Hachemi Cherif restera, incontestablement, une figure incontournable de l’histoire de la gauche algérienne. Quatorze ans après sa disparition prématurée, ses anciens camarades lui rendent hommage autour de sa tombe, fleurie pour la circonstance d’une couronne de fleurs, au cimetière de Miramar à Bologhine.

Une cinquantaine de personnes entre militants, sympathisants, anciens moudjahidine, femmes et hommes, se sont donné rendez-vous, hier, à onze heures, au cimetière de Miramar pour évoquer le souvenir d’un homme qui a marqué de son empreinte la vie politique des années 1990. Une des figures emblématiques de la gauche communiste algérienne, il est le fondateur du MDS, en 1998, né au cœur des turbulences qui ont secoué le mouvement Ettahadi qui avait succédé, en 1993, au Pags (Parti de l’avant-garde socialiste).
Adversaire acharné et sans concession de l’islamisme politique, il n’en est pas moins un fervent opposant au système rentier en place. Sa vision de la double rupture a été son cheval de bataille jusqu’à son dernier souffle.
C’est le porte-parole du PLD, Mustapha Hadni, qui rappellera le combat de l’homme infatigable et sa grande lucidité politique. Sa vision prophétique qui se confirme avec les développements et l’ampleur du mouvement de contestation populaire.
Fethi Gherras, actuel secrétaire général du MDS, ne tarira pas d’éloges pour « l’homme exceptionnel que nous évoquons aujourd’hui dans l’instant exceptionnel de l’histoire de ce pays. Hachemi Cherif n’est pas seulement un militant, c’est un pan de l’histoire du militantisme ». Hachemi Cherif, le journaliste, le cinéaste, le syndicaliste et le militant, n’est pas mort. Il revit en chacun de ceux qui sont venus lui rendre hommage. La vieille garde. Les fidèles parmi les fidèles à la pensée de Hachemi Cherif. Il y avait son frère. Mais aussi des compagnons d’armes. D’anciens moudjahidine et des militants de la clandestinité. Celle d’avant 1988, mais aussi celle d’après. Pendant les années de terreur. Hachemi Cherif a échappé aux balles des terroristes, mais pas au verdict de la maladie.
Les hommages continuent. « Hachemi Cherif a énoncé des vérités en 1999 qui se sont vérifiées en 2019 ! », dira le représentant du collectif des amis de Hachemi Cherif de Béjaïa qui annonce un hommage les 4 et 5 août prochain à Béjaïa et dans son village natal de Toudja. L’idée d’un colloque annuel suit son chemin.
Le frère de Hachemi est là aussi. Emu. De son côté, Abdoud Nabil, militant, reliera le sacrifice et la pensée de Hachemi Cherif aux luttes actuelles. Il évoquera les atteintes aux libertés démocratiques et individuelles. «C’est l’Algérie de Massinissa à Guermah. De Alloula, de Ferhi et bien d’autres.» Un autre militant, Amirouche, considèrera que «la pensée de Hachemi Cherif est un patrimoine universel».
Mais, indéniablement, l’hommage le plus émouvant fut celui de Zazi Sadou. Elle parla avec son cœur et ses tripes. «Hachemi est un homme de détermination et de persévérance. Tout a été dit, mais on n’oublie pas que c’est aussi un père de famille, qui a une petite fille, Miya, qui ne l’a pas connu. Je pense à elle très fort et aux enfants de Hachemi… » Elle continuera en disant : « Ce n’est pas un homme de compromission et le meilleur hommage que nous puissions lui rendre, c’est de combattre la compromission et d’être sur la ligne, sans ambiguïté, de la rupture avec ce système et avec l’islamisme comme il l’a toujours défendu. Tout le reste c’est du bavardage. »
C’est en évoquant le cheminement personnel de celui qui fut un grand dirigeant de parti, mais aussi un homme simple doté d’un grand humanisme, et à l’évocation des plus de 200 martyrs du parti morts sous les balles traitresses de l’islamisme intégriste, que Zazi n’a pu retenir ses larmes. Son intervention n’a duré que quatre minutes. Elles parurent une éternité en ce jour de recueillement et de grande communion. Minute de silence.
L’émotion était grande en cette fin de matinée à Miramar. Et la détermination tout aussi grande chez ces militants irréductibles qui ont fait serment de fidélité aux idéaux de Hachemi Cherif. A l’Algérie libre et démocratique. Demain est un autre jour sur les chemins de la liberté.