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Reporters - Filtrer les éléments par date : jeudi, 24 avril 2014
Les formations du MCA et de la JSK tenteront de l’emporter lors de leurs sorties respectivement face au CA Bordj Bou Arréridj et au RC Arba pour aborder la finale de la Coupe d’Algérie avec un moral au top. Deux matches comptant pour la 25e journée de la Ligue 1 sont programmés pour demain, vendredi, il s’agit de MCA-CABBA et RCA-JSK. Ainsi, les deux formations, à savoir le Mouloudia d’Alger et la JS Kabylie, sont toujours en course pour une place au podium, mais il est clair qu’ils auront des fortunes diverses. Ainsi, le doyen des clubs algériens recevra la formation bordjienne dans une rencontre qui s’annonce quelque peu déséquilibrée. Il faut savoir que les Criquets jaunes jouent le maintien en Ligue 1 et se déplaceront donc à Alger pour tenter de revenir au moins avec le point du nul qui leur permettra de garder espoir et tenter de reprendre espoir. Toutefois, leur mission ne sera pas de tout repos face à une équipe du Mouloudia décidée à ne laisser filer aucun point à domicile, d’autant plus que le faux pas lui est interdit si elle souhaite se reprendre dans la course à la troisième place qualificative à une compétition africaine. Les poulains de Bouali devront aussi ne pas trop penser à la finale de la coupe et donc ne pas laisser filer les points de ce match qui restent très importants. Pour sa part, la JS Kabylie sera en danger au cours de son déplacement à Larbâa, où la formation locale, le RCA, l’attendra de pied ferme. Les gars de Larbâa, qui évolueront pour la première fois à domicile après que leur stade ait été homologué par la LFP, essayeront de faire tout leur possible pour prendre les trois points, même si cela ne sera pas vraiment facile. En effet, ils devront faire attention à cette formation kabyle qui se déplacera pour tenter de revenir avec un résultat probant qui lui permettra de décrocher une place qualificative à une compétition africaine, la saison prochaine. Les Canaris, qui étaient revenus avec le succès face à l’ES Sétif et battu le MCA à domicile, souhaitent continuer sur cette lancée et ajouter d’autres points à leur escarcelle. En tout cas, les deux formations tenteront de l’emporter pour aborder la finale de la Coupe d’Algérie avec un moral au top.n
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Le sélectionneur national de l’EN de kempo pense que son équipe est capable de décrocher une place sur le podium, même s’il avoue que la tâche sera ardue surtout avec la participation de grands champions dans cet art martial. Onze athlètes algériens, dont cinq filles, se sont envolés mardi après-midi pour Budapest (Hongrie), en vue de prendre part à la 11e édition du Championnat du monde de kempo, prévue du 23 au 28 avril courant. « Nous allons essayer de réussir la même performance réalisée en Turquie, en 2012, où nous avions terminé 2e, ou tout au moins, décrocher une place sur le podium », a déclaré à l’APS, l’entraîneur national, Mohamed Ghezali. « On aimerait bien faire mieux que lors de la précédente participation, mais la tâche s’annonce ardue, surtout en présence de grands champions dans cet art martial, comme les représentants d’Amérique du Nord, les Italiens, les Portugais et les Espagnols », a-t-il révélé, pour justifier ambition tempérée de l’équipe nationale à l’occasion de ces championnats du monde. Selon Mohamed Ghezali, d’autres pays émergents dans l’art du kempo, comme la Roumanie, l’Afghanistan et le Kazakhstan seront, également, à prendre au sérieux, car disposant « d’athlètes parfaitement capables de créer la surprise ». Néanmoins, l’entraîneur national s’est dit optimiste quant à la réussite d’un bon parcours, car « les athlètes algériens ont, eux aussi, de sérieux atouts à faire valoir ». « Je pense que les autres pays participants se méfient tout autant de nous, car l’Algérie s’est forgée un nom dans cette discipline depuis 2008, où elle avait décroché deux médailles d’or au Portugal », a-t-il expliqué, avant de conclure : « Notre rendement n’a pas cessé de s’améliorer depuis, à tel point qu’aujourd’hui, on peut se targuer d’avoir un niveau mondial. » Au total, près de 500 athlètes représentant 36 pays vont concourir dans ces championnats du monde de kempo, chacun dans sa catégorie : kata, combat et self défense. n
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Le conflit malo-malien se dirige-t-il vers son épilogue ? Tout semble être fait pour en arriver à bout, en effet. Hier, mercredi, le gouvernement malien a affirmé devant le Conseil de sécurité des Nations unies sa volonté de mener rapidement des négociations avec les groupes armés du nord du pays, un objectif que l’ONU a qualifié de « première priorité ». « Je réitère l’engagement du gouvernement du Mali à vraiment ouvrir le dialogue», a déclaré à la presse le ministre malien des Affaires étrangères Abdoulaye Diop, à sa sortie du Conseil. «Nous espérons que dans les jours à venir nous allons pouvoir aller très vite dans le processus de négociation, avec les bons offices de l’ONU et des pays voisins». Le chef de la diplomatie malienne a rappelé la récente nomination par Bamako d’un négociateur en chef, mais en ajoutant : «Nous souhaitons élargir ce dialogue à toutes les composantes de la société civile au nord du Mali». «Il ne peut y avoir de solution durable aux problèmes de sécurité dans le Nord sans un processus politique inclusif, ouvrant la voie au rétablissement de l’ordre public, à l’accès égal de tous les Maliens aux services publics et à la réconciliation entre les communautés», a souligné M. Diop dans son discours. Sur le terrain, un ancien Premier ministre malien, Modibo Keïta, a été nommé durant la même journée d’hier «haut représentant» du président Ibrahim Boubacar Keïta pour «le dialogue inclusif intermalien». Il aura la lourde tâche de mener des négociations formelles avec les groupes armés du Nord, dont la rébellion touarègue du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA). Côté rébellion, les notables touareg du Nord-Mali se mettent également de la partie comme en témoigne la visite effectuée ces derniers jours, par le patriarche Mohamed Elmehdy Ag Attaher Ansary l’amenokal (chef coutumier tamasheq), Attaher Ag Intallah, afin d’organiser un congrès des communautés touarègues à Kidal. L’amenokal entend regrouper en son sein « toutes les communautés du Nord vivant à l’intérieur comme à l’extérieur du Mali » pour une sortie du conflit à laquelle participe l’Algérie au plan diplomatique et de la médiation entre les groupes du Nord et l’Etat central malien. Selon le ministre malien de la Réconciliation, Zahabi Ould Sidi Mohamed Zahabi, Alger joue un rôle moteur dans le rapprochement des points de vue des acteurs et belligérants maliens. En bon diplomate qu’il est – il a occupé le poste de chef de la diplomatie peu avant qu’on lui confie celui de la réconciliation nationale –, il use de toutes les nuances pour souligner le rôle algérien. Il salue l’initiative marocaine récente et inattendue de médiation avec les groupes armés du Nord-Mali, le MNLA notamment. Il rappelle cependant le «rôle pionnier de l’Algérie» dans la résolution de la crise malienne», pays qui fait face, explique-t-il, «à des problèmes d’insécurité en raison de la situation dans le nord du Mali. Et pour lequel « il est tout à fait naturel qu’il coopère avec Bamako pour trouver une solution ». <
