Pokemon Go app download for android. Get Prisma app for android and edit pics. prisam apk.
jeudi, 11 octobre 2018 06:00

Mme Razika Adnani, présidente fondatrice des Journées internationales de philosophie d’Alger : « L’absence de l’attitude philosophique, un facteur de violence »

Écrit par Nazim Brahimi
Évaluer cet élément
(0 Votes)

Traditionnellement traitée du point de vue sociologique et psychologique, la question de la violence, ses origines, ses expressions et ses conséquences, demeurent un champ d’étude fertile. Mme Razika Adnani, initiatrice des Journées internationales de philosophie d’Alger (Jipa), prévues samedi à l’Institut français d’Alger, propose, dans cet entretien, un regard philosophique de la question. Avec deux outils essentiels : le questionnement et l’argumentation. Elle en conclut que l’absence de l’esprit philosophique ou de l’attitude philosophique incite inévitablement à la violence qui tend à structurer les rapports humains.


Reporters : Pourquoi avoir choisi le thème de la violence pour les troisièmes journées internationales de philosophie d’Alger ?
Razika Adnani : Pour au moins trois raisons. La première tient au fait qu’il s’agit d’un thème philosophique qui a interpelé les philosophes depuis l’Antiquité et qui continue à les interpeller à l’heure actuelle. La deuxième raison tient au fait que l’humanité, en dépit des progrès enregistrés, n’a pas pu éradiquer cette violence ; celle-ci continue de faire partie de l’existence humaine. Le troisième motif se situe au niveau de notre pays où la société se trouve minée par « la violence au quotidien» que nous constatons dans la rue, sur le lieu de travail et au sein de la famille. C’est une violence qui touche en premier lieu les femmes, mais l’homme n’est pas pour autant épargné, car même lorsque celui-ci n’est pas directement concerné, il l’est de façon indirecte si sa femme ou sa fille la subit.
Dans notre pays, il est indispensable aujourd’hui de poser la question de la violence et de la penser sérieusement, afin de comprendre les facteurs qui font qu’elle s’est généralisée et les raisons qui font qu’elle a atteint une telle ampleur. Evidement, les Jipa n’abordent pas la question de la violence parce qu’elle concerne les Algériens, mais parce qu’elle concerne l’humain dans son universalité ; la philosophie a un regard universel, elle questionne l’humain lui-même.

L’organisation de cette rencontre suggère-t-elle une approche et un regard philosophiques de la violence ?
Tout d’abord, il est important de savoir ce qu’ont dit et écrit les philosophes sur la question de la violence. Ensuite, procéder soi-même à une analyse philosophique, interroger la philosophie pour répondre aux questions que la violence pose est incontournable. L’évolution des sciences et la suprématie de la technologie ne signifient pas que l’être humain peut se passer des analyses que la philosophie peut lui offrir.

Tenter de comprendre la violence, qui est omniprésente, en recourant à la philosophie qui peine à se faire une place dans la société, peut paraitre un pari audacieux, non ?

La philosophie peine, en effet, à trouver une place au sein de la société algérienne. Dans les sociétés musulmanes, la philosophie est une victime d’un contentieux historique qui l’a opposée à la religion. Un contentieux duquel elle est sortie vaincue. La défaite de la philosophie, dont les conséquences continuent à se faire sentir, est en réalité celle de la pensée ; la pensée créatrice et rationnelle. Cependant, la situation de la philosophie ne doit pas être une raison pour ne pas s’y intéresser, la questionner. C’est l’objectif même de la philosophie.
Quant au fait de dire que c’est audacieux de tenter de comprendre par une approche philosophique dans une société, où la philosophie n’est pas très appréciée, il faut savoir, d’une part, que le constat concernant la situation de la philosophie en Algérie, ne signifie pas que tous les Algériens ne s’intéressent pas à la philosophie. La preuve est que beaucoup de femmes et d’hommes participent aux Journées internationales de philosophie d’Alger. D’autre part, il faut savoir que l’absence de la philosophie est un facteur qui nourrit le comportement violent.

Comment l’absence de la philosophie est-elle un facteur qui nourrit le comportement violent ?
La philosophie est tout d’abord un questionnement, elle pousse à interroger ses opinions et ses certitudes et une argumentation qui consiste à ne jamais se contenter d’exposer ses positions sans les argumenter. La philosophie nous apprend que seule l’argumentation fait la valeur d’une idée. Ces deux principes, le questionnement et l’argumentation, se dressent tel un rempart contre le dogmatisme et l’inertie de l’intelligence. Ces derniers sont les deux facteurs de l’intolérance et la violence. J’aimerais citer une phrase que je prends de l’argumentaire des Journées internationales de philosophie d’Alger. En « nous faisant admettre notre incapacité à atteindre la vérité absolue, la philosophie nous apprend à écouter l’autre, elle nous apprend la tolérance.»
C’est la raison pour laquelle promouvoir la philosophique, inculquer l’attitude philosophique est le meilleur moyen pour lutter contre la violence. C’est difficile peut-être, mais c’est nécessaire.

Pourquoi, justement, la violence, sous ses diverses formes et à tous les niveaux, marque-t-elle notre époque ?

La violence ne marque pas notre époque, elle marque toute l’histoire de l’humanité. Notre époque est même moins violente que n’étaient les siècles précédents. Notre époque, comparée aux anciennes périodes, est la moins violente. L’humanité, comme le montre la situation dans certaines sociétés, a atteint un niveau de maturité qui n’a jamais été atteint auparavant. Cependant, cela ne veut pas dire que notre époque n’est pas atteinte par ce fléau. Dans beaucoup de sociétés, la violence est une partie intégrante de la vie des individus. L’évolution de l‘humanité ne s’est pas faite d’une manière homogène rectiligne.

La violence est au centre de vos écrits. Comment l’expliquez-vous ?

En effet. Car la violence continue d’exister. Pour moi, elle est liée à la maturité. La violence s’exprime là où l’humanité manque de maturité. C’est dans mon ouvrage « la Nécessaire réconciliation » que j’ai posé la question de la violence. C’est la preuve que c’est un phénomène qui continue de nous interpeler.

D’habitude, la question de la violence est abordée du point de vue psychologique et sociologique. Vous, vous proposez un regard et une approche philosophiques. Une intrusion ou un chevauchement dans les champs d’étude ?

Plutôt une complémentarité. En Algérie, jusqu’ici, la question de la violence a été abordée sur les plans psychologique et sociologique qui appartiennent au domaine des sciences humaines. Cette fois-ci, nous l’aborderons du point de vue philosophique. Ces trois études se complètent. L’analyse philosophique est une autre façon d’aborder la question, mais qui n’exclut pas les autres champs. Les sciences humaines abordent la violence sous la logique de cause à effet. Son domaine est celui du sensible et ses explications ont un aspect quantitatif. La philosophie, elle, propose de penser la violence autrement en abordant l’humain dans sa dimension existentielle, métaphysique et morale. Cette différence n’oppose pas les deux approches, bien au contraire, l’essentiel est d’arriver à comprendre la violence pour lutter contre.

Dernière modification le mercredi, 10 octobre 2018 19:36

Laissez un commentaire

Sports

Football : Le MOC s’enfonce dans la crise

Rien ne va plus au MOC. L’espoir nait av

Sports -
18-10-2018
Historique Madagascar !

La sélection du Madagascar jouera la pre

Sports -
17-10-2018