La 15e édition du Festival de «Raconte Arts», dont le coup d’envoi sera donné, jeudi prochain, au village de Tiderdoud, accueillera cette année au moins trois cent cinquante artistes, dont une centaine venue de douze pays étrangers, a annoncé le directeur de la manifestation Hacene Metref, avant-hier, lors de la conférence qu’il a animée à Alger.

Cependant, il n’a pas manqué à cette occasion de mettre en exergue les risques de la disparition de ce Festival citoyen, dont la popularité croissante altère l’esprit même de «Raconte Arts».

Le Festival «Raconte Arts», dont l’édition 2018 se déroulera du 19 au 26 juillet au village de Tiferdoud, dans la wilaya de Tizi-Ouzou, est «actuellement dans sa dernière ligne droite», a fait savoir, avant-hier, son directeur Hacene Metref, lors de la conférence de présentation aux médias, qui s’est déroulé à Alger au siège de l’association Rassemblement Action Jeunesse (RAJ), où il a présenté les grandes lignes de cette de 15e édition. Hacene Metref a d’emblée déclaré : «J’ai peur que ce festival ne soit victime dans les années à venir de son propre succès. Je pense même que le festival ne pourra pas durer dans le temps. C’est ainsi, mais il aura lancé un mouvement.» Ainsi, il est revenu sur la popularité acquise par la manifestation depuis sa première édition, une notoriété dépassant les frontières, marquée l’année dernière par une affluence record estimée à plus de 40 000 visiteurs, mais qui, aujourd’hui, menace néanmoins la pérennité du rendez-vous annuel selon ses organisateurs. Le directeur et initiateur du concept même de « Raconte Arts » depuis l’organisation, en 1992, de « la Fête de la poterie », avec l’artiste Denis Martinez, évoque à ce sujet les difficultés techniques liés à l’organisation et l’hébergement d’un nombre croissant d’artistes et de visiteurs, mais également la nécessité de sauvegarder «l’esprit du festival». «Raconte Arts » est porté à bout de bras par des personnes qui ont aujourd’hui pris de l’âge. Et il n’est pas sûr que d’autres prennent la relève avec le même état d’esprit », souligne Hacene Metref. Tout en ajoutant que «ce n’est pas forcément une mauvaise chose. La société doit pouvoir s’exprimer à sa façon. Nous sommes certes pour la spontanéité, mais il faut que cela reste cohérent.»
A propos des grandes lignes de cette 15e édition, le directeur de «Raconte Arts» annonce que le programme culturel sera assuré cette année par «au moins 350 artistes dont une centaine venue de douze pays étrangers». Il est également prévu la tenue de spectacles de cirque, de concerts ou encore de rencontres avec les fondations Mohammed-Dib et Isabelle-Eberhardt. Quant à l’amélioration des conditions d’accueil des visiteurs, plusieurs mesures ont été prises pour cette 15e édition dans le but de canaliser la foule, a assuré Hacene Metref. Il s’agit notamment de l’instauration d’un sens unique de circulation, facilité par la topographie du village, mais aussi l’interdiction aux véhicules de circuler dans l’espace du festival.
A cet effet, les organisateurs ont réservé une quinzaine de bus pour assurer la navette entre le village et les espaces de stationnement. «Les animations se dérouleront sur près d’un kilomètre linéaire, réservé aux piétons. Même les véhicules des villageois seront stationnés plus loin», affirme-t-il. Salem Sadali, coordinateur du comité de préparation à Tiferdoud, présent également à la conférence de presse, a fait savoir que le village avait obtenu, en 2017, le Premier prix du concours Rabah-Aïssat pour le village le plus propre de la wilaya de Tizi Ouzou. «Les préparatifs ont commencé dès l’année dernière. Nous avons notamment restauré des maisons dont les propriétaires était absents ou partis», précise-t-il. Salem Sadali confie, également, que l’accueil de l’édition de « Raconte Arts» se faisait aussi en parallèle du projet de développement de l’activité du village, initié dès le début des années 2000 par les responsables d’associations et de l’assemblée traditionnelle du village (tadjmat). Il met ainsi en exergue qu’«en 2002, le village a perdu plus d’une centaine de jeunes partis à l’étranger. Puis encore, en 2012, avec la rudesse de l’hiver, beaucoup se sont installés dans la plaine. Mais, heureusement, grâce aux différentes initiatives que nous développons, les habitant reviennent de plus en plus».