Par Meriem Merdaci, ancienne ministre de la Culture

Samedi 20 août 1955. Midi tapante. Une trentaine de centres, de villages et de villes du Nord-Constantinois était attaquée par des éléments de l’ALN renforcés par des civils.
Les cibles étaient les symboles du pouvoir colonial, des casernes de gendarmerie, des commissariats de police, des réserves de carburant ainsi que des collaborateurs de l’administration française.
Des attaques en plein jour, sur plusieurs cibles, au même moment, sur un territoire élargi venaient rappeler le déclenchement de la guerre d’indépendance un certain 1er novembre 1954.
Zighoud Youcef alias Si Ahmed en était le concepteur. Fin stratège politique et de guerre, il s’était isolé pendant un mois pour évaluer la situation générale du pays et sur le terrain. Mohamed Boudiaf et Mohamed Larbi Ben M’hidi étaient à l’extérieur pour régler les questions de l’armement, Didouche Mourad tombé au champ de bataille le 18 janvier 1955, Mostefa Benboulaïd et Rabah Bitat arrêtés en février et mars de la même année, ne restait que Krim Belkacem comme membre fondateur du FLN sur le terrain. Ajouter à cela que la réunion programmée par «les six» en janvier 1955, n’a pu se tenir.
Soixante-et-onze victimes européennes enregistrées et entre douze à quatorze mille martyrs algériens suite à la répression de l’armée française et des milices européennes, l’état d’urgence, établi par le gouvernement d’Edgar Faure, a été, par la suite, élargi à l’ensemble du territoire algérien – alors qu’il ne concernait que les Aurès et la Kabylie – ainsi que le renforcement du contingent combattant.
C’est dire combien l’offensive du 20 août 1955 a changé la donne sur le terrain et sur le plan politique. Un nouveau tournant a été donné à la lutte armée et un nouveau souffle aux militants et combattants du FLN/ALN. Une piqûre de rappel au colonisateur français et au gouverneur général Jacques Soustelle que la lutte pour «la Révolution» était toujours d’actualité.
Un an plus tard, jour pour jour, le Congrès de la Soummam se tient dans la localité d’Ifri, sécurisée par les hommes du commandant Amirouche. Présidées par Mohamed Larbi Ben M’hidi, représentant la zone 5, en présence de Abane Ramdane et Amar Ouamrane, représentants la zone 4, de Krim Belkacem, chef de la zone 3, ainsi que de Zighoud Youcef chef de la zone 2 et son adjoint Lakhdar Bentobbal, les assises s’ordonnent autour des exposés de l’état de la résistance dans les différentes zones présentés par Abane Ramdane.
Après moult discussions, les congressistes finissent par adopter les thèses de la charte établie comme base du congrès qui sont l’œuvre de militants rassemblés par Abane Ramdane dont Amar Ouzegane, Me Chentouf, Mohamed Lebjaoui, Abdelmalek Temmam et Benyoucef Benkhedda.
La plateforme de La Soummam comprend trente-deux chapitres et projette les institutions et le programme de l’Etat algérien enraciné dans la terre algérienne – auxquels renvoie le primat de l’intérieur-, la restructuration de l’ALN, la redéfinition des relations entre politique et militaire, la politique étrangère, la stratégie et l’organisation du FLN dotée d’institutions de direction – le CNRA (Comité national de la Révolution algérienne) comprenant dix-sept membres titulaires et dix-sept suppléants et le CCE (Comité de Coordination et d’Exécution) en charge de l’animation effective du Front-, les droits des femmes algériennes, entre autre.
Le Congrès de la Soummam constitue, alors, un nouveau tournant décisif dans le cours de la guerre d’indépendance.
Autant de dates symboliques et de luttes s’en sont suivies pour une Algérie indépendante. Soixante ans après, les fondements posés par nos glorieux martyrs, moudjahidine, militants et combattants pour les libertés doivent être, pour nous, nouvelles générations, un chemin à suivre et un exemple ancré dans nos esprits pour une Algérie plus forte et souveraine.