Le ministre des Finances, Abderrahmane Raouia, a indiqué, il y a quelques jours que l’opération de tirage des billets de banque dans le cadre du mécanisme de financement non conventionnel prévu par la loi amendée sur la monnaie et le crédit a débuté récemment.

Et, d’affirmer que le déficit du trésor public pour l’année 2017, s’élevant à 570 milliards de dinars, a été pris en charge grâce à ce mécanisme. Le Trésor public a ainsi commencé à puiser dans les finances de la banque centrale. Et les emprunts qu’il a contractés permettent à l’Etat de clôturer l’exercice budgétaire 2017 sans difficultés majeures, selon les propos du Premier ministre, Ahmed Ouyahia, samedi dernier.
Ces emprunts ont permis aux services de l’Etat de régler déjà près de 270 milliards de dinars de créances détenues par des entreprises publiques privées ou même étrangères à la suite de l’exécution de contrats publics. L’opération de règlement des créances va se poursuivre jusqu’à l’apurement de toutes les situations encore en instance. Le Premier ministre a soutenu que le gouvernement a pris les mesures nécessaires pour que soient soldées toutes les situations qui demeuraient avec les banques. Ce qui a permis d’injecter plus de 1000 milliards de dinars (10 milliards de dollars) de liquidités supplémentaires dans les banques publiques qui disposent ainsi de ressources significatives pour financer l’investissement. De la sorte, l’Etat redonne de l’oxygène aux banques qui étaient au bord du gouffre, en raison du manque de liquidités. La disponibilité de la ressource demeure toutefois problématique, parce que les réserves de change continuent à fondre. Elles ont baissé à 98 milliards de dollars à fin novembre 2017 (contre 114,1 mds de dollars à fin décembre 2016). Le Premier ministre a souligné que leur préservation est l’objet d’un effort de plus en plus soutenu. Dans ce sens, il a rappelé que la Loi de finances pour 2018 est porteuse de mesures tarifaires de sauvegarde par le biais de taxes douanières et de taxes intérieures sur divers produits de consommation, accompagnées d’une suspension temporaire administrative, dès le début 2018, de l’importation de plusieurs produits fabriqués localement. De fait, avec des réserves en baisse et une spirale haussière des prix à la consommation, les tensions inflationnistes risquent d’être beaucoup plus fortes que prévu. Certes, à l’heure qu’il est, il n’y a pas le feu, puisque le gouvernement tient la barre, arrivant à contenir l’inflation dans une fourchette relativement acceptable. En effet, l’évolution des prix à la consommation en rythme annuel a été de 5,8% jusqu’à novembre 2017.

L’inflation à la limite de l’acceptable
L’évolution des prix à la consommation en rythme annuel en novembre 2017 est le taux d’inflation moyen annuel calculé en tenant compte de 12 mois allant de décembre 2016 à novembre 2017 par rapport à la période allant de décembre 2015 à novembre 2016. Quant à la variation mensuelle des prix à la consommation en novembre, qui est l’indice des prix du mois de novembre par rapport à octobre 2017, elle a marqué une baisse de 0,04%. En termes de variation mensuelle et par catégorie de produits, les prix des biens alimentaires ont affiché une baisse de 0,6% induite, exclusivement, par des produits agricoles frais. En effet, les prix des produits agricoles frais ont reculé de 1,4% en raison d’une chute de l’ordre de 19,3% des prix des légumes frais. Par contre, des hausses ont caractérisé certains produits, notamment la viande de poulet (+12,8%) et la pomme de terre (+8,8%). Par ailleurs, les prix des produits agroalimentaires (industrie alimentaire) ont enregistré une croissance modérée de 0,1%. Les prix des produits manufacturés ont enregistré une hausse de 0,5% et ceux des services ont grimpé de 0,4%. Par groupe de biens et services, les prix de l’habillement-chaussures et ceux des transports et communication ont connu une hausse de 0,5%. Quant aux prix du groupe santé-hygiène corporelle, ils ont augmenté de 0,4% et ceux du groupe Divers sont montés de 1%. Le reste des produits s’est caractérisé par des stagnations. Pour rappel, la loi de finances pour 2017 a prévu une inflation de 4%. Selon les prévisions faites par le ministère des Finances, le taux d’inflation devrait s’établir autour de 5,5% en 2018, de 4% en 2019 et de 3,5% en 2020. Ces chiffres confortent, pour le moment du moins, l’orientation à moyen terme de la stratégie de politique monétaire prônée par le cabinet Ouyahia. Celui-ci s’en abreuve pour soutenir son argumentaire à l’appui de sa politique et démonter les arguments développés par des experts qui expliquent que le financement non conventionnel va produire de l’inflation et laminer le pouvoir d’achat des ménages. L’Algérie ne va pas couler comme le prétendent certains et les faits vont nous donner raison, a déclaré Ahmed Ouyahia, en marge de la tripartite de samedi dernier. Au fur et à mesure que les cours du pétrole augmentent, le Premier ministre devient plus sûr de lui. Simplement, il y a risque que la situation bascule dans le rouge.