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L’événement incontournable de ce mois de mai est pour l’instant consacré à la venue du chanteur belge Stromae en Algérie. Une escale initiée par l’agence Think Factory, dans le cadre de la tournée mondiale du chanteur. Et depuis l’annonce de sa venue, à Alger, on n’attend plus que lui ! En effet, Stromae chantera, pour le plus grand plaisir de ses fans, le vendredi 30 mai 2014 à 19 h 00 au complexe olympique la Coupole du 5-Juillet. A ce jour, ce ne sont pas moins de 15 000 billets qui se sont vendus comme des petits pains et le reste est à venir encore. Ce concert est déjà considéré, sauf imprévu, comme le concert de l’année. Dans ce cas, les amateurs des chansons à textes ne devraient sûrement pas rater ce rendez-vous, qui représente, pour certains, un véritable hommage à la star de la chanson française, en l’occurrence Jacques Brel. Stromae est souvent comparé à Brel par la nature de ses textes, leurs textures, mais surtout la profondeur poétique qui peut parfois s’y dégager. Stromae, auteur, compositeur et interprète a défrayé souvent la chronique urbaine de la cité où il vit. Se prêtant au jeu du hasard, il aimait se grimer façon alcoolique-sdf dans les rues de Bruxelles. Des séances qui viraient souvent à l’absurde puisqu’il parvenait à mettre les nerfs de la police à rude épreuve. Depuis, les habitants de la ville ont appris à le reconnaitre et reconnaitre, notamment, son talent incontestable pour la comédie ou l’acte théâtral et puis surtout son timbre de voix. Alors, on danse ! C’est là le titre phare (extrait de son album Cheese sorti en 2009), qui a projeté cette jeune star, née le 12 mars 1985 à Bruxelles, en Belgique. Stromae est le fruit du savant mélange d’une Belge et d’un Rwandais. Un métissage qui a dû sûrement impacter sur sa passion musicale qui s’est d’abord exprimée dans le hip-hop (plus précisément le new beat), la musique électro et, pour finir, la chanson française. Quatre années depuis son fulgurant succès, Stromae s’est installé confortablement sur le podium d’une relève assurée. Il s’est inscrit au répertoire des thématiques graves et très actuelles de ses contemporains. Dans son premier album, il est allé danser sur des mélodies composées autour du retour amoureux (Te quiero – Je t’aime !) ou encore la maltraitance (Dodo) et la foi (House’llelujah). Et puis, il a pris le temps pour son deuxième album sorti en 2014. Racine carrée est né sous influence afro, sur des percussions très lourdes, des sons façon cubaine ou encore la manière assumée de la rumba congolaise. Et en premier lieu, les mélomanes ont pu découvrir son single Papaoutai en mai dernier sur les étals des disquaires. Un album qui a trouvé à un excellent accueil en Algérie, puisqu’il a servi d’alibi aux différentes parodies créées sur mesure au moment où se tenait l’élection présidentielle en Algérie. S’ensuit alors Formidable, dont le clip a été visionné 3 millions de fois sur le réseau Youtube. Un record d’audience qui sied à la notoriété acquise et assise du chanteur belge. En juin 2013, il se lance dans une véritable tournée qui voit au fur et à mesure des dates nouvelles s’afficher dans l’agenda de son manager. En août dernier, Racine carrée s’installe à la première place des ventes en Belgique, en France, en Suisse, au Québec… Un triomphe pour ce fils de Rwandais. Octobre 2013, Formidable reçoit le Prix Rolf Marbot de la chanson de l’année. En novembre, Stromae est nommé « meilleur artiste belge » aux MTV Europe Music Awards, puis« artiste masculin francophone de l’année » aux NRJ Music Awards et deux fois dans « clip de l’année » pour Formidable et Papaoutai. En septembre prochain, Stromae fera son entrée au Musée Grévin de Paris. Sa statue de cire trouvera sa place auprès de symboles de ce siècle. < Stromae en concert à Alger Vendredi 30 mai 2014 à 19 h 00 La Coupole du 5-Juillet, Alger
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Le pays est en réalité en proie à une violence continue depuis la chute des Frères musulmans et la police est attaquée de manière récurrente. L’homme fort de l’Egypte et désormais favori pour l’élection présidentielle, Al-Sissi, a promis aux Egyptiens de faire de la lutte contre le terrorisme son objectif principal. Le retour à une situation sécuritaire convenable est un impératif économique pour le pays du Nil qui base l’essentiel de ses revenus sur le tourisme, un secteur en berne et qui nécessite une image forte et sereine pour un pays qui veut s’engager dans cette voie. Lundi, la Haute commission électorale du pays a validé la candidature de Abdel Fatah Al-Sissi et de son rival de gauche Hamdeen Sabbahi en vue de l’élection présidentielle. Dans un climat aussi tendu politiquement, les deux candidats devront axer leur discours sur le retour au calme dans le pays et la reprise de la croissance. Al-Sissi, issu de l’armée égyptienne et surtout ministre de la Défense des instances de transition jusqu’à sa démission le mois dernier, a déjà fait ses preuves en matière de lutte antiterroriste. Il représente l’homme fort, intraitable et déterminé, pour beaucoup d’Egyptiens. Donné favori, Al-Sissi devra également composé avec ses détracteurs qui l’accusent de coup d’Etat organisé. Essentiellement issus des rangs des Frères musulmans, les opposants à l’ex-maréchal pourraient essayer de troubler sa campagne électorale. De même, les groupes islamistes qui se réfugient pour la majorité dans le désert du Sinaï devraient multiplier les attaques terroristes contre les autorités afin de marquer l’échéance à venir de leur empreinte. Ahmed Zaki pourrait bien être, dès lors, le troisième d’une série plus longue. n
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Le général de brigade de la police égyptienne, Ahmed Zaki, est décédé hier à la suite d’un attentat à la bombe qui le visait personnellement, dans le quartier du 6-Octobre, dans l’est de la capitale, Le Caire. Il s’agit de la troisième fois depuis le début de l’année qu’un haut responsable de la police égyptienne est tué par des djihadistes liés à Al-Qaïda. Les attaques contre les forces de l’ordre en Egypte deviennent fréquentes à l’approche de l’élection présidentielle. Après cinq tentatives d’attentats contre de hauts responsables de la police égyptienne, les groupes djihadistes, qui se revendiquent comme proche d’Al-Qaida, ont réussi une de leurs opérations. Ce fut le cas hier, en début de journée, dans le quartier pourtant réputé huppé du 6-Octobre, situé dans l’est de la capitale, Le Caire. Une bombe a été placée sous le véhicule du général de la brigade de la police égyptienne, Ahmed Zaki, qui est mort des suites de cet attentat, comme l’ont confirmé les autorités égyptiennes. Il s’agit du troisième général de police tué depuis le début de l’année et d’une énième attaque contre la police égyptienne. Ahmed Zaki dirigeait par ailleurs la brigade antiémeute, connue pour sa fermeté – voire sa violence – envers les manifestants égyptiens et notamment les soutiens du Président islamiste déchu Mohammed Morsi. Depuis la chute de la confrérie, 1400 islamistes auraient été tués par les forces de l’ordre égyptiennes. En effet, les Frères musulmans sont la cible d’une répression sans précédent dans le pays du Nil depuis que le président Morsi a été déposé le 3 juillet par le désormais ex-maréchal Abdel Fatah Al-Sissi. La manière dont l’institution militaire a repris la main dans le jeu politique égyptien en reprenant le contrôle sur la police a résulté en une répression des islamistes dans le pays. La confrérie des Frères musulmans est d’ailleurs considérée comme groupe antiterroriste depuis décembre dernier. Un statut qui a été précisément décrété à la suite d’un attentat perpétré contre un important poste de police.n
