Si l’événement est célébré en grande pompe tous les ans, l’anniversaire de cette année est particulièrement singulier dans la mesure où il intervient dans une conjoncture difficile pour l’Iran de nouveau sous pression. Les Etats-Unis de Donald Trump se sont retirés de l’accord sur le nucléaire signé sous Obama, et considèrent de nouveau l’Iran comme l’ennemi à abattre.

Lorsque le 16 janvier 1979, le Shah Mohammad Reza Pahlavi, qui s’était autoproclamé « roi des rois », quitte précipitamment l’Iran après des mois de manifestations contre son régime le Moyen-Orient s’apprêtait à vivre un évènement géopolitique majeur. Sa chute va permettre le retour triomphal le 1er février, de l’ayatollah Khomeiny et la victoire de la Révolution islamique. Retour vers ces semaines décisives dans l’histoire de cette région. Fin 1978, les Iraniens expriment de plus en plus leurs ras-le-bol du régime du Shah. Des manifestants sont tués chaque jour, et les protestations prennent encore de l’ampleur. Le 12 décembre plus de deux millions de personnes défilent dans les rues de Téhéran pour protester contre la politique du Shah. Ce dernier, affaibli par la maladie et abandonné par ses alliés, les grandes puissances occidentales, vit retranché dans son palais. Il joue alors sa dernière carte : la nomination de Shapour Bakhtiar au poste de Premier ministre. Ce dernier demande au Shah de quitter l’Iran pour une durée indéterminée afin de calmer la situation. Le 16 janvier 1979, le Shah quitte le pays avec sa famille pour ne plus y revenir. En Iran c’est l’effervescence. La présence du Shah aux États-Unis est considérée comme un acte hostile, ce qui provoquera la prise d’otage de l’ambassade américaine à Téhéran. Réclamé par Téhéran pour être jugé le Shah est finalement accueilli par l’Égypte où il meurt peu après. Depuis son exil en France à Neauphle-le-Château, la personnalité politique iranienne la plus en vue alors, l’ayatollah Khomeiny, appelle à une grève générale. Shapour Bakhtiar croit pouvoir encore manœuvrer. Les négociations pour trouver un compromis n’aboutissent pas. Le 1er février 1979 Khomeiny arrive à Téhéran où les Iraniens l’acclamaient. Il annonce un gouvernement provisoire dès que possible, estimant Shapour Bakhtiar non légitime. L’armée bascule pour la révolution qui proclame sa victoire. Le soir du 11 février 1979 Khomeiny arrive au pouvoir. Cette date marque la fin de l’Empire d’Iran, et la chute du gouvernement de Shapour Bakhtiar qui sera contraint à la fuite.
L’avènement
de Khomeiny
La destitution du Shah provoque une grande ferveur en Iran, mais de nombreux désaccords quant à l’avenir du pays apparaissent. Khomeyni est la figure politique la plus populaire, bien qu’existent des dizaines de groupes révolutionnaires, avec des visions différentes sur l’avenir de l’Iran, libérales, marxistes, anarchistes et laïques. Les premières années voient l’avènement d’un gouvernement bipolaire. Mehdi Bazargan devient Premier ministre, et le mouvement pour la liberté travaille à établir un gouvernement libéral laïc. Les partisans de Khomeiny forment un pôle séparé du pouvoir, le parti républicain islamique. Les groupes essaient de coopérer, en vain. En juin un projet de constitution déclare l’Iran République Islamique. La Constitution est soumise au vote de la législature nouvellement élue pour approbation, législature dominée par les alliés de Khomeiny. Une nouvelle Constitution est rédigée, elle promulgue le poste de Guide suprême pouvant mettre son veto à la candidature des prétendants au poste de président de la république. Un président de la république est élu tous les 4 ans au suffrage universel, mais seuls les candidats approuvés par le Conseil des gardiens de la Constitution ont le droit de se présenter aux élections. Khomeiny devient « Guide de la Révolution ». Aujourd’hui quarante ans après, que reste-t-il de la révolution iranienne qui avait enflammé une grande partie des pays du Sud qui y ont vu une déferlante d’émancipation anti-impérialiste ? Bien que les velléités « d’exportation de la révolution » semblent aujourd’hui révolues, le monde ayant beaucoup évolué, l’Iran demeure un pays incontournable dans la région. Malgré les embargos imposés par les occidentaux depuis plus de quarante ans l’Iran reste au cœur des soubresauts géopolitiques régionaux comme à l’image du rôle joué actuellement en Syrie, en Irak, au Liban et au Yémen.n