Il est maintenant admis dans la communauté des professionnels de la santé que la vaccination massive ou, du moins, avec un rythme plus accéléré en temps d’accalmie de la pandémie du coronavirus est plus que recommandée. Dans ce sens, il serait possible à l’Algérie de pouvoir augmenter la cadence de la vaccination si les doses de vaccins annoncées pour le mois en cours et le mois prochain pouvaient être effectivement réceptionnées.

Avec un nombre de cas confirmés de Covid-19 qui reste sous la barre des 200 cas par jours depuis plusieurs semaines, soit une situation épidémiologique qu’ils qualifient de «stable» et de «maitrisée» jusqu’à présent, les spécialistes plaident, toutefois, dans leur globalité, pour «une accélération de la vaccination». Ce plaidoyer se fait encore plus pressant depuis que l’Algérie a enregistré ses premiers cas du variant britannique de Covid-19 (8 cas jusqu’à jeudi dernier), qu’ils décrivent comme plus «rapidement transmissible» et causant «plus de décès».
S’exprimant à ce propos, le ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, Abderrahmane Benbouzid, a laissé entendre que le rythme de la vaccination serait plus important dans les jours à venir, étant donné que le pays s’apprête à recevoir de nouvelles doses de vaccins. «Nous allons importer une quantité de 1,6 million de doses de vaccins entre mars et avril», a-t-il déclaré hier sur une chaine de télévision privée, notant qu’il s’agit d’acquisitions entrant dans le cadre aussi bien de programmes de contrats multilatéraux (comme Covax) que de contrats bilatéraux.
Il a, par ailleurs, indiqué que 20 millions de doses seront acquises sur plusieurs mois, faisant référence au programme Covax/Gavi sous la houlette de l’Organisation mondiale de la santé et au programme du Centre africains de contrôle et de prévention des maladies appelé CDC Afrique, sous la houlette de l’Union africaine. «Entre l’acquisition dans le cadre de Covax, estimée entre 12 et 16 millions de doses de vaccins, et si on ne rend en considération que 12 millions de doses, auxquelles viendront s’ajouter les 4 millions de doses du deuxième programme, on peut estimer que nous aurons 20 millions de doses dans le cadre du multilatéral. Dans le cadre du bilatéral, à savoir des négociations directes avec les laboratoires fabricants ou pays, nous allons assurer les doses restantes», a indiqué le ministre de la Santé, citant les vaccins Spoutnik V, AstraZenaca-Oxford et Sinovac.

Possible acquisition des vaccins Johnson & Johnson et Pfizer-BioNTech
Il n’est, par ailleurs, pas exclu que l’Algérie achète d’autres vaccins, comme l’a déclaré Mme Wahiba Hadjoudj, directrice générale de la pharmacie au ministère de la Santé. Il s’agit de vaccins Johnson & Johnson (le seul à être administré en une seule dose) et de Pfizer-BioNTech qui pourront être acquis dans le cadre de Covax et de CDC Afrique, a-t-elle révélé. «Il est fort possible qu’on ait le vaccin Pfizer-BioNTech dans le cadre de Covax et de l’Union africaine, mais on n’a pas encore été notifié», a-t-elle souligné.
A la question de savoir si la température de conservation du deuxième antidote à moins de 70 degrés Celsius pouvait être assurée, elle a répondu par l’affirmative. «On est préparé pour le stockage de ce vaccin à l’ARNmessager qui nécessite une très basse température, l’Institut Pasteur d’Algérie a les moyens», a-t-elle déclaré.
A l’instar de ses autres confrères qui se sont prononcés sur la question de l’efficacité des vaccins actuels sur les variants en circulation notamment le britannique actuellement en Algérie, elle s’est montrée rassurante, affirmant que «toutes les études travers qu’on a consultées sur les vaccins actuellement homologués et mis en œuvre démontrent qu’ils sont tous efficaces contre le variant britannique». Elle a, toutefois, nuancé ses propos concernant le variant sud-africain. «Pour la souche de ce variant, l’efficacité est un peu moindre. Elle n’est pas encore précisée pour le moment mais il y aura une publication de ce taux. Nous sommes à l’affût de toutes les informations qui pourraient nous aider à faire face à la pandémie et aux variants avec la meilleure efficacité», a rassuré Mme Hadjoudj, tout en revenant sur les chiffres annoncés par le ministre de la Santé concernant les prochaines acquisitions de vaccins.
Sur ce point, le Pr Benbouzid a tenu à noter que les quantités sont susceptibles de changer, en fonction de plusieurs paramètres. «Il faut savoir aussi que les quantités changent parfois. Et c’est pour cela qu’il vaut mieux éviter de parler de quantités précises, car ces dernières parfois augmentent, parfois diminuent et parfois il y a encore d’autres fournisseurs potentiels avec lesquels on peut négocier et avoir des contrats…», a-t-il précisé. «J’explique cela pour que nos concitoyens sachent ou comprennent qu’au niveau du ministère de la Santé, le travail en termes de négociations et d’exploration de différentes voies se poursuit», a-t-il dit.
Reconnaissant implicitement que la vaccination n’est pas au rythme escompté, le Pr Benbouzid a déclaré «nous souhaitons vacciner le plus grand nombre possible», avant de relever que la vaccination durera toute l’année en cours. «Si on arrive à vacciner déjà à 75% de la population éligible à la vaccination (les moins de 18 ans), cela ne permet plus au virus de se transmettre et on pourra alors parler d’une immunité collective ou d’une immunité de groupe. Nous avons étudié les scénarios de vaccination de 60%, de 70% ou de 80% de la population et avons finalement opté pour 70%, alors que l’Organisation mondiale de la santé estime que 50% ou un peu plus est déjà suffisant pour stopper la propagation de la pandémie», a souligné le ministre de la Santé, tout en énumérant les vertus de la vaccination et en appelant les citoyens à y adhérer. A ce propos, il est utile de rappeler que la plateforme numérique est opérationnelle et que les catégories concernées par la vaccination peuvent s’y inscrire.