Par Nadir Kadi
Poursuivi en appel pour des soupçons «d’intervention» dans le cours de certaines procédures, l’ancien ministre de la Justice, garde des Sceaux Tayeb Louh, en poste entre septembre 2013 et avril 2019, a de nouveau clamé, hier, son innocence et celle de la justice. L’accusé, jugé au niveau du Tribunal criminel près la Cour d’Alger, a notamment récusé toute implication contraire au droit dans le dossier dit de «l’annulation» en 2013 du mandat d’arrêt contre Chakib Khelil.
L’ancien ministre avait, pour rappel, été condamné, en octobre 2021, en première instance, à une lourde peine «de 6 ans de prison ferme». Le Tribunal criminel de Dar El Beïda (Cour d’Alger) retenant à l’époque les charges «entrave au bon déroulement de la justice», «faux en écriture officielle» et «incitation à la partialité», selon l’APS. Affaire qui met par ailleurs en cause plusieurs co-accusés, notamment Saïd Bouteflika, frère et conseiller de l’ancien président Abdelaziz Bouteflika, ou encore l’homme d’affaires Ali Haddad. La justice qui avait acquitté en première instance plusieurs personnes dont l’ancien Secrétaire général du ministère de la Justice, Laâdjine Zouaoui, les juges, Mokhtar Belahrach, Samoun Sid-Ahmed, Khaled Bey, ainsi que l’avocat Derfouf Mustapha, étudie depuis dimanche le degré d’implication des accusés, notamment à propos des accusations «d’intervention», sur ordre du ministre de la Justice Tayeb Louh, en vue de falsifier un procès-verbal avec effet rétroactif dans le but d’admettre une candidate lors des législatives de 2017. Mais surtout dans l’affaire de l’annulation, en 2013, du mandat d’arrêt international lancé alors contre l’ex-ministre de l’Energie, Chakib Khelil. Un dossier qui justifie aujourd’hui le maintien en détention de l’ancien ministre, la Cour d’Alger ayant en effet «réduit», le 11 mai dernier, la peine prononcée contre T. Louh dans l’affaire des liens d’intérêt avec l’homme d’affaires Kouninef.
En ce sens, visiblement déterminé à faire valoir sa bonne foi, l’accusé Tayeb Louh a notamment mis en avant son parcours de «41 ans» en tant que membre du Syndicat des magistrats puis en tant que cadre du ministère de la Justice et, enfin, ministre dès 2016 ; un moyen pour lui de réfuter la validité même des accusations portées contre lui. Tayeb Louh, précisant dans cette même logique que son arrestation et son incarcération en 2019 avaient été abusives «un ministre de la Justice a été mis en prison (…) et c’est par la suite que l’on m’a fait porter des accusations de corruption. La vérité, tout le monde la connaît, les nouveaux juges et les anciens».
En ce sens, reprenant la même défense que lors du procès en première instance, où il avait laissé entendre que les poursuites contre lui étaient purement «politiques», Tayeb Louh a ajouté hier que l’accusation n’avait toujours pas réussi à démontrer son «intérêt» à outrepasser ses prérogatives, «il n’y a pas de préjudice dans ce dossier ou que j’aurais reçu le moindre dinar (…) Au contraire, j’ai souvent abandonné des avantages que me donnait ma fonction».
Quant à la question de l’annulation du mandat d’arrêt qui avait été émis contre le ministre de l’Energie de l’époque Chakib Khelil, l’accusé Tayeb Louh a en substance fait savoir, hier, qu’il n’avait pas d’implication professionnelle dans ce dossier ; clamant son innocence, «tout comme» celle de l’ex-juge d’instruction Samoun Sid-Ahmed et de l’ex-procureur Khaled Bey. Et Pourtant, la première journée d’audience avait notamment été marquée par les témoignages de ces deux dernières personnalités affirmant en substance que le mis en cause, Tayeb Louh, leur avait donné «de fermes directives» pour cessation de recherches concernant les enfants de l’ex-ministre de l’Energie et des Mines Chakib Khelil.
L’ex-juge d’instruction ajoutant plus précisément que «l’ancien inspecteur général de la tutelle (ministère) m’a contacté par téléphone et m’a donné l’ordre d’annuler le mandat d’arrêt lancé contre l’ancien ministre Chakib Khelil. Il m’a donné l’ordre de procéder de la sorte sous prétexte que lui-même a reçu des instructions dans ce sens d’en haut». <