Publié dans Monde
Les différentes notions d’Auctoritas, de Potestas et au-delà leurs équivalents modernes de légitimité et de souveraineté peuvent avoir un fort contenu religieux. De même, la notion de «loi naturelle» nous invite à nous interroger sur l’existence d’une «nature» humaine. Il semble donc difficile de traiter de ces questions sans tomber dans le piège des définitions transcendantes et du recours à des hypothèses saturantes. Pourtant, si l’on admet que le contenu symbolique de ces notions est important, et si ces notions ont été développées dans des temps où la religion, dans les différents sens de ce terme, était centrale on défend ici l’idée que non seulement de telles définitions sont en réalité inutiles, mais qu’elles sont même nuisibles et dangereuses pour établir la généralité de ces dites notions. La distinction, entre la légalité et la légitimité, autrement dit entre la justesse et la justice nous vient du mythe d’Antigone, et de l’interprétation qu’en donne la pièce de Sophocle[1]. C’est l’un des mythes fondateurs de la civilisation occidentale, amis au-delà on peut légitimement considérer que la généralité du type de conflit ainsi décrit fait de ce mythe l’un des fondements de la politique en général. Sophocle construit sa pièce dans le cadre de la cité grecque idéale[2]. L’histoire est connue : Antigone veut rendre les derniers hommages à son frère mort dans la guerre civile, ce que Créon, le roi, interdit expressément, et non sans quelques raisons[3]. Antigone, quant à elle, invoque une loi d’un degré supérieur, les Dieux imposant que l’on respecte les morts. Mais, un personnage tout aussi important est Hemon, fils de Créon et fiancé d’Antigone, qui développe devant son père la position de ce que doit être un Roi « juste », combinant donc justice et justesse. La tragédie est construite autour de l’hybris de Créon qui veut à tout prix imposer la solution politique (nous dirions aujourd’hui le « légal »). Mais, on peut aussi dire que l’obstination d’Antigone, non pas tant dans sa volonté d’enterrer son frère que d’avoir raison à tout prix contre Créon, constitue aussi une forme d’hybris. Une interprétation possible est que Sophocle veut nous dire que la seule position juste est celle de Hemon, que l’entêtement à faire prévaloir tant la légalité que la légitimité sans accepter que les deux sont liées, même si la légalité découle en fin de compte de la légitimité, conduit au désastre. La leçon de cette pièce, et le théâtre grec – en particulier dans la tragédie – a une fonction d’éducation des citoyens, est qu’il ne faut pas séparer la légalité de sa source, les « lois divines », mais qu’il convient de les combiner car nul ne peut dire avec certitude ce que veulent les Dieux. C’est ce qui sera formalisé par le couple entre Auctoritas et Potestas dans le monde romain. Les notions d’Auctoritas et de Potestas nous viennent en effet du droit romain. Il faut alors savoir que l’ensemble institutionnel et juridique du pouvoir politique et militaire romain repose sur la Potestas. Mais, cette dernière repose sur l’autorité d’une Auctoritas sans laquelle elle n’est que l’expression de la force brute. La pensée politique du monde romain, avant et durant l’Empire, a ainsi systématisé cette distinction, et ce n’est pas un hasard. Cette distinction permet en effet de rendre acceptable l’usage de la force politique dans un cadre politique stabilisé. C’est ce qui différencie la « Cité » de la Horde. L’Auctoritas donne donc un sens mais aussi ses limites à l’exercice de la Potestas. En fait, chaque magistrat important détient la Potestas qui inclut trois types d’autorité, l’imperium[4], qui est à la fois un pouvoir militaire (pour assurer la sécurité de la Cité) et un pouvoir civil (garant de l’ordre public et du respect des lois), la coercitio (pouvoir de maintenir l’ordre public par la force[5]) et l’auspicia qui est une autorité religieuse. La Potestas d’un Consul, premier magistrat, est affirmée par les 12 licteurs qui l’accompagnent. Quand elle n’est pas fondée sur une Auctoritas « légitimée », c’est-à-dire reconnue à travers le respect de certains rites religieux, par le peuple qui est le destinataire de la Potestas, celle-ci est vécue comme pure violence, comme une suite de coups de force[6]. L’Auctoritas donne ainsi une justification tant symbolique que politique à la contrainte générée par la Potestas mais elle lui fixe aussi des limites que l’on pourrait considérer comme constitutionnelles[7]. Religion et transcendance dans les concepts politiques On remarquera tout d’abord l’inclusion dans la Potestas d’un pouvoir religieux (celui de consulter les augures[8]) et dans l’Auctoritas l’importance des rites religieux comme celui de l’intronisation. Dans toute l’antiquité, seuls les dieux avaient la capacité de légitimer le pouvoir. C’est un système qui est en réalité bien plus étendu, puisqu’on le retrouve dans les pratiques des sociétés primitives étudiées par Maurice Godelier. Le politique ne peut alors exister sans le symbolique comme si, pour pouvoir être accepté, le fait de commander aux hommes devait s’appuyer sur une autorité sur-humaine. Rome a institutionnalisé ce système de légitimation à travers ce que l’on appelle la« religio romana ». Il faut faire cependant attention aux termes qui peuvent être trompeurs. Cette « religion » n’a que peu de choses à voir avec une religion monothéiste révélée. Il s’agit en réalité d’un ensemble de valorisations, de croyances, de rites, de fêtes et de traditions qui unifient l’Empire (et ceci bien avant que la forme dite impériale ne soit établie). C’est ce qui permet à cet « Empire » de fonctionner par delà les races, les cultures et les « superstitio », autrement dit les « religions » de chacun. On doit à Cicéron un bon résumé de cette conception de la « religio »[9]. Il la présente comme ce que l’on appellerait aujourd’hui, au prix d’un anachronisme, la « citoyenneté », c’est-à-dire une participation active à la vie de la cité et au « bien commun ». Cette définition de la « religio » est aux antipodes de la notre, non seulement parce qu’il ne s’agit pas de la même chose, mais aussi parce qu’il faut que le symbolique soit directement présent dans la vie publique. En fait, l’étymologie du terme indique bien ce dont il s’agit. Le mot Religio est bâti sur le modèle de « diligere ». Le verbe « religere » signifie « élire » ou « choisir » ou encore « porter attention». Il faut ici comprendre que ce n’est pas tant dans le sens