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mardi, 04 novembre 2014 07:01

12e édition de la fête de la figue: Béni Maouche, capitale de tazarth

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La commune de Béni Maouche, située au sud-est de la wilaya de Béjaïa, a abrité, les 30 et 31 octobre dernier, les festivités de la 12e édition de la fête de la figue ou «Tamaghra n’tazarth» en kabyle. Ce rendez-vous, qui a fait sortir cette région de l’anonymat, constitue une occasion en or pour les agricultures et les opérateurs économiques locaux pour faire connaître aux visiteurs, venus des quatre coins du pays, leur produit qui aura dans peu de temps son propre label.

Pour accéder à la région, la distance est courte, mais le temps du voyage, en raison des chemins qui montent, paraît curieusement plus long. Et, prenant la route nationale n°74 qui relie la RN 26 à la wilaya de Sétif en passant par la commune de Seddouk, tout indique que nous allons à la découverte d’une localité particulière. A la sortie de Seddouk, un panneau nous indique la direction et nous annonce aussi la distance qui nous sépare de notre destination finale. 16 km de montagnes couvertes d’olives et de broussailles. Un tronçon pour une belle petite course de vélo de montagne, qui nous fait passer en quelques minutes de 246 à 980 m d’altitude à l’entrée de la commune de Beni Maouche. Gagner plus de 700 m d’altitude en 30 minutes donne l’impression pour celui qui n’a pas l’habitude de prendre cette route d’avoir escaladé de hautes montagnes. Une fois au chef-lieu de la commune, nous nous trouvons face à une extension urbaine dans tous les sens, et pas toujours les bons, et ce, compte tenu du relief du lieu et de la foule de visiteurs venus de loin et de très loin pour certains pour déguster et acheter «Tazarth n’Idhurar» (les figues des montagnes). Les plaques d’immatriculation des voitures – on peut voir 16, 35, 10, 15, 19, 18 et autres – témoignent de ce flux de visiteurs. Le stade communal inauguré à la fin des années 1980 où se déroule la partie commerciale de la fête, c’est-à-dire l’essentiel, n’a jamais connu autant d’afflux que cette année, affirment des témoins. D’autres habitants de la localité et des villages limitrophes, rencontrés plus tard, disent qu’ils n’ont jamais vu autant de monde ni subi des embouteillages aussi inextricables. Les raisons, a-t-on ensuite compris, sont que les anciennes éditions ont été tenues dans d’autres espaces (CFPA, siège de l’APC et marché) et même à l’extérieur de la commune dans des espaces libres, notamment pour les petits négociants. Cette fois, les autorités locales ont décidé, pour des besoins d’organisation ont-ils affirmé, de tout concentrer au niveau du stade où il fallait être très patient et rapide à la fois pour trouver où stationner. En ce qui nous concerne, il nous a fallu attendre une dizaine de minutes avant que les agents de l’ordre nous dégagent un espace. Une figue peut en cacher d’autres A l’entrée du stade, une banderole souhaitant la bienvenue à tout monde est accrochée au mur. Les chants du célèbre chanteur kabyle Slimane Azem donnent à cet évènement une empreinte culturelle. Il est parmi les rares chanteurs qui ont cité plusieurs fois ce fruit dans ses chansons. Et il avait raison, tant ce produit paraît ici plus beau et si étonnamment varié. A ce propos, on ne peut pas parler des figues de Béni Maouche sans citer Abdelhak Lounès, qui consacre sa vie pour le développement de ce produit. Dans son stand situé juste après le bureau d’accueil, il a exposé plusieurs variétés de figues, toutes issues du chef-lieu de la commune. Interrogé sur les variétés les plus connues dans sa région, il nous dira qu’en tout, la commune de Béni Maouche en compte dix. «Nous avons dix variétés de figues fraîches dont quatre peuvent devenir des figues sèches», nous a-t-il déclaré avec enthousiasme. Il