Cette année-là est sans aucun doute celle de la montée en puissance des dictatures sud-américaines. Au Paraguay, au Guatemala, au Brésil, les chefs militaires prennent le contrôle du pouvoir et imposent un régime de répression, de privations de libertés et de libéralités envers les entreprises américaines. A Cuba, Batista est élu au terme d’élections truquées.

Pour l’Allemagne, l’évènement est bien la signature de l’acte de fin de guerre, même si la victoire surprise de la sélection allemande à la Coupe du monde de football, organisée en Suisse, signe aussi, quelque part, le mouvement de reconstruction sous l’autorité du chancelier chrétien démocrate Conrad Adenauer.
L’Egypte, pour sa part, bouge. Les officiers libres, qui avaient renversé le roi Farouk, ne cachent plus leurs divergences. Le général Néguib prend prétexte de la dissolution de l’organisation des Frères musulmans par le Premier ministre Nasser pour annoncer son départ. Nasser finira par imposer son pouvoir.
La France, qui fête Louison Bobet, tout nouveau champion du monde de cyclisme, découvre aussi le tiercé hippique et son nouveau président de la République René Coty, véritable incarnation de la quatrième République parlementaire. C’est pourtant un homme d’église qui fait l’évènement. En février, l’abbé Pierre lance un appel pathétique à la solidarité face aux rigueurs de l’hiver. Il lancera, quelques semaines plus tard, «Les compagnons d’Emmaus» voués à l’action humanitaire.
«La guerre d’Indochine», dans laquelle l’empire français est englué depuis la fin du conflit mondial, pouvait paraître lointaine et indéchiffrable en dépit des renforts militaires que les gouvernements français n’avaient eu de cesse d’envoyer. Et l’annonce, le 7 mai, de la chute de Dien Bien Phu, a l’effet d’un imprévisible et insupportable coup de tonnerre. Radical, libéral, ancien résistant, Pierre Mendès France, investi comme chef de gouvernement en juin, engage des négociations qui seront sanctionnées, en juillet, par les Accords de Genève. A Carthage, en ce même mois de juillet, il s’engage publiquement en faveur de l’autonomie de la Tunisie et du Maroc. Il nommera aussi un ethnologue, ancien chef des services gaullistes durant la guerre, Jacques Soustelle, réputé lui aussi libéral, en qualité de Gouverneur général d’Algérie.
Paris écoute alors Boris Vian chanter «Le Déserteur».A. M.