commun pris aujourd’hui par ces termes mais dans celui de scrupule ou de discrimination. Il faudra attendre le Bas-Empire, pour qu’au IVème siècle après Jésus Christ un auteur chrétien, Lactance, donne à ce mot une autre étymologie : « religere » ou « relier » voir « rassembler »[10]. On a changé de registre parce que l’on a changé non pas de croyance, mais de type de croyance avec l’irruption d’une religion révélée monothéiste. Ainsi, au départ, dans le monde romain, la religio relève de l’affaire d’Etat qui permet de spécifier ce qui découle dans l’ « imperium » romain, du pouvoir sacré[11]. Avec la fin de la République cependant un changement majeur s’opère. Il est probable qu’il est rendu plus facile par l’horreur que provoque la guerre civile. Auguste va s’approprier l’Auctoritas en se déclarant « Pontifex Maximus » en même temps que s’installe l’Empire. L’Empereur concentre désormais en sa personne tant l’Auctoritas que la Potestas. C’est le système «romain » du haut-Empire. L’irruption du Christianisme, d’abord persécuté puis persécuteur, va cependant radicalement changer la donne. Tertullien va opérer en 193 après Jésus Christ ce que l’on peut considérer comme l’équivalent d’un « coup d’état linguistique ». Il va oser appeler « religio » le christianisme et qualifier de « superstitio » le culte impérial[12]. L’enjeu de ce « coup d’état » était clair. Il s’agissait de placer le christianisme en position de fondement et de légitimation ultime de l’Imperium. Pour Tertullien, seule la reconnaissance de l’autorité du Dieu Unique, du Dieu des Chrétiens et donc du christianisme pouvait rendre à l’Empereur une légitimité qui lui permette d’exercer correctement son pouvoir[13]. Lorsqu’en 313 après Jésus Christ, l’empereur Constantin se convertit au christianisme et promulgua l’Édit de Milan qui mit fin aux persécutions anti-chrétiennes, le basculement de légitimité prôné par Tertullien fut définitivement acté. Ce basculement entra progressivement dans la pratique impériale. Il y eut, certes, des retours en arrière, mais aussi des poussées significatives comme le code Théodosien en 380 qui établit l’Église comme l’instance instituante. Progressivement, l’Église prit l’autorité sur l’Empereur comme le montre cet exemple. L’évêque de Milan, Ambroise, contraignit ainsi l’Empereur Théodose à se repentir d’avoir fait exterminer 7000 révoltés dans le cirque de Thessalonique. Dans le même temps l’Église se calque sur l’Institution Impériale, et adopte ses circonscription avec la centralisation sur Rome. Désormais, les temples sont reconvertis en églises avec les représentations d’un Dieu « pantocrator » qui est désormais dénommé du titre impérial de « Dominus », « Seigneur »[14]. C’est dans ce contexte qu’est née la pensée politique chrétienne, qui constitue encore largement notre soubassement. Près d’un siècle plus tard, de 415 à 427 après Jesus Christ, Augustin (qui devint Saint Augustin), devenu l’évêque d’Hippone, rédige « la Cité de Dieu »[15]. Né en 354 après Jesus Christ dans ce qui est la Numidie de l’époque (aujourd’hui l’Algérie) dans une famille berbère romanisée, il est très influencé par les auteurs classiques romains et par leurs commentaires sur la philosophie grecque. Réussissant une étonnante synthèse entre la religion chrétienne, le droit romain et la philosophie grecque, il produit la théorie de ce nouveau système de légitimation du pouvoir politique. Pour lui, dans la cité des hommes, le pouvoir n’est légitime, autrement dit ne détient l’Auctoritas que s’il se fonde dans la cité de Dieu elle-même. C’est bien entendu à l’Église qu’il convient d’assurer cette légitimation, faute de quoi, le pouvoir réduit à la seule Potestas est voué à s’effondrer. C’est d’ailleurs ce qui arrivait à l’Empire Romain en train de dépérir de son orgueilleuse suffisance, mais surtout de sa surextension tant militaire que politique. Augustin est un contemporain de ce qui fut considéré à l’époque comme un véritable tremblement de terre : le sac de Rome par le Roi Wisigoth Alaric en 410. Le legs de Saint Augustin est considérable. C’est lui qui donne au tyrannicide ses lettres de noblesse, mais aussi lui qui va établir les deux catégories de Tyrans, le Tyrannus Absque Titulo, ou celui arrivé au pouvoir par des voies injustes, et le Tyrannus ab Exercitio, ou Tyran en raison de l’exercice qu’il fait du pouvoir auquel il est parvenu de manière juste. Ces deux catégories restent parfaitement pertinentes aujourd’hui. Mais, la question posée est de savoir si l’on peut disjoindre le contenu religieux du contenu politique. Le rapport aux Dieux, donc au monde du symbolique, est central que ce soit dans le mythe d’Antigone ou dans le droit romain. Mais, en particulier dans le cas du droit romain, il est clair qu’il serait gravement erroné de confondre la religio à la religion chrétienne. La question donc se pose si en capturant des notions et concepts qui viennent du monde grec et romain, Saint Augustin ne les a pas déformé tout autant qu’il les a sauvés de l’oubli. Nul ne peut écrire en dehors d’un contexte, ce qui est, bien entendu, le cas du présent ouvrage. Mais toute réduction au seul contexte serait elle aussi une erreur. Il nous faut donc dégager le sens général d’une pensée de son contexte. Religio, Religion et Laïcité Le besoin d’une montée en symbolique se comprend aisément. Nul ne peut prétendre avoir du pouvoir sur les hommes par une simple délégation de ceux-ci. Il faut que cette délégation soit, en un sens ou un autre, mise au-dessus et au delà des autres délégations. Le pouvoir (Potestas) de faire tuer et de faire mourir, qui est l’essence de la fonction de Chef des Armées, autrement dit de l’Imperium, est un pouvoir qui ne peut être accepté que sous des conditions très particulières. C’est là, aussi, ou nous voyons la grande faiblesse des théories de la légalité absolue qui sont aujourd’hui tant à la mode. Si la loi seule dit qui doit détenir ce pouvoir, alors il faut une loi qui ne puissent être contestée. Or, toutes les lois sont, de par la nature humaine des législateurs, contestables. C’est pourquoi il faut fonder ce pouvoir sur une légitimité ou une Auctoritas. De ce point de vue, on comprend instantanément la folie qu’il y eut de proclamer une « Présidence normale » de la part de François Hollande. L’acte d’exercer le pouvoir présidentiel est tout sauf « normal ». Nul ne nie que le Président soit un homme (ou une femme). Mais, la fonction qu’il occupe impose de se hisser au-dessus de la simple condition humaine. Bref, et pour tout dire, la fonction présidentielle exige de qui l’occupe une dignité qui soit compatible avec l’Auctoritas dont il est revêtu, et qui ne s’accommode guère du spectacle public qu’il donna au début de 2014. De même, quoi que dans un autre genre, Nicolas Sarkozy s’était largement déconsidéré durant son quinquennat par sa passion pour le brillant et son amour de l’argent. Les peuples pardonnent rarement l’atteinte à la dignité de la fonction, ce dont le Président russe, Boris Elt’sine fit l’amère expérience. De ce point de vue, le problème essentiel avec les déclarations de 2012 de François Hollande vient de ce qu’il a confondu « normal » avec « commun ». Car, il peut y avoir plusieurs types de