L’ombre du défunt Kamel Eddine Fekhar, décédé mardi à l’hôpital Frantz-Fanon (Blida), a plané à Alger en ce 15e vendredi de mobilisation populaire, qui a vu les Algériens rendre un hommage appuyé au militant des droits de l’homme.

Dans un climat de tristesse mêlée d’une grogne refoulée, un hommage a été rendu au défenseur des droits de l’homme ainsi qu’à tous les « martyrs du Hirak ». Les manifestants ont, à cette occasion, brandi des portraits de Fekhar, décédé mardi dernier à l’hôpital Frantz-Fanon de Blida après 50 jours de grève de la faim qu’il avait entamée pour protester contre son incarcération à Ghardaïa en raison de ses publications et des entretiens qu’il a donnés. Ils  ont dénoncé la mort du militant des droits de l’homme en pleine détention et observé une minute de silence à la mémoire du défunt qualifié de « martyr de la démocratie ».

Les Mozabites, reconnaissables à leur  tenue vestimentaire traditionnelle, étaient présents en force aux côtés d’autres manifestants venus d’autres wilayas limitrophes pour marquer leur présence et réclamer « justice et vérité » sur les circonstances de la disparition tragique de Fekhar. D’ailleurs, un imposant cortège s’est ébranlé derrière une banderole portée par des marcheurs sur laquelle était inscrit «  D’Abane à Fekhar… combien de crimes orchestrés », inspiré d’une chanson de Matoub Lounès. De nombreux participants tenaient des affiches réclamant justice, alors que certains avaient enfilé des tee-shirts en hommage au même militant. Les manifestants, qui ont observé une minute de silence, tiennent le système en place ainsi que l’administration carcérale et judiciaire pour responsables,  l’incarcération et la grève de la faim ayant coûté la vie à Fekhar. Ils ont dénoncé, à travers la manifestation antisystème, les  pratiques du régime qui ont conduit à la mort de Kamel Eddine Fekhar, considéré comme tant d’autres « victime des pratiques du système » et de sa justice « injuste, dépendante et inique». Les marcheurs ont également arboré des affiches mettant en garde contre les «  plans pernicieux visant la séparation des Algériens en recourant aux questions latentes d’ordre ethnique, doctrinal ou régionaliste». « C’est notre unité qui fait notre force », lit-on sur des affiches brandies, tandis que d’autres ont appelé  au respect de la différence et la pluralité qui font la richesse d’un pays. Les protestataires ont appelé, par ailleurs, à ce que cessent les pratiques visant le « musellement » des militants des droits de l’homme ainsi que leur embastillement lorsqu’ils expriment une opinion de manière pacifique. Le défunt Kamel Eddine Fekhar sera inhumé aujourd’hui au  carré ibadite du cimetière d’El-Alia, à Alger, suivant la volonté du défunt.

« C’est en voyant des policiers saccager le cimetière ibadite de Ghardaïa, lors des tragiques  événements qu’a connus la ville en 2015,  que l’idée d’être enterré où « pouvoir se reposer en paix » a effleuré l’esprit à Fekhar », a témoigné  l’avocat du défunt Maître Salah Dabouz.