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dimanche, 27 mai 2018 06:00

Contribution : C’est bien la rente qui bloque le capitalisme : Le monde rentier des trabendistes algériens

Écrit par Hartmut Elsenhans*
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La rente n’a pas bonne presse dans les sciences sociales. Si son existence n’est pas niée, sa contribution à la croissance est intensément débattue : beaucoup y voient une source d’investissement nouveau, mais d’autres, encore plus nombreux, y voient la cause du sous-développement et de la guerre.

Les trabendistes algériens se sont cependant installés dans le monde rentier. À la suite d’une multitude d’entretiens, je résume leurs vues sous forme du récit imagé d’un trabendiste représentatif. Il constate que la rente crée de larges possibilités d’enrichissement. Or ceci implique qu’elle bloque le processus d’épanouissement des résistances des masses populaires et ainsi de la réalisation d’un contre-pouvoir absolument nécessaire à l’épanouissement du capitalisme. Ce blocage néanmoins n’est dû en rien à une conspiration des riches.
Pour des économistes algériens, étant donné le manque d’ouvriers dans le secteur du bâtiment,  il y aurait donc absence de chômage. Mon trabendiste répond que les salaires y sont très bas, et on gagnerait beaucoup plus ailleurs. Lui s’envole deux fois par mois en Thaïlande, pour s’approvisionner en matériel électronique et selon des règles bien établies, les commerçants thaïlandais les contactent à l’hôtel.
Sans coûts de transactions importants, les trabendistes alimentent ainsi le marché mais, au retour, ils doivent éviter les contrôles de police. L’opération réussit si elle ne se reproduit pas plus de deux fois par mois autrement la police serait alertée. Par contre, les douanes seraient réputées faciles à corrompre et les trabendistes connaissent les tarifs implicitement agréés par tous.
L’État algérien limite l’importation officielle de tels articles par le prélèvement de droits de douane importants, ce qui favorise un marché très rémunérateur pour de tels articles soustraits aux droits de douane.
Un trabendiste peut escompter un gain net de 1000 € par voyage après avoir payé tous les coûts, ce qui représente le triple du salaire mensuel d’un cadre dans l’industrie algérienne, au taux de change du marché noir de 2015.
Ainsi, le gain de notre trabendiste résulte de l’incapacité de l’État algérien à bloquer l’accès de ces produits électroniques pour les ménages aux revenus élevés.
Ces revenus ne sont pas dus à l’efficacité productive et donc à la compétitivité de leur travail sur le marché mondial, mais à leur accès politique à la rente des hydrocarbures. Si l’État algérien imposait une baisse des revenus de ces ménages, de sorte qu’ils ne peuvent plus payer ces produits aux prix trop élevés, des troubles sociaux seraient prévisibles.
Par la création de postes d’emploi supplémentaires de policiers, ainsi que par les revenus des trabendistes, la rente est distribuée au-delà du cercle des privilégiés.
Ces fonctions deviennent « socialement nécessaires », afin de financer les privilèges des riches et les structures politiques nécessaires pour gérer le système rentier.
Cette forme de canalisation de la rente a des conséquences considérables  sur le maintien de structures politiques répressives et le blocage de la croissance économique.
Plus franchement que mes collègues algériens économistes, notre trabendiste algérien est parfaitement conscient que son commerce cesserait dès lors que l’État algérien dévaluerait le dinar et libèrerait l’importation des appareils et des pièces électroniques.
Il est fort probable que celui qui reçoit directement ou indirectement des revenus élevés du fait de son pouvoir politique, à travers son appartenance à la classe-État locale, soutient les mécanismes politiques qui garantissent la persistance de ce revenu élevé.
Vu leur dépendance à l’importation des biens de consommation, ceux qui sont ainsi privilégiés gaspillent leurs revenus élevés sans effet notable en faveur de la diversification industrielle.
En même temps, dans l’illégalité, des possibilités de gain émergent pour une partie probablement notable de la population exclue de l’appropriation directe de la rente. Cette population produit les contrebandiers. Il n’est pas exclu que ces acteurs soient entreprenants et orientés vers le marché, qu’ils réagissent à des incitations économiques et disposent de conditions relativement favorables à l’entrée dans l’entrepreneuriat à travers des petites et moyennes entreprises.
Les contrebandiers et les privilégiés deviennent complices, peut-être en dehors de leur volonté.
Les contrebandiers voient dans les riches des rivaux, mais non des exploiteurs. Ils ne s’organisent donc pas contre ces concurrents plus riches, à la différence des ouvriers contre des entrepreneurs capitalistes.
Les formes du gain déterminent de manière persistante la conscience des classes défavorisées. Le recours à des valeurs socioculturelles dites « immuables » est vain et conduit à l’erreur car ces comportements sont créés par des structures économiques et changent avec elles.