normes, et en particulier on peut penser qu’il y a une norme « héroïque » qui convient bien mieux à l’exercice du pouvoir suprême. Pour l’avoir oublié, pour avoir tiré la fonction présidentielle vers le « commun », et certes il ne fut pas le premier, Nicolas Sarkozy ayant bien entamé cette tache, il risque de passer à la postérité pour le Président le plus détesté. Mais, dire cela, n’est-ce pas glisser vers une sacralisation, une vision religieuse de l’Auctoritas ? Cette vision fut, il faut le dire, dominante pendant des siècles, et elle continue d’être sous jacente à certains des discours politiques que l’on peut entendre. D’ailleurs, dans de nombreux pays, le lien entre le pouvoir suprême et une foi religieuse est explicite. Le Président des Etats-Unis d’Amérique prête serrement sur la bible et la formule qu’il prononce alors, « and help me God » (et que Dieu me vienne en aide), marque de manière claire cette présence du religieux au sein du politique. Il y a la nostalgie d’un age mythique où était affirmée la trilogie « Un Roi, une Loi, une Foi ». Mais, cet idéal mythique a été fracassé par l’hétérogénéité des croyances. Ceci a été théorisé à la fin des Guerres de Religion par Jean Bodin dans une œuvre posthume, l’Heptaplomeres[16], qui est le compagnon desSix livres de la République. Il est d’ailleurs de peu d’importance de savoir si cet ouvrage, tel qu’il nous est parvenu est bien entièrement de la main de Bodin. Son contenu ne fait que prolonger celui desSix livres. De quoi s’agit-il donc ? Bodin imagine que sept personnages, qui tous pratiquent la médecine[17] et qui professent tous une foi différente, sont réunis dans du château. Chacun son tour, il vont prendre la parole et chercher à convaincre les six autres. Naturellement, c’est à chaque fois un échec, et pour une raison simple : la foi n’est pas affaire de raison. Quand le septième de ces personnages a parlé se pose alors une question redoutable : que vont-ils faire ? La réponse est éclairante à deux titres. La première est qu’ils décident de ne plus parler entre eux de religion, autrement dit celle-ci est exclue du débat public et devient une « affaire privée », même si, par courtoisie, ils s’engagent tous à aller aux célébrations des uns et des autres. La seconde est qu’ils décident d’œuvrer en commun « pour les bien des hommes ». Une autre fin aurait été possible. Ils auraient pu décider de se séparer et de travailler séparément. Que Jean Bodin insiste sur l’action en commun de personnes aux convictions religieuses différentes est très important. C’est là que l’on retrouve le raisonnement des Six livres. Cela veut dire qu’il y a des choses communes, des Res Publica, qui sont plus importantes que les religions. On notera ici que pour Bodin, il s’agit bien de « religion» au sens chrétien du terme et non de lareligio civique des Romains. Bodin, rappelons le, est un fervent Catholique, et se destinait à la prêtrise dans sa jeunesse. Il ne reniera jamais sa foi, même s’il exprime un intérêt important pour le Judaïsme. Rien ne permet de penser qu’il ait été agnostique sans même parler d’athée. Le raisonnement qu’il tient n’est donc pas une théologie. Mais, il procède de manière décisive et fondatrice à la séparation entre religion et politique, et à la naissance de la laïcité. Il le fait parce qu’il constate, et son action auprès d’Henri III a du être pour lui importante, l’inanité des tentatives soit de « concile général », et il y en eut plusieurs, soit d’éradication de l’hétérogénéité religieuse. Il arrive à cette position, qu’il cachera soigneusement à ses contemporains, comme point d’aboutissement de son œuvre politique, l’établissement de la souveraineté comme principe absolu, fondant en réalité l’Auctoritas. La question de la souveraineté ne dépend pas seulement de qui prend les décisions, autrement dit de savoir si le processus est interne ou externe à la communauté politique concernée. La souveraineté, telle qu’elle se construit dans l’oeuvre de Jean Bodin, réside dans la prise en compte d’intérêts collectifs, se matérialisant dans la chose publique. Le principe de souveraineté se fonde alors sur ce qui est commun dans une collectivité, et non plus sur celui qui exerce cette souveraineté[18]. La souveraineté, pour l’exprimer en des termes plus actuels, correspond ainsi à la prise de conscience des effets d’interdépendance et des conséquences de ce que l’on a appelé le principe de densité. Elle traduit la nécessité de fonder une légitimation de la constitution d’un espace de méta-cohérence, conçu comme le cadre d’articulation de cohérences locales et sectorielles. Cette nécessité n’existe que comme prise en compte subjective d’intérêts communs articulés à des conflits. Que des éléments objectifs puissent intervenir ici est évident; néanmoins la collectivité politique ne naît pas d’une réalité “objective” mais d’une volonté affirmée de vivre ensemble. Quand cette volonté n’existe plus, la communauté se défait. Voila pourquoi la substitution de l’ingéniérie institutionnelle à la décision politique, la tentative de « neutraliser » une notion comme la souveraineté, tentative dont on a donné un exemple avec Andras Jakab, ce qui est la logique aujourd’hui des européistes et des partisans de l’Union européenne, est sur le fond une négation du principe même de l’action politique et de la république. Nous avons là une piste pour comprendre pourquoi la négation de la souveraineté, et avec elle celle du principe de légitimité, provoque au sein des nations qui composent l’Union européenne cette crise massive du « vivre-ensemble ». L’union européenne, par ses pratiques mais aussi par ses principes, ouvre la voie à la guerre civile. La souveraineté dépend aussi de la pertinence des décisions qui peuvent être prises sur la situation de cette communauté et de ses membres. Une communauté qui ne pourrait prendre que des décisions sans importance sur la vie de ses membres ne serait pas moins asservie que celle sous la botte d’une puissance étrangère. Ceci rejoint alors une conception de la démocratie développée par Adam Przeworski. Pour cet auteur, dans un article où il s’interroge justement sur les transitions à la démocratie en Europe de l’Est ou en Amérique du Sud, la démocratie ne peut résulter d’un compromis sur un résultat. Toute tentative pour prédéterminer le résultat du jeu politique, que ce soit dans le domaine du politique, de l’économique ou du social, ne peut que vicier la démocratie. Le compromis ne peut porter que sur les procédures organisant ce jeu politique[19]. Il est donc faux de la faire remonter aux affrontements de 1904-1905, et à la séparation de l’Eglise et de l’État. La laïcité remonte bien plus en arrière dans notre histoire, et l’on peut voir très clairement qu’elle est la fille des Guerres de Religion et de leurs horreurs. Mais, surtout, elle s’impose comme la seule solution possible de manière durable quand un pays est confronté à l’hétérogénéité religieuse. Une autre solution est en apparence possible, c’est celle adoptée par les pays allemands après la Paix d’Augsbourg[20] (1555) puis la Guerre de Trente Ans, celle ou peuvent coexister des principautés dont les souverains professent des fois différentes, le Cujus Regno, ejus