Il est en prison, et il risque d’y mourir dans les prochains jours. Non, il n’est pas algérien. Il s’agit d’un australien, qui a été livré, le 11 avril dernier, aux autorités britanniques par l’Equateur (dont l’ambassade, à Londres, a été son refuge durant 7 ans), et qui est poursuivi par les appareils judiciaires suédois et américain. Lui, c’est Julian Assange, le fondateur de Wikileaks (site internet participatif (wiki), et qui publie, depuis 2006, des documents top secrets provenant de fuites (leaks)) , qui se retrouve ainsi dans un imbroglio géopolitique et qui risque de l’emporter définitivement. C’est que l’australien (qui a également un passeport équatorien) est actuellement très malade. La dernière personne à l’avoir rencontré au fond de sa cellule, son avocat Per Erik Samuelson, vient de déclarer que Julian Assange (il est en Grande-Bretagne, où il purge une peine de 50 semaines pour avoir « échappé à une caution ») était tellement affaibli « qu’il n’était pas possible de mener une conversation normale avec lui ». Très malade, emprisonné, et isolé, l’australien est encerclé. La justice suédoise le réclame pour répondre à des accusations de viol (qui, après avoir été abonnées, viennent d’être relancées au début de ce mois de mai). Et il y a l’autre grand danger, le risque de voir le fondateur de Wikileaks extradé vers les Etats-Unis. Un pays qui l’accuse d’avoir divulguer publiquement des documents secrets. Les américains sont tellement sur le qui-vive qu’ils ont déjà préparer un dossier « en béton ». Ils ont porté contre lui, la semaine passée, 17 nouvelles accusations criminelles, notamment pour des « actes d’espionnage », et qui lui vaudront au mieux…170 ans de prison.

Face à cette armada, Julian Assange, qui était le chouchou des grands médias historiques il y a juste quelques années, est esseulé. De star incontestée, il est devenu paria. Rares ont les voix, de par le monde, qui se sont élevées pour dénoncer le scandale de l’arrestation de l’australien. Pourtant il y va de la liberté d’expression, de l’utilisation de la puissance publique pour faire taire les voix discordantes, et l’égalité devant l’information.

Bande annonce du film « Le cinquième pouvoir » (sorti en 2013)

A travers Wikileaks, Julian Assange est venu défendre les faibles devant les puissants. Il a surtout dénoncé les injustices de par le monde. Tout ce que l’organisation a divulgué, depuis sa création, absolument tout, était vrai. Aucune information n’a été remise en cause. Pas de place aux Fake News. Les exemples sont nombreux. Le coup d’éclat reste toujours la fameuse vidéo Collatéral Murder, (voir en dessous) montrant un hélicoptère américain avait ouvert le feu ((le 12 juillet 2007), sur un groupe de civils irakiens, dont deux journalistes de l’agence de presse Reuters. Bilan 18 morts.

La version intégrale de vidéo(rendue publique par Wikileaks le 05 avril 2010) montrant l’assassinat des civils irakiens par un hélicoptère américain (Juillet 2007)

Nombreux sont les personnes, et les défenseurs du temple, qui refusent d’octroyer le statut de journaliste à Julian Assange. Plusieurs « titres » lui sont distribués : hacker, Informaticien, Éditeur, Lanceur d’alerte, mais point de « Reporter » ou « synonymes ». Pourtant, lui enlever ce « statut »,  c’est aller un peu vite en besogne. Assange a bel et bien créé un nouveau journalisme. Une manière de se rapprocher de « monsieur tout le monde » en lui procurant l’information, LES FAITS, directement, sans intermédiaire. Pour lui, le droit de savoir dépasse amplement le slogan galvaudé par les nombreux autoproclamés journalistes. Jacques Londres l’avait bien dit en parlant du journalisme : « « Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus que de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie ». N’est-ce pas ce qu’a fait Julian Assange durant plusieurs années ?

@SalimKoudil

19h19 (16): La Fake news footballistique