Manifestants interpellés lors du 18e vendredi : Vague d’indignation

Des manifestants interpellés pour avoir arboré le drapeau berbère lors du 18e vendredi de manifestations pour le départ du système politique en place ont été présentés, hier, devant le procureur de la République au tribunal de Sidi M’hamed, rue Abane Ramdane à Alger. Ils font partie de prévenus séparés en deux groupes, le second ayant été auditionné par le tribunal de Bab el Oued (Baïnem).

En fin de matinée, on apprenait que les charges retenues contre eux sont «outrage à corps constitué» et «atteinte à l’unité nationale», deux accusations qui n’ont pas manqué d’étonner les avocats de la défense et leurs confrères venus en soutien aux personnes déférées devant le juge d’instruction.
Le magistrat qui a décidé de les placer en détention préventive a ajouté à la surprise et l’étonnement général le sentiment provoqué par sa décision, l’«indignation». Le mot a été plusieurs fois entendu devant le tribunal de Sidi M’hamed de la bouche des présents qui s’étaient déplacés pour se poster aux abords du tribunal du côté de la rue de la Liberté et appeler à la libération des prévenus. Parmi eux, des parents, des proches de personnes en prison depuis plusieurs semaines après avoir été interpellés lors ou après les manifestations des vendredis, des militants associatifs et des défenseurs des droits humains.
Ce sentiment d’indignation a été partagé ensuite par des collectifs associatifs, des formations politiques et des personnalités politiques qui ont dénoncé les chefs d’accusation imputés. Ainsi, le «réseau contre la répression, pour la libération des détenus d’opinion et pour les libertés démocratiques» a indiqué dans son communiqué avoir «appris avec sidération la décision inacceptable rendue par les tribunaux de Bab El Oued et Sidi M’hamed». «Le port de l’emblème amazigh est une revendication identitaire reconnue par la Constitution et par les lois de ce pays, elle ne constitue nullement, par conséquent, une menace pour l’unité nationale», ajoute le réseau qui a appelé à un rassemblement populaire au rond-point Aissani à Aïn Benian. La ligue algérienne des droits de l’Homme (LADH) a, pour sa part, appelé à «la libération de ces manifestants pacifiques et à l’abandon de toutes les poursuites judiciaires à leur encontre», qu’elle qualifie d’atteinte aux droits de l’Homme et au droit de manifester et des exprimer «pacifiquement» comme le prévoit la Constitution. «L’arrestation d’individus pour avoir brandi un drapeau berbère ne repose sur aucun texte de loi», s’offusque la Ligue qui appelle les autorités au respect les lois nationales et traités internationaux ratifiés par l’Algérie. «On appelle des autorités algériennes à libérer les prévenus pacifistes arrêtés arbitrairement», insiste-t-elle dans son communiqué en demandant également l’ouverture d’une enquête sur les «dépassements» des forces de sécurité lors de la marche hebdomadaire de vendredi dernier.
«Appel à la libération immédiate»
Le Rassemblement actions jeunesse (RAJ) dénonce ce qu’il appelle une «dérive grave» des agissements des services de sécurité. Selon RAJ, la police a «usé de la violence» et a «procédé à des arrestations pour la confiscation des drapeaux amazighs. Des dizaines d’interpellations ont eu lieu pour les présenter ensuite devant le tribunal pour motif de possession de drapeaux amazighs».
Par ses agissements «irresponsables», poursuit le collectif, le pouvoir a mis en «danger la cohésion et l’unité nationales» dans une «tentative désespérée de casser la dynamique enclenchée et la révolution populaire en marche».
Il interpelle le pouvoir sur sa «responsabilité» dans les dérives sécuritaires et appelle à «la libération immédiate de toutes les personnes» arrêtées. De son côté, le RCD a vivement critiqué «l’ordre donné par le chef d’état-major d’interdire l’exhibition publique de l’emblème de l’identité millénaire des Algériens».
«Les porteurs de l’étendard amazigh ont été traqués et les personnes portant des sacs ont été fouillées pour dénicher l’étoffe suspecte et conduire ainsi les malfaiteurs débusqués en flagrant délit de désobéissance dans les commissariats», s’indigne le parti de Mohcine Belabbas.
«Dans cette affaire, ajoute le RCD, il est aisé pour la justice de constater que les personnes incriminées par les services de police sont victimes d’abus fomentés en violation des lois en vigueur et de la Constitution». Le député démissionnaire Khaled Tazaghart a, quant à lui, appelé à la libération des détenus arrêtés vendredi dernier. L’ancien député du Parti des travailleurs, Ramdane Taâzibt, qui a également condamné l’arrestation de jeunes manifestants, rappelle que le port du drapeau amazigh «n’est pas un crime». Le crime, à ses yeux, est «d’interdire à tout un peuple de se réclamer comme il est. Un peuple amazigh».n