Religio. Mais, cette solution est bancale. Ne reconnaissant pas la liberté de conscience, elle impose une forme d’homogénéité à une société décidément hétérogène. C’est pourquoi, ce principe s’est progressivement érodé dans les différents pays qui l’ont appliqué. On est donc revenu à la seule solution stable, celle qui fut proposée par Jean Bodin. On peut cependant faire une objection au raisonnement qui vient d’être tenu. Ne pourrait-on donc pas imaginer qu’il existe un corpus de loi découlant de notre « nature humaine », qui fonderait par essence toute forme d’organisation politique. En déplaçant le problème d’une religion transcendante à une religion immanente, comme le culte de l’Être Suprême, on pourrait alors négliger la question de la souveraineté. La vérification en justesse des lois ne se ferait plus qu’à l’aune de ces « grands principes » qui, étant le propre des hommes, ne sont attachés à l’existence d’aucune nation. Le droit naturel, refuge possible de la religiosité En réalité, cette conception de la «nature» spécifique humaine, même si elle a des fondements dans la pensée antique[21], n’est en réalité propre qu’au christianisme[22]. Pour le christianisme l’homme et au sommet de la Création[23], car il a été fait à l’image de Dieu. la distinction vis-à-vis des animaux est nette et elle se caractérise par le concept l’« âme », qui est vue comme « l’esprit employant le Verbe » des Évangiles, et non comme un principe vital de toutes les créatures. Dans les religions indiennes, mais aussi dans de nombreuses autres, la différence entre l’homme et les animaux est bien plus une affaire de degrés. Cette séparation radicale entre humanité et animalité a été vigoureusement critiquée, par Claude Lévi-Strauss en particulier[24] : « On a commencé par couper l’homme de la nature, et par le constituer en règne souverain; on a cru ainsi effacer son caractère le plus irrécusable, à savoir qu’il est d’abord un être vivant. Et en restant aveugle à cette propriété commune, on a donné champ libre à tous les abus. Jamais mieux qu’au terme des quatre derniers siècles de son histoire l’homme occidental ne put-il comprendre qu’en s’arrogeant le droit de séparer radicalement l’humanité de l’animalité, en accordant à l’une tout ce qu’il refusait à l’autre, il ouvrait un cercle maudit, et que la même frontière, constamment reculée, servirait à écarter des hommes d’autres hommes, et à revendiquer au profit de minorités toujours plus restreintes le privilège d’un humanisme corrompu aussitôt né pour avoir emprunté à l’amour-propre son principe et sa notion ». Cette question a été renouvelée par les apports de l’éthologie moderne, de la paléoanthropologie et de l’anthropologie. Or, dans son magistral ouvrage sur la parenté, Maurice Godelier montre que l’hypothèse freudienne de la “Horde primitive”, pas plus que celle de Claude Levi-Strauss sur l’antériorité de familles consanguines isolées, ne résistent à l’état actuel de nos connaissances[25]. L’analyse des primates évolués, nos proches cousins comme les Chimpanzés et les Bonobos[26], montre que la société, avec ses hiérarchies, ses procédures d’inclusions et d’exclusions, de conflit mais aussi de réconciliation, précède l’humanité au lieu d’en découler. Que ceci soit, ou ne soit pas, acceptable pour le chrétien est ici secondaire. L’important est que l’on ne peut postuler de manière logique l’antériorité de la “Horde Primitive”. Le propre de l’homme n’est pas d’avoir créé la société, mais de pouvoir en transformer les règles. Cela implique à l’évidence une définition « faible » et une définition « forte » de la culure[27]. Pascal Picq, dans un ouvrage collectif consacré à Qu’est-ce que l’Humain précise cela par la citation suivante. «L’humain est bien une invention des hommes, qui repose sur notre héritage historique partagé, mais n’est pas une évidence pour autant. Homo sapiens n’est pas humain de fait »[28]. On pourrait dire, en d’autres termes, que l’homme s’est en réalité constitué lui-même, progressivement, au contact de ses semblables. Ceci constitue aussi une critique radicale des « Robinsonnades » qui posent toutes un homme isolé. Et l’on a tendance à oublier un peu trop souvent que Robinson Crusoë n’est pas une œuvre scientifique mais un « roman d’éducation » écrit par un des grands pamphlétaires religieux anglais, Daniel Defoe. La question de savoir ce qui fait le « propre de l’homme » renvoie en règle générale à l’existence de la société, conçue comme un ensemble de rapports sociaux. Marx a montré à de nombreuses reprises dans ses travaux la folie qu’il y avait de considérer une «nature» immanente en dehors d’un contexte particulier. Godelier montre aussi que, dans toute société, coexistent trois principes qui uniseent l’économique, me politique et le symbolique. Il y a ce qui s’échange pour créer du lien. Dans le processus du Don et du contre-Don, les dettes ne s’éteignent jamais. Il y a aussi ce qui s’aliène, s’abandonne sans esprit d’un quelconque retour. Il y a enfin ce qui ne peut ni s’échanger ni s’aliéner, mais doit impérativement être conservé pour se transmettre[29]. C’est là que gît la souveraineté. Dès lors, il devient clair que les membres d’une société humaine se situent d’emblée dans trois univers différents, dont les valeurs sont distinctes. C’est une reconnaissance explicite du principe d’héterogénéité que l’on a posé comme un fondement des sociétés humaines antérieurement. Mais, à l’hétérogénéité qu’implique la vie en société répond celle des représentations de la richesse. On va retrouver ici un des anciennes polémiques portant à la fois sur la monnaie et sur la souveraineté[30]. Cette polémique a porté sur la possibilité de conférer le titre de « souverain » à une institution, la monnaie, et d’en faire l’institution centrale de nos sociétés[31]. Les deux auteurs contestés, Michel Aglietta et André Orléan ont fondé la thèse d’une centralité absolue de l’institution monétaire. C’est à ce titre qu’ont peut les considérer comme fondateurs d’un essentialisme monétaire[32], terme dans lequel André Orléan se reconnaît explicitement[33]. Ils partent de l’hypothèse que les interactions humaines sont soumises à une dynamique d’imitation aléatoire converge nécessairement vers l’unanimité du groupe[34]. Mais, pour cela, il faut avoir recours à l’anthropologie de René Girard, présentée comme une réfutation systématique de toute référence objective antérieure aux rapports d’échange[35]. Le sens de cette polémique dépasse, et de très loin, les considérations économiques. À travers l’idée d’une « nature » singulière de l’homme se construit aussi, et on peut dire en contrepoint, l’idée d’une « richesse » sur laquelle se fixerait l’attention des hommes. Mais, l’unification des richesses en une “Richesse” par Girard[36], à travers la théorie du mimétisme[37], n’est en réalité qu’un nouveau coup de force théologique au sein des sciences sociales. Girard nie l’existence de contextes structurants à partir d’une scène primitive où une foule d’individus indifférenciés est mue par le désir de richesse. La position de cet auteur tente, en réalité, une audacieuse synthèse entre freudisme et foi chrétienne. De Freud, il retient l’hypothèse de la horde primitive[38]; du dogme chrétien, l’idée d’une “Richesse” transcendante, qui n’est que l’ombre portée sur les hommes par l’Amour de Dieu. Il convient ici de laisser de côté les convictions personnelles des uns et des autres. On sait que la Foi ne se discute pas. On doit par contre s’interroger sur la valeur heuristique de ces hypothèses du point de vue même de l’anthropologie. À-sociale et à-historique dans son fond, la représentation proposée par Girard nous invite à prendre pour argent comptant ce qui n’est qu’une forme religieuse mais non une caractéristique du monde réel. Son caractère global, qui découle du rapport entre la créature (l’homme) et son créateur (Dieu) construit alors l’univers du choix comme un univers uni-dimensionnel. Mais les difficultés s’avèrent ici insurmontables quand il s’agit de transposer une telle notion dans une vision réaliste de l’économie. Soit l’on se situe délibérément dans un univers de la transcendance, ce qui est le choix philosophique de Girard. Un tel choix est moralement respectable, mais il n’est pas scientifique et ne peut être tenu pour la base d’un raisonnement scientifique. Ce choix s’avère rétif à la critique réaliste. Il est de l’ordre de la métaphysique et non plus de l’analyse scientifique. Ce choix aboutit à retirer une bonne partie de sa substance à la souveraineté, et contribue à la construction de ce concept de « souveraineté hors-sol » que l’on a dénoncé dans les travaux d’Andras Jakab[39] cité antérieurement. En effet, si la monnaie peut vraiment être souveraine, alors rien n’interdit sa « neutralisation » en ce qui concerne les Etats, et son développement comme seul souverain réel de nos sociétés en tant que marchés financiers. C’est très exactement la situation construite, non pas symboliquement, mais bien réellement, par les dirigeants de l’Union européennes, où l’on ne reconnaît que la souveraineté des marchés et ou l’on nie la souveraineté des État. Ce n’est d’ailleurs par la première fois que l’on rencontre une telle pollution dans le domaine économique. La “main invisible” chez Adam Smith relève très précisément de la même démarche où une pensée métaphysique veut se faire prendre pour une analyse scientifique[40]. Si l’on récuse ce parti-pris de la transcendance tout comme celui de « forces immanentes » (mais la parenté de l’un à l’autre est bien établie), alors on peut réellement penser la question de la souveraineté, mais aussi celle de la monnaie. Si l’on revient à notre objet premier qui était de s’interroger sur l’éventuelle possibilité de fonder la souveraineté sur un droit naturel, il faut convenir que cette tentative se révèle tout aussi problématique que celle qui consiste à la fonder sur une religion transcendante. En fait, entre l’immanence et la transcendance les rapports sont multiples et étroits. Il nous faut alors considérer la souveraineté comme le produit non pas d’une religion ni d’une soi-disant « nature humaine » mais bien de la reconnaissance d’une communauté d’intérêts, cette fameuse Res Publica, qui fonde l’existence des sociétés humaines, et qui, petit à petit et de manière non-intentionnelle, a construit l’homme en ce qu’il est aujourd’hui. Les principaux concepts de la science politique ne sont pas tombés tout armés du ciel, et ceci dit sans offenser qui que ce soit. Ils sont des productions humaines. Mais, on ne peut impunément jouer avec ces concepts, car une puissance symbolique qui permet de légitimer des formes politiques leur est attachée. Une chose est la production d’un concept, l’autre chose est son acceptabilité par la société. Et, ce qui fait la force de la souveraineté, et avec elle de la légitimité, c’est qu’elles rendent acceptables les autres concepts et notions. Nous voici revenu à Bodin, encore et toujours, et à son idée de souveraineté absolue. Et l’on mesure mieux ce qu’il y a de profondément choquant dans les thèses d’Andras Jakab sur la « neutralisation » de la souveraineté. Les accepter revient à admettre l’inacceptable, autrement dit qu’un pouvoir nu, une force brute, et ce quelle qu’elle soit, puisse s’imposer aux peuples. Que des gens éduqués aient pu penser qu’une telle chose soit possible en dit bien plus long que tous les discours sur l’hubrys des dirigeants de l’Union européenne.n ________________________________________ * Jacques Sapir dirige le groupe de recherche IRSES à la FMSH, et co-organise avec l'Institut de Prévision de l'Economie Nationale (IPEN-ASR) le séminaire Franco-Russe sur les problèmes financiers et monétaires du développement de la Russie.
Publié dans Grand angle
Drôle de découverte pour des spécialistes des reptiles en Macédoine. Tel est pris qui croyait prendre : après avoir avalé une scolopendre vivante, une vipère s’est fait dévorer de l’intérieur par sa victime, bien décidée à s’échapper. Aucun des deux animaux n’a survécu, mais cette découverte a permis aux scientifiques d’observer une situation inédite. En pleine opération de marquage de reptiles sur l’île de Golem Grad, sur le lac Prespa, l’un des chercheurs retourne une pierre et découvre alors une scène surprenante. Du corps d’une petite vipère cornue ressort la tête d’un centipède. « Nous étions tous très étonnés, aucun d’entre nous n’avait jamais rien vu de tel », a commenté dans un courriel adressé à LiveScience la biologiste Ljiljana Tomovic, de l’Université de Belgrade. Si cette trouvaille remonte à près d’un an, le rapport des scientifiques vient d’être publié dans la revue Ecological Montenegrina et permet de comprendre comment une telle situation a pu se produire. La vipère aurait sous-estimé la force de la scolopendre. Après dissection de la vipère, les chercheurs ont pu retracer la petite histoire de la vipère et de la scolopendre. La vipère cornue (Vipera ammodytes), une jeune femelle de 20 centimètres, s’est attaquée à la scolopendre (Scolopendra cingulate), également appelée mille-pattes. Habituellement, cette espèce de serpent se nourrit de petits mammifères, de lézards ou d’oiseaux, mais peut également s’attaquer avec succès à des scolopendres. Pour les scientifiques, la jeune vipère a malheureusement « gravement sous-estimé » sa victime, qui ne mesurait que 5 centimètres de moins et pesait 0,6 gramme de plus qu’elle. « En général, cet invertébré est très robuste : il est très difficile de tuer une scolopendre adulte », observent les chercheurs. « Toutefois, on ne peut pas écarter la possibilité que la vipère ait avalé le centipède vivant », ajoutent-ils. Et c’est a fortiori ce qui s’est passé ce jour-là. En disséquant la vipère, l’équipe a découvert que ses organes viscéraux avaient disparu et que l’intérieur du serpent était donc entièrement occupé par le mille-pattes. Conclusion des scientifiques : la victime, encore vivante, aurait tenté de s’échapper en dévorant la vipère de l’intérieur pour percer son abdomen et en ressortir. Sans succès, puisque les deux animaux ont été retrouvés morts. La scolopendre aurait été terrassée par le venin de la vipère, qui aurait elle-même succombé aux blessures infligées par sa victime. Mais elle a aussi pu subir les effets du venin sécrété par la scolopendre à l’aide de ses forcipules, crochets à venin situés sur le premier segment du tronc des mille-pattes. Si le mystère ne pourra pas être totalement élucidé, une chose est sûre : le repas s’est mal terminé pour la gourmande comme pour son plat. (Source : maxisciences)
