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mercredi, 13 juin 2018 06:00

Entretien / Mondial 2026 : «Après son retour au sein de l’UA, le Maroc a des chances d’attirer des voix africaines…»

Écrit par Jules Crétois
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Le Maroc est candidat à l’organisation de la Coupe du monde de football 2026. Pour espérer s’imposer face aux États-Unis, au Canada et au Mexique, le royaume a commencé à placer ses pions depuis un bon bout de temps. Il pourrait attirer des voix en sa faveur. Le Maroc aura-t-il le privilège d’accueillir le Mondial 2026 ? Aujourd’hui, les membres de la Fédération internationale de football (Fifa) devront choisir entre la candidature marocaine et celle du trio composé par les États-Unis, le Canada et le Mexique.Le Maroc a des handicaps mais aussi certains atouts pourraient lui permettre de gagner des voix, selon Pascal Boniface, directeur de l’Iris (Institut des Relations Internationales et Stratégiques) et spécialiste en géopolitique du sport.

Jeune Afrique : Les 207 Fédérations mondiales ont-elles toutes le même poids ?
Pascal Boniface : Formellement, les élections sont totalement démocratiques : une fédération, une voix. Mais de nombreuses fédérations ne sont pas insensibles à différentes influences, et beaucoup obéissent à des logiques d’alliance, en attendant par exemple un renvoi d’ascenseur en échange de votes…

Le Maroc doit donc se tenir à l’écoute des fédérations ?

Quand on est en campagne, on écoute en effet ses électeurs. Ce qui anime les électeurs honnêtes, c’est cette question : quelle candidature apporte le plus au football mondial ? Quelle candidature étend-elle un peu plus l’influence de ce sport ?
Alors, il faut prendre des mesures. Montrer qu’on travaille pour la cause. Le Maroc aurait, par exemple, tout intérêt à promouvoir le football féminin, amateur et pro, ainsi que la présence de femmes dans les stades. C’est là un enjeu majeur pour les instances du football mondial.

Les fédérations africaines et arabes vont-elles mécaniquement soutenir le Maroc ?

Comme pour les Jeux olympiques, il y a des logiques de solidarité, mais il serait illusoire de se reposer exclusivement sur l’existence de grands blocs, «Nord» et «Sud» par exemple. En revanche, après un retour en fanfare au sein de l’Union africaine (UA), le Maroc a des chances d’attirer des voix africaines…
D’autant plus que deux stars africaines, Didier Drogba et Samuel Eto’o, sont les ambassadeurs de la candidature marocaine…
C’est une bonne chose. Cela prouve déjà que l’épisode de l’annulation de la CAN en 2015 est oublié. Sinon, il aurait pu handicaper le Maroc. Soyons clairs : la candidature marocaine sera forte si elle revêt une dimension multilatérale. Rétrospectivement, on peut même gager que la candidature par excellence aurait été une candidature «maghrébine» associant d’autres pays de la région.

Est-il envisageable que des pays européens soutiennent la candidature marocaine ?

Cela se peut. Les fédérations française ou espagnole pourraient préférer la candidature marocaine.

Pourquoi le trio nord-américain part-il favori ?

Parce qu’une candidature commune entre trois pays est inédite. Elle est appréciable. Ensuite, les États-Unis ont une fédération qui prend toujours plus de poids. Le nombre de licenciés y augmente très vite. Enfin, les Américains ont été coiffés sur le fil pour l’organisation du Mondial 2022. Et cela fait un certain temps que l’Amérique du Nord n’a pas accueilli l’événement, 1994 pour être précis.

Le Maroc peut-il l’emporter ?

Sur le papier, c’est un combat entre David et Goliath. Mais oui, le Maroc peut prétendre accueillir le Mondial. C’est un pays stable et réformateur malgré les efforts qui restent à faire, et qui dispose déjà d’une bonne partie des infrastructures requises.
C’est un pays qui est comme placé au centre de l’Asie, de l’Europe et de l’Afrique, ce qui est un avantage naturel auquel les votants ne seront pas tous insensibles. Enfin, le Maroc a un atout en la personne de Donald Trump. Même s’il ne sera probablement plus président en 2026, il peut nuire à la candidature nord-américaine.

(Entretien paru sur le site jeuneafrique.com
le 14 février 2018)

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