En cas de destruction éventuelle du modèle de commerce par la libéralisation complète, les importations augmenteraient et devraient alors être renchéries par d’autres instruments que les seules barrières douanières. La dévaluation de la monnaie provoquerait une hausse des prix, mais en même temps permettrait une baisse relative des prix des produits algériens par rapport aux prix mondiaux. Vu les bas coûts des facteurs de production en Algérie, notamment les salaires, les entrepreneurs pourraient devenir compétitifs dans la fabrication de biens jusqu’alors importés. Ceci exige des processus d’adaptation et donc des délais, mais ceci ne se ferait pas attendre indéfiniment, comme le démontre le succès des pays de l’Est asiatique. Ces pays témoignent, ils ne sont pas les seuls, que pour la récupération de la compétitivité, le moyen le plus efficace est l’adaptation du taux de change. L’ubiquité de la rente est bloquée et remise en cause par la dévaluation.
La dévaluation fait peur aux classes défavorisées à cause de l’illusion monétaire: un taux de change élevé est interprété comme signe de force économique et sert de symbole pour fixer le rang économique face à l’étranger.
Dans une société marquée par le machisme, où le rang des mâles est mesuré à leur pouvoir, ceci est important. Cependant, pour ceux qui visent le vrai pouvoir économique, donc la compétence technologique, c’est la compétitivité internationale et non pas le taux de la monnaie qui importe.
Les accapareurs de la rente se diviseront en cas de dévaluation. Parmi les riches, les plus progressistes y verront des opportunités nouvelles d’investir leur argent dans des entreprises industrielles afin d’atteindre une plus grande sécurité de leurs avoirs. Parmi les pauvres, certains abandonneront la contrebande pour enfin obtenir des emplois sûrs.
Dans les deux camps, ceux qui poursuivent des buts à long terme qui tiennent moins au rang qu’à la sécurité économique, seront plutôt enclins à placer des ressources dans l’investissement et la formation professionnelle. opter pour des normessocioculturelles capitalistes, où l’utilisation de l’argent pour l’investissement est prioritaire. Pour arriver à de tels comportements en arriver là, ce n’est pas le processus d’éducation, instrument si cher à la bourgeoisie issue des lycées et des universités, qui sera fondamental.
Le changement socioculturel procèdera plutôt de la transformation des données économiques qui déterminent la pratique sociale de tous les démunis. Les démunis doivent utiliser leurs ressources de la manière la plus rationnelle, s’ils ne veulent pas succomber aux contraintes qui les menacent. Ils ne peuvent se permettre des gaspillages.
Les sciences sociales, qui ont opté pour l’approche culturaliste, ont soutenu jusqu’aux années 1980 que l’Est asiatique était culturellement bloqué est donc incapable d’une transition vers le capitalisme. Cet argument fut maintenu jusqu’à ce que la réalité s’impose et infirme ce raisonnement.
Notre trabendiste ne souhaite pas la dévaluation et ne voit pas en elle une chance. Il ne comprend pas son conflit avec les privilégiés comme un rapport d’exploitation et ne milite pas pour des changements concrets. Sa contestation se borne à de vagues reproches moralistes, avançant souvent l’argument d’une corruption peu spécifiée.
Le succès du trabendiste résulte de son efficacité individuelle en tant que contrebandier, en particulier de sa capacité d’éviter d’être pris. Même si les contrebandiers échangent des informations, des stratégies de solidarité entre eux sont exclues. Le sentiment qui prévaut est l’impuissance. Rejeter simplement les demandes des puissants ne paie pas . Le contrebandier ne crée pas de valeurs utilisables par d’autres, comme le ferait le prolétaire. Refuser le service attendu n’implique pas une perte économique pour les rivaux plus riches au sommet de la société.
La contestation manifestation de protestation ne débouche pas sur l’activation de réformes pratiques.mais reste enfermée dans le manque de pratique .Pas clair
Pratique politique de contestation ?
Le trabendiste constate le manque de justice dans la société. Il a une conscience claire de la base politico-économique des inégalités, perçoit la rente et le pouvoir politique des privilégiés. Mais il ne voit pas d’alternative, parce qu’il ne comprend pas l’inégalité comme résultat d’un rapport d’exploitation. Toute la population, les riches et les pauvres, sont dans un combat permanent pour accaparer au moins des miettes de la rente, avec des chances différentes, et des pouvoirs différents. Les pauvres ne sont source de richesse ni pour eux-mêmes ni pour les riches. La compétition entre les démunis, pour l’accès aux rentes, ne diffère pas de manière qualitative de la concurrence avec les riches.
Ceci limite la solidarité d’en bas et la lutte des classes, contre ceux d’«en haut», à des protestations moralistes. Les pauvres ne peuvent espérer de succès dans l’expérience sociale qu’en cas d’explosion de leur morosité sous forme de violence dans la rue. Leur discours pèche par le manque d’intérêt pour les stratégies de développement alternatif. Telles les révoltes paysannes moyenâgeuses en Europe, en Chine, aux Indes, de telles explosions s’effondreront certes, mais toujours aussi sous la violence exercée par les privilégiés.

Hartmut Elsenhans : Professeur émérite en Relations Internationales de l’université de Leipzig, Allemagne. Ses principales contributions portent sur la théorie économique, les études sur le développement, les mouvements d’émancipation nationale et sociale et sur l’Union européenne. Il travaille actuellement à l’édition d’une série de 6 volumes  portant sur ses théories touchant à l’économie-monde.

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