Le Professeur Ryad Mahyaoui, membre du Comité scientifique de suivi de l’épidémie de coronavirus en Algérie, a tiré la sonnette d’alarme, hier, sur les risques probables d’un scénario tel que celui subi durant la troisième vague, suite à la détection du premier cas de contamination au variant Omicron sur le territoire national. Cette forte probabilité est justifiée par le contexte actuel, marqué par le relâchement total quant au respect des mesures barrières, à l’instar du port du masque, et le manque d’enthousiasme à se faire vacciner contre la Covid-19.

Par Sihem Bounabi
Le professeur Mahyaoui a ainsi annoncé, hier, sur les ondes de la Chaîne I de la Radio nationale, qu’environ 2 800 malades Covid sont hospitalisés actuellement, alors qu’ils étaient moins de 1 000, il y a quelques semaines. Et encore plus inquiétant, 28 patients Covid sont placés sous respirateur artificiel et 238 autres sont en réanimation.
Sonnant ainsi l’alerte sur les craintes d’une répétition «du scénario de la troisième vague, avec saturation des hôpitaux, face au laxisme des mesures de prévention ainsi qu’une réticence à se faire vacciner». Il exhorte ainsi les Algériens à respecter les mesures barrières, dont le port du masque, dans les lieux publics comme les commerces et les espaces clos. Il insiste sur cette mesure «vitale», en plus du lavage fréquent des mains et le respect de la distanciation physique, en se désolant que «cette mesure, qui est pratiquement inexistante, aujourd’hui, protège contre la contamination au coronavirus mais également contre la grippe saisonnière et les virus des maladies respiratoires qui connaissent une recrudescence durant cette période hivernale».
Concernant l’importance de la vaccination, ultime barrière contre les formes graves de la maladie qui nécessitent une hospitalisation, le membre du Comité scientifique du suivi de la pandémie du coronavirus en Algérie souligne que jusqu’à présent, 13 millions de vaccinations ont été enregistrées, dont 6,5 millions d’une seule dose, tandis que le nombre de ceux qui ont pris une troisième dose a atteint 33 000. Il y a actuellement 13 millions de doses stockées. Il confie : «Nous sommes loin d’atteindre l’objectif de l’immunité collective pour la fin de cette année. Il faudra attendre l’année prochaine pour pouvoir atteindre cet objectif, à condition que les Algériens prennent conscience de l’importance cruciale de se faire vacciner, surtout que maintenant il devient évident que nous devons cohabiter avec ce virus qui s’est installé dans notre vie quotidienne.» Abordant la question de l’émergence du variant Omicron en Algérie, il souligne que «l’apparition de ce variant était attendue en Algérie, surtout après que l’OMS a déclaré sa présence et sa propagation dans plus de 57 pays à travers le monde. Et la liste est toujours ouverte et augmente à un rythme accéléré». Ceci d’autant plus qu’Omicron, qui compte 32 mutations, se propage plus rapidement que Delta, selon des études récentes menées en Afrique du Sud, où le nouveau variant s’est largement propagé. D’où la nécessité, selon l’intervenant sur les ondes de la Radio nationale, «de poursuivre la même stratégie stricte dans la multiplication des tests de diagnostic, l’application de mesures préventives contre le coronavirus, ainsi que la poursuite des opérations de vaccination.
Concernant la stratégie des autorités sanitaires pour faire face aux risques de recrudescence des cas et anticiper sur les risques d’un scénario meurtrier, il a souligné le doublement de la production d’oxygène et la mise à disposition des hôpitaux de mécanismes de production, ainsi que la fabrication locale de nombreux médicaments, similaires à ceux liés aux anticoagulants.
Par ailleurs, face à des rumeurs de plus en plus persistantes, relayées sur les réseaux sociaux, sur les risques de stérilité chez les vaccinés, le Pr Ryad Mahyaoui insiste qu’«il n’y a aucune preuve scientifique à ce sujet, ce ne sont que des rumeurs. Des milliards de doses ont été distribués à travers le monde et recommandés par l’Organisation mondiale de la santé, qui ne peut pas autoriser des vaccins nocifs pour l’homme». En ce qui concerne la question de la vaccination des enfants, le Pr Ryad Mahyaoui a indiqué qu’il n’a pas encore été décidé en Algérie de vacciner les enfants, «la priorité est désormais aux adultes, et s’il est décidé de les vacciner, ce sera pour les plus de 12 ans», justifiant cette décision par le pourcentage d’enfants contaminés par le coronavirus ayant nécessité une hospitalisation est inférieur à 1%.
En ce qui concerne la prise de la troisième dose du vaccin anti-coronavirus, il a souligné que l’OMS a déclaré qu’avec l’apparition des nouveaux variants, deux doses du vaccin ne sont plus suffisantes, et a ainsi recommandé «la nécessité d’adopter la troisième dose selon les résultats d’une étude scientifique qui a prouvé que 6 mois après la réception de la deuxième dose, l’immunité de la personne vaccinée diminue, surtout chez les personnes atteintes de maladies chroniques».
Pour rappel, Dr Youcef Boudjelal, microbiologiste, a précisé, dans les colonnes de Reporters, à propos du variant Omicron : «C’est un variant très contagieux mais peut-être pas aussi virulent qu’on le craint, puisqu’aucun décès dû à ce variant n’a été constaté pour le moment, même si l’OMS l’a classé en tant variant préoccupant.» Il est à noter qu’ Omicron, le nouveau variant de la Covid-19, détecté pour la première fois en Afrique du Sud, est le variant le plus mutant à ce jour. La plupart des mutations d’Omicron se trouvent dans la protéine Spike et le domaine de liaison des récepteurs, deux zones qui jouent un rôle dans la manière dont l’agent pathogène pénètre et se fixe au niveau des cellules. n