Le procès en appel de Saïd Bouteflika, Mohamed Mediène, Athmane Tartag et Louisa Hanoune, qui a tenu en haleine les Algériens deux jours durant, a pris fin dans la soirée d’avant-hier soir avec le rendu du verdict. Mais tout laisse entrevoir que cette affaire est encore loin d’être définitivement close, les avocats des accusés comptant faire cassation auprès de la Cour suprême.

La Cour militaire d’appel de Blida a confirmé, lundi soir, après une journée de plaidoiries des avocats de la défense qui se sont poursuivies jusqu’en début de soirée, le jugement en première instance prononcé le 25 septembre par le tribunal militaire de Blida. Une peine de 15 ans de prison ferme a été prononcée aussi bien à l’encontre de Saïd Bouteflika, conseiller et frère de l’ancien-président de la République, qu’à l’encontre de Mohamed Mediène, dit Toufik, et d’Athmane Tartag, dit Bachir, tous deux généraux à la retraite des services de renseignements et de sécurité.
Louisa Hanoune, quant à elle, a été condamnée à trois ans de prison avec sursis, dont neuf mois de prison ferme qu’elle a purgé à la prison civile de Blida jusqu’à sa sortie le soir même du verdict. L’allègement de la peine de la secrétaire générale du PT est dû à la requalification des faits qui lui sont reprochés dans cette affaire de «faits commis dans une enceinte militaire et qualifiés par la loi de crimes de complot ayant pour but de porter atteinte à l’autorité militaire et de complot contre l’autorité de l’Etat», selon les termes du communiqué du tribunal militaire de Blida.
Donc, après requalification des faits qui lui sont reprochés, passant de «crimes de complot (…)» à «non dénonciation d’une réunion suspecte» à laquelle elle était présente en compagnie de Saïd Bouteflika et du général Toufik, sa peine s’est vu allégée après avoir été condamnée en première instance, par le tribunal militaire de Blida, à 15 ans de prison ferme elle aussi. L’un des avocats qui s’est exprimé à la fin de l’audience, Me Seddik Mouhous, a indiqué qu’avant la levée de celle-ci, l’affaire de Hanoune a été débattue en chambre de conseil. «La majorité des membres de la chambre de conseil se sont prononcés contre les charges de «complot ayant pour but de porter atteinte à l’autorité militaire et de complot contre l’autorité de l’Etat». Ils se sont ensuite prononcés pour l’inculpation de Louisa Hanoune pour «non dénonciation d’une réunion suspecte». Pour ce qui est de la question «pourra-t-elle bénéficier d’une modification ou d’une annulation du jugement», la majorité a répondu «oui». C’est ainsi que les charges de «complot» ont été abandonnées», a expliqué l’avocat. Le verdict rendu à son encore a donc changé après que les chefs d’inculpation eurent été revus suite à la décision de la chambre de conseil.
Même si elle a déclaré être «très contente» après sa libération, Louisa Hanoune a décidé de ne pas s’arrêter là. Elle a déclaré, dès sa sortie de prison dans la soirée d’avant-hier, qu’elle récusait le jugement rendu à son encontre et qu’elle ferait «appel pour être acquittée purement et simplement».
Concernant le jugement contre Saïd Bouteflika, Mohamed Mediène et Athmane Tartag, «les avocats de la défense ont prévu de se réunir pour prendre une décision portant pourvoi en cassation devant la Cour suprême dans un délai de huit jours, tel que prévu par la loi», a fait savoir Me Mouhous. Les avocats, rappelle-t-on, dans leurs plaidoiries, avaient tous appelé à l’acquittement pur et simple de leurs clients. Ils ont déclaré s’être basés sur le fait que les quatre accusés sont «des responsables ou d’anciens responsables qui se sont réunis pour échanger sur une situation politique connue. De ce fait, ils tentaient de trouver un successeur à un Président qui avait renoncé à son mandat. Il n’y a rien d’illégal dans la réunion», ont-ils affirmé.
Dans ce sens, Saïd Bouteflika, dans ses réponses face aux juges au premier jour du procès, avait fait des révélations sur la période ayant précédé son incarcération, affirmant d’abord, selon des sources concordantes, que «c’est Gaïd Salah qui avait fait pression sur son frère pour qu’il accepte de se porter candidat à un 5e mandat successif» et qu’il était «parti le voir à trois reprises à la résidence de Zéralda pour le persuader d’accepter de se porter candidat aux élections d’avril 2019. Tayeb Belaïz et Ahmed Ouyahia ont été témoins de ces réunions». Il a également révélé avoir «rencontré Gaïd Salah le 23 mars 2019 pour lui annoncer que son frère était prêt à démissionner de ses fonctions de président de la République». «Nous avons conclu que mon frère termine ses jours en tant que Chef de l’Etat en procédant à l’inauguration de la Grande Mosquée d’Alger et du nouvel aéroport international d’Alger. Le jour même, il a rendu visite à mon frère pour lui lire une lettre en français et en arabe pour rendre hommage à ses efforts et à son bilan. C’était la lettre d’adieu que l’Armée devait dédier à mon frère», a déclaré Saïd Bouteflika.
Pour sa part, le général Toufik a nié tout complot portant atteinte à l’autorité militaire et à l’autorité de l’Etat. A cet, égard, l’ancien homme fort à la tête du renseignement et de la sécurité pendant vingt-cinq ans a rappelé son parcours dédié exclusivement au service du pays. Dans le même sens, il est également revenu sur la lutte contre la corruption, réitérant, comme lors du premier procès de septembre, qu’il avait été «le premier à avoir mené une campagne anticorruption» en instruisant ses services de mener des enquêtes dans ce sens.
Nul doute que la suite que prendra cette affaire ne manquera pas d’intéresser, encore une fois, les Algériens, puisqu’il est certain que les avocats prévoient un pourvoi en cassation pour ce procès inédit dans l’histoire de l’Algérie.