La nouvelle de la nomination, avant-hier, de Mourad Ouadahi, journaliste et directeur de Jil FM, en tant que nouveau Directeur général de l’Office national de l’information et de la Culture (ONCI), par le ministre de la Culture, Azzeddine Mihoubi, lors d’une cérémonie officielle qui s’est déroulée au siège du ministère, a suscité de nombreuses interrogations et réactions sur les réseaux sociaux.

Ceci d’autant plus que le ministère de la Culture avait choisi d’annoncer la nouvelle de cette nomination sur son site officiel et sur sa page Facebook. Les observateurs ont d’emblée remarqué sur la photo, illustrant la cérémonie d’installation du nouveau directeur de l’ONCI, un grand absent, Lakhdar Bentorki, le Directeur général de l’ONCI depuis plus de vingt ans. Circulant comme une traînée de poudre, cette nouvelle du départ précipité de l’«inamovible» Bentorki, mais néanmoins prévisible, aura suscité de nombreux commentaires sur les réseaux sociaux. Ainsi, les langues se sont déliées ou, plus précisément, les claviers se sont déchaînés, pour se réjouir du départ de celui qui a régné sur l’organisation des grands spectacles en Algérie ainsi que sur plusieurs manifestations artistiques de grande envergure depuis 1986. Lakhdar Bentorki était, en effet, souvent critiqué en coulisses pour sa gestion ainsi que pour sa marginalisation de beaucoup d’artistes algériens, leur préférant les stars orientales dont les cachets atteignaient des sommes vertigineuses. De nombreux conflits l’avaient notamment opposé ouvertement à des artistes et organisateurs d’évènements culturels, notamment du Festival « Dimajazz » de Constantine. Toutefois, le torchon brûlait entre le ministre de la Culture et Lakhdar Bentorki depuis quelques années et, selon certains, depuis les scandales de la gestion opaque du budget faramineux de la manifestation « Constantine, capitale de la culture arabe », en 2015, et des nombreuses polémiques de désorganisation qui l’ont marquée. Ces deux dernières années, le bras de fer s’est intensifié, d’abord, par les restriction budgétaires drastiques qui ont frappé de plein fouet les caisses de l’ONCI, ensuite, par le retrait de la gestion des salles de cinéma, suivi par celui de l’organisation de deux festivals emblématiques, placés depuis deux décennies sous la coupe de Bentorki, en l’occurrence le Festival de Djemila, à Sétif, et le Festival de Timgad, à Batna. Toutefois, la goutte d’eau qui a certainement fait déborder le vase et qui a donné de l’eau au moulin du ministre de la Culture est, selon les spéculateurs, la récente polémique du mythique groupe « Tinariwen » qui devait animer une tournée en Algérie et l’avait annulée en dénonçant, dans un communiqué, «le mépris et le manque de respect de l’ONCI» et celui de Farida Sellal, co-organisatrice du premier concert qu’il avait animé à Tamanrasset à la fin du mois de décembre dernier. Certains observateurs, notent toutefois l’indécence de la réjouissance de ceux qui se sont précipités à claironner sur ce limogeage, alors qu’ils n’avaient jamais eu le courage de critiquer Lakhdar Bentorki lorsqu’il occupait le poste de Directeur général de l’ONCI. Parmi ceux qui ont été les plus honorables dans leur réaction, Ahmed Rezzak. Tout en rappelant qu’il a de tout temps critiqué et dénoncé ouvertement la gestion de l’ancien directeur de l’ONCI, il a tenu à saluer « un adversaire respectable » qui ne méritait pas d’être limogé «avec autant de mépris dans une tentative vaine de démonstration de force du ministre de la Culture ». C’est dans cet esprit qu’un second son de cloche retentit sur les réseaux sociaux dénonçant ce lynchage, où, tout en soulignant la nécessité d’un changement et du sang neuf dans la gestion des structures culturelles, cela ne mérite pas de tirer sur l’ambulance.
Par ailleurs, si beaucoup de publications et commentaires sur les réseaux ont plébiscité la nomination du nouveau directeur Mourad Oudahi, pour sa jeunesse et sa volonté d’ouvrir les portes à tous les artistes algériens, et surtout aux jeunes talents, d’autres s’interrogent sur la crédibilité d’une telle nomination et des capacités du nouveau Directeur général de l’ONCI de gérer une institution d’une telle envergure. Rappelant les cafouillages de sa gestion l’été dernier de « Medinatic », un espace culturel grand public, au niveau du siège du Centre algérien de développement du cinéma (CADC), à El Achour.
Le nouveau Directeur général de l’ONCI, Mourad Oudahi, a fait, après son installation officielle, de nombreuses déclarations au site d’information TSA, reprises dans un article publié dans la soirée de mardi dernier, où il confie notamment : «Nous n’avons pas de solution miracle. Nous allons d’abord continuer le travail qui a été fait pour la promotion de la culture et des artistes algériens. Nous voulons donner plus de chance et plus d’espaces aux jeunes artistes algériens quels que soient leur talent ou leur spécialité. » Mourad Oudahi a également déclaré : «Je rends hommage à l’ex-Directeur général de l’ONCI pour le travail qu’il a fait durant les années difficiles (1990) en maintenant les salles ouvertes. J’essaierai de continuer ce parcours en y apportant ma touche avec le peu d’expérience que j’ai. Je continue d’apprendre par le travail et par l’abnégation. J’essaierai d’être à la hauteur de ce poste de responsabilité. »
A l’heure où nous mettions sous presse, Lakhdar Bentorki était toujours injoignable. De nombreuses personnes contactées au sujet de cette nomination ont invoqué le droit de ne pas faire de commentaire sur ce sujet « sensible et délicat ». Au final, ce qui peut paraître de prime abord comme une modalité normale de nomination d’un responsable à la tête d’une institution culturelle, aura suscité une véritable onde de choc de stupeur et tremblement où les masques sont tombés pour certains et pour d’autres, ils préfèrent se cantonner dans le «wait and see».<