Parmi les rares personnes à rendre hommage à l’ex-président Abdelaziz Bouteflika, il y avait Ramtane Lamamra. L’actuel ministre des Affaires étrangères et de la Communauté nationale à l’étranger a évoqué le «destin», en indiquant que le décès de Bouteflika a coïncidé avec l’ouverture de la session de l’Assemblée générale des Nations unies. L’occasion pour Lamamra de rappeler le «rôle important» et les «succès diplomatiques» de celui qui l’avait précédé au même poste, durant 15 ans (1963-1978).
Une autre coïncidence est liée à ce début de la période posthume de Bouteflika. Celle-ci n’a pas été citée par Lamamra. Il s’agit de la date d’hier, jour de l’inhumation de l’ex-président à El-Alia. Bouteflika a été ainsi enterré 63 ans, jour pour jour, après la création du GPRA (Gouvernement provisoire de la République algérienne). C’était un 19 septembre 1958, au Caire. Le destin a réuni une autre fois celui qui a contribué à la mainmise du «Clan Oudja» sur le pouvoir, en 1962, en écartant, avec la force, la vitrine civile de l’Algérie de l’époque, le GPRA. La disparition définitive de ce dernier restera éternellement liée à Houari Boumediène et sa «clique», dont Bouteflika était l’un des plus importants membres.
L’histoire entre l’ex-président et le GPRA remonte d’ailleurs à quelques mois avant l’Indépendance. C’est Bouteflika qui avait réussi, en décembre 1961, à convaincre Ahmed Benbella (il était alors en prison en France) de désavouer le gouvernement (présidé alors par Benyoucef Benkhedda) et de rejoindre Boumediène et l’armée des frontières. Un deal qui a marqué l’histoire du pays. Quelques mois après l’Indépendance, et après un affrontement sanglant, le destin de l’Algérie était scellé. La crise de 1962 est passée par là. Redha Malek, dans son livre «L’Algérie à Evian», l’avait bien souligné «Boumediène avait besoin d’un politique et Ben Bella d’un fusil».
Le destin, et ce rappel historique, surviennent ici pour que l’histoire ne puisse pas retenir une période en omettant d’autres. Le parcours d’Abdelaziz Bouteflika n’a pas commencé en 1999. Son impact dure à ce jour. L’Algérie de 2021 est le résultat d’un cumul d’actes, et pas uniquement d’un règne de vingt ans.