Les chiffres communiqués hier par le ministère de la Santé sur la Covid-19 confirment les risques qu’encourent les personnels soignants dans les hôpitaux et structures de prise en charge des patients. Médecins, assistants et aides-soignants sont vulnérables dans les services qu’ils occupent pour l’accueil et les soins des malades. Une étude réalisée au CHU Frantz-Fanon de Blida révèle que 17% du corps soignant, mais également administratif, ont été contaminés pendant le travail et en dehors également.

Le personnel soignant et administratif du secteur de la santé déplore 120 décès et 9 146 cas de contamination par la Covid-19. Ce bilan couvre la période qui s’étend du début de la pandémie en Algérie à ce jour, selon les statistiques du ministère de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière. Il a été fourni hier par le docteur Djamel Fourar, porte-parole du comité de surveillance et de suivi de la pandémie, confirmant les risques d’infection auxquels sont confrontés quotidiennement les médecins, les infirmiers et les personnes évoluant dans les structures de prise charge des malades atteints par le nouveau coronavirus.
Dans une étude réalisée par le service d’épidémiologie de l’hôpital Frantz-Fanon de Blida, en collaboration avec l’Institut Pasteur d’Alger, son superviseur, le professeur Abderrazak Bouamra, alerte ainsi sur la séroprévalence de la Covid en milieu hospitalier. Il précise, selon une synthèse de l’APS, que sur les 2 753 employés de l’hôpital Fanon testés, 470 d’entre eux se sont révélés positifs, soit un taux de 17,1%.
Pour le professeur Bouamra, cette étude est une «première du genre». Elle est un «indicateur» pour évaluer l’étendue de la pandémie et permettre au personnel soignant de renforcer les mesures préventives et de lutte contre le coronavirus en situation de prise en charge des malades. Elle constitue aussi une «référence» et sert à encourager la réalisation d’enquêtes similaires dans d’autres wilayas à l’effet de protéger les corps de la santé.
Cela est d’autant plus vrai, souligne ce médecin, que Blida est considérée comme l’épicentre de la Covid-19 en Algérie et un échantillon précieux pour l’étude qu’il a supervisée et à l’issue de laquelle il a été conclu que l’une des causes de contamination des médecins, soignants et autres employés de la santé revient à «une baisse de vigilance», alors que parmi les personnes testées positives beaucoup d’entre elles l’ont été après une contamination en dehors des structures de soins, autrement dit hors de leur milieu professionnel et dans leur quotidienneté.

Chez les malades, l’obésité est un facteur de complication
Selon le professeur Bouamra, le taux de prévalence des soignants testés positifs aux anticorps, observé pendant la réalisation de l’étude, était chez eux pratiquement égal indépendamment des tranches d’âges auxquelles ils appartiennent, avec 20,4% chez les 45-49 ans, 20,2% chez les 50-54 ans et 20% chez les 20-24 ans. Effectuée en soirée pour «éviter le flux de la matinée», indique l’APS, selon les propos du médecin, la même étude fait constater que les paramédicaux, les médecins généralistes et les pharmaciens sont les plus touchés, avec un taux de séroprévalence de 20% pour les paramédicaux, médecins généralistes et pharmaciens, 13,7% pour le personnel administratif et 11,9% pour les résidents. Ils sont suivis par les laborantins (9,6%), les maîtres-assistants (9,1%) et les assistants (6,9%), selon l’APS.
Par ailleurs, l’étude révèle que la concentration de soignants dans une même salle est un risque de contamination sachant qu’«un taux de 23 % d’atteinte a été enregistré lorsque 3 soignants exercent dans une même salle, 18 % entre 2 et 3 soignants, 17% entre 1 et 2 soignants et 14,6 % pour au moins un soignant dans une salle».
Pour ce qui concerne les facteurs de complication chez les malades, l’obésité constitue l’un des «plus graves facteurs» ayant causé des complications aux malades. «La moyenne d’atteinte chez les 25 et 30 ans – dont la masse corporelle a dépassé 21% – est de 19,3%, contre une moyenne de 13,9% chez la catégorie 18-24 ans». Concernant les symptômes de la pandémie, l’étude a révélé que 54 % des cas présentaient des symptômes contre un taux de 37,6 % de cas asymptomatiques. L’application rigoureuse de l’isolement des personnes asymptomatiques a été «le meilleur moyen» pour casser la chaîne de transmission, notamment suite aux mesures préventives prises par les pouvoirs publics dès l’apparition de la pandémie et qualifiées par Pr Bouamra d’«efficaces». n