le Premier ministre, Abdelaziz Djerad, a arrêté, dans le cadre du dispositif adopté par les pouvoirs publics dans la gestion de la crise sanitaire, trois nouvelles mesures», indique-t-on de même source. La première est «l’adaptation des horaires de confinement partiel à domicile de 23h00 jusqu’au lendemain à 05h00 au lieu de 06h00 du matin pour les wilayas concernées par cette mesure». La deuxième est «l’adaptation, selon l’évolution de la situation sanitaire, de la liste des wilayas concernées par la mesure de confinement partiel à domicile, qui passe de 11 à 20 wilayas». Il s’agit de la «reconduction, pour une durée de 15 jours à partir du 31 octobre 2020, de la mesure de confinement partiel à domicile de 23h au lendemain 5h00» pour les onze wilayas que sont Batna, Béjaïa, Blida, Tlemcen, Tizi-Ouzou, Alger, Jijel, Sétif, Annaba, Constantine et Oran. La même mesure est étendue aux neuf autres wilayas, à savoir Bouira, Boumerdès, M’Sila, Ouargla, Médéa, Bordj Bou Arréridj, Tébessa, Tiaret et Biskra car elles «enregistrent une recrudescence des cas de contamination», est-il expliqué. Toutefois, «les walis peuvent, après accord des autorités compétentes, prendre toutes les mesures qu’exige la situation sanitaire de chaque wilaya, notamment l’instauration, la modification ou la modulation des horaires de la mesure de confinement à domicile partiel ou total ciblé d’une ou de plusieurs communes, localités ou quartiers connaissant des foyers de contamination». La troisième mesure arrêtée par le Premier ministre est le maintien de l’interdiction, à travers le territoire national, de tout type de rassemblement de personnes et de regroupement familial, notamment la célébration de mariages et de circoncision et autres événements», est-il précisé.
Dans ce cadre, il y a lieu de relever que la célébration des fêtes de mariage se font au grand jour, cortèges et klaxons ne se faisant plus discrets, constituant ainsi des occasions propices pour la transmission du coronavirus. A cela s’ajoutent les comportements fort déplorables dans les bus, les marchés et autres lieux publics, qui se caractérisent par une absence des règles de prévention dont le port du masque et de la distanciation physique. Des comportements qui ont poussé le gouvernement à renouveler, dans son communiqué, «ses recommandations de prudence» et à réitérer «ses appels aux citoyens pour la poursuite de la mobilisation et de la rigueur dans l’application de toutes les mesures de protection, de distanciation physique et d’hygiène, nommant le port du masque, qui demeurent les moyens privilégiés pour endiguer cette épidémie». Il se peut que ce soit l’ultime mise en garde du gouvernement avant de passer à l’acte dans quinze jours, après expiration des nouvelles mesures.
Multiplication des appels à la vigilance
C’est donc un possible reconfinement total qui pourrait être appliqué si la situation épidémiologique continue de se dégrader, d’où la multiplication des appels à la vigilance. On se rappelle que le ministère de l’Intérieur avait été le premier à évoquer cette éventualité dans un communiqué, en indiquant que le relâchement constaté pourrait faire mener à des «résolutions» comme celles du début de la pandémie. Quelques jours plus tard, c’était au tour du ministre de la Santé à avoir également évoqué cette éventualité sur un plateau de télévision, même s’il avait nuancé ses propos en indiquant que ne seront confinés que les régions qui connaitraient une recrudescence des cas. Mais le propre de cette pandémie est qu’elle évolue chaque jour et la donne et les décisions prises changent en fonction de cette évolution. Pendant tout le temps où les cas étaient en hausse, les professionnels de la santé n’ont pas cessé un seul jour d’alerter sur cette possibilité de reconfinement si la vigilance venait à manquer.
En effet, il est lisible à tout un chacun de constater le relâchement par rapport aux mesures de prévention un peu partout : baisse de vigilance dans certains endroits, voire absence totale de vigilance dans beaucoup d’autres. Les hôpitaux sont déjà en alerte et ont été instruits par la tutelle de réserver un nombre plus élevé de leurs services aux malades Covid. «Nous sommes malheureusement en train de de faire marche arrière», a déploré Dr Lyès Merabet, président du Syndicat national des praticiens de la santé publique (SNPSP), expliquant que «les services qui étaient dédiés au coronavirus et qui s’apprêtaient à reprendre leurs activités habituelles doivent maintenant se réoccuper des malades Covid», a-t-il déclaré, notant qu’il y a de plus en plus de malades et de plus en plus de services Covid qui affichent déjà complet.
Le Pr Mohamed Belhocine, membre du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie affirme tirer «la sonnette d’alarme, car les services hospitaliers, même si on prend toutes les mesures possibles pour répondre à la demande, risquent d’être saturés, et il ne faut pas qu’ils soient saturés». Pour lui, «la seule façon de ne pas avoir une telle situation, c’est d’éviter d’avoir de nouveaux cas», ce qui nécessite la conjugaison des efforts de tous. «Il faut certainement des efforts de la part du gouvernement, mais aussi une main tendue de la part de la société qui joue son rôle individuellement et collectivement pour faire respecter les mesures-barrière et pour éviter les rassemblements inutiles».
D’autres médecins ont pratiquement le même constat de relâchement, dont le Pr Salah Lellou, de l’hôpital d’Oran qui regrette lui aussi le non-respect des gestes barrières, dont principalement le port du masque, permettant ainsi au virus de reprendre sa propagation.<