ajoute : «Chaque variété a son propre goût et sa propre forme.» Il s’agit d’abord de tâamriouth, qui occupe près de 75% de la récolte, suivie par azendjar et aberkan qui occupent ensemble une part de 15% ; le reste des variétés, à savoir tahayount, adjidji, taganaouit et autres occupent 10%. Pour lui, Taâmrouith est la reine des figues fraîches et sèches. Elle est très demandée sur le marché. Quant au classement des figues selon la qualité, le fellah affirme que le choix se présente comme suit : thufrint (la supra), puis thaâmriouth (l’extra), ensuite thaouliht (la marchande) enfin Takharboucht (aliment de bétail). «C’est la qualité qui détermine le prix. Le consommateur pourra choisir les variétés et les qualités», a-t-il expliqué. En effet, les prix peuvent varier entre 400 et 700 DA selon les variétés et la qualité. Installé pas loin de Abdelhak Lounès, Mohamed Sahki est perçu à Béni Maouche comme le premier producteur national de la figue. Avec ses 25 ha et quelque 1200 figuiers de toutes variétés, c’est en effet un opérateur de poids. Dans son stand décoré avec des feuilles de figuiers, il présente une multitude de variétés qui attirent les regards des visiteurs qui ne peuvent quitter la foire sans rendre visite à ce géant des figues qui voit déjà loin. La médiatisation et le succès de la figue de Béni Maouche reviennent en grande partie à cet homme. «Nous avons participé, depuis 1986, à plusieurs foires et expositions agricoles en Algérie et en France. Nous avons remarqué un engouement extraordinaire envers notre figue. Une surprise qui nous a fait penser immédiatement à créer un événement spécifique à ce produit», nous fait savoir Mohamed Sahki. Effectivement, après plusieurs années d’effort, il a réussi à convaincre l’Association de l’huile d’olive d’Akbou et l’APC de Béni Maouche de soutenir son idée. La première édition de la fête a eu lieu en automne de 1995. «1995 est l’année de naissance de cette fête devenue aujourd’hui un rendez-vous économique de taille», a-t-il confié. Se rappelant les préparatifs de la première édition, Da Mohand ne peut qu’être fier de la réalisation. «Nous avons démarré de zéro pour arriver à un succès national puis international. Je suis content et heureux à la fois du chemin parcouru jusque-là», a-t-il affirmé, le sourire en coin. Après ces succès indéniables, l’homme voit encore loin. Associés à cinq producteurs locaux, ils ont créé une coopérative : «Coopérative des figuiculteurs de Béni Maouche» qui se chargera, dans peu de temps, de faire de la figue une activité économique par excellence. En effet, l’unité de fabrication de la confiture à base de figues est déjà en marche. Une autre ligne spécialisée dans la préparation du chocolat à base de figues sera opérationnelle au premier semestre 2015. «Le choix des machines est fait de même pour les commandes. Du coup, la mise en marche de cette ligne de production est une question de temps», a-t-il affirmé. Les projections de la coopérative ne s’arrêtent pas là, puisque des lignes de production de gâteaux et biscuits à base de figues sont inscrites au programme. Neuf employées sont déjà en poste, indique notre interlocuteur. Une activité boudée par les jeunes, menacée par le béton Mais si en apparence les figues se présentent comme un bon business, elles sont vendues 350 à 400 dinars le kilogramme, c’est loin d’être le cas pour tous les concernés et la réalité n’est pas «si réjouissante», s’accordent à dire les exposants rencontrés lors de cette fête. Ils estiment que l’effort fourni dépasse de loin les résultats obtenus. «Nous rencontrons d’énormes difficultés pour développer notre activité. Personnellement, je continue à travailler mes figuiers par nostalgie seulement. L’argent, je n’en gagne pas assez», nous a confié Lamouchi Abdelhafidh, qui précise que cette activité ne constitue pas sa ressource principale. «On ne