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Pour construire, les opérateurs du bâtiment ont trouvé facile, et surtout gratuit, d’exploiter le sable des oueds et des plages, ignorant le risque qu’ils font courir aux écosystèmes fragiles ou alors carrément indifférents à la minicatastrophe écologique qu’ils provoquent par leurs agissements souvent illicites. La chaîne de télévision Arte est revenue, mardi soir, sur la dimension planétaire de cette catastrophe en révélant l’ampleur du pillage de sable, une matière première perçue comme inépuisable et pratiquement gratuite. La mafia du sable est partout dans le monde : en Inde, elle est l’organisation criminelle la plus puissante, enrôlant les populations locales de force pour piller le sable sur 8000 sites d’extraction. Au Maroc voisin, les plages perdent leur sable, volé pour servir aux constructions, alors que les spécialistes savent que le sable marin est corrosif, ce qui comporte le risque d’écroulement à terme des constructions. Idem en Floride où, apprend-on, 9 plages sur 10 sont en voie de disparition. Les experts ont fait observer que, dans les pays où les plages constituent une source d’activités touristiques qui contribuent de façon substantielle au PIB, les autorités sont obligées, face au pillage du sable, de pomper du sable au large pour le déverser sur la plage. Or, expliquent-ils, ceci constitue un désastre écologique majeur. « A chaque pompage, tout l’écosystème du fond est détruit et, à chaque déversement, la même chose arrive à l’écosystème de la plage », peut-on lire dans la revue Natura Sciences. Pauvres poissons ! La survie des espèces qui dépendent de la nourriture présente dans les fonds marins est menacée. Les conséquences de cette surexploitation sont de plus en plus visibles. Au moins 75% des plages du monde ont été grignotés et des îles entières ont été englouties : 25 îles indonésiennes ont ainsi disparu à cause du sable fourni à Singapour ; aux Maldives, 120 îles ont déjà dû être évacuées de leurs habitants. Pour construire ses îles artificielles, Dubaï a dépensé, apprend-on, plus de 12 milliards de dollars et pompé plus de 150 millions de tonnes de sable au large de ses côtes. L’Algérie n’est pas épargnée par ce phénomène. Un confrère rapportait dernièrement qu’à Oran, les éléments de la cellule de protection de l’environnement de la gendarmerie d’Oran ont traité 209 affaires d’extraction et de transport de sable sans aucune autorisation. Les gendarmes ont arrêté 212 individus impliqués dans ces délits. Il s’agit vraisemblablement de sable des plages. En fait, sur la côte algérienne, ce sont quasiment toutes les plages qui subissent ce fléau en toute illégalité puisque la loi du 5 février 2002 a interdit expressément les extractions de matériaux lorsqu’elles concernent les plages. Ce pillage qui provoque des atteintes sérieuses et irrémédiables à l’équilibre écologique d’un écosystème fragile est destiné à alimenter le trafic très lucratif de sable pour la construction. Cette activité fait l’objet régulièrement de plaintes de la part du mouvement associatif, mais elle persiste parce qu’elle rapporte un argent fabuleux aux voleurs de sable des plages qui sont dans l’informel.n
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L’insuffisance rénale est l’une des maladies chroniques les plus encombrantes pour le malade, le contraignant parfois à vivre le restant de sa vie « attaché à la machine ». Pour en savoir un peu plus sur la pathologie et la prise en charge du patient, nous nous sommes rapprochés du docteur Lahouali, néphrologue à la clinique d’hémodialyse Adoudial, qui accueille 77 malades. Notre interlocuteur s’est étayé, avec beaucoup d’optimisme, quant à la disponibilité du traitement, des moyens de transport et de la prise en charge « correcte » du malade, tout en établissant un lien entre le parcours du malade des années 90 et celui de nos jours. « D’abord, l’insuffisance rénale est une maladie multifactorielle, due en substance au diabète, à l’hypertension artérielle et à la néphropathie glomérulaire. Si ces trois maladies ne sont pas correctement prises en charge à temps, une insuffisance rénale pourra donc être inéluctablement diagnostiquée », explique t-il, en ajoutant : « Durant les années 90, il était impossible pour le malade de se faire dialyser faute de moyens, d’infrastructures et surtout à cause du climat d’insécurité qui régnait alors, où l’on ne pouvait pas se déplacer vers un endroit pour des soins. Fallait-il encore prendre un rendez-vous. Mais, maintenant, l’offre dépasse largement la demande », en donnant l’exemple de la clinique Adoudial, qui est dotée de 16 générateurs pour 77 malades, à raison d’un générateur pour 6 dialysés. Idem pour le service de néphrologie de l’EPH Bouzidi et les autres infrastructures d’hémodialyse privées de la wilaya qui accueillent moins de malades que de lits disponibles. Le transport était l’un des déboires que rencontrait le dialysé, du fait qu’il se retrouvait dans l’obligation de faire plusieurs kilomètres à pied avant d’arriver à destination. Aujourd’hui, à en croire notre interlocuteur, le transport est assuré pour tous les malades, mêmes ceux habitant les régions les plus reculées. La gratuité des médicaments, un autre fardeau de moins pour beaucoup de patients qui peinaient à joindre les deux bouts, a été promulguée lors d’une convention signée entre la Cnas et la Casnos, d’une part, et les centres d’hémodialyse d’autre part, permettant la prise en charge totale du malade. Il suffit qu’un néphrologue délivre un certificat médical attestant une insuffisance rénale au stade final pour que le patient ait accès aux soins, y compris les plus onéreux, tels le traitement de l’anémie, disponible au niveau de toutes les infrastructures d’hémodialyse, privées ou publiques, depuis 2008. Par ailleurs, le docteur Lahouali trouve « qu’on met beaucoup d’argent dans le traitement de la maladie au stade final, alors qu’on pourrait miser sur la prévention pour éviter aux assurances la coquette somme de 100 millions de centimes par malade et par an ». Pour ce qui est du don de rein, la question a visiblement un bon chemin devant elle avant d’être tranchée, « du fait qu’on induit parfois dans l’erreur le malade qui croit à une banque d’organes dans l’infrastructure où il a été orienté pour subir une transplantation, alors qu’il faut un donneur pour qu’il y ait une greffe. Et c’est là où le bât blesse ! ». « Car, poursuit notre interlocuteur, il est très difficile, voire impossible de convaincre un membre de la famille de donner un rein de son vivant et encore moins de le prélever d’un cadavre en mort cérébrale. » Et en guise de note d’espoir, mais aussi d’encouragement à toute la société « pour faire sauter » tous les verrous, en se laissant guider par un esprit de solidarité et d’altruisme, notre interlocuteur nous apprend que trois de ses malades adultes, une femme et deux hommes, accompagnés de leurs donneurs intrafamiliaux, vont être greffés au courant de l’année 2014 à Parnet, Bab El Oued ou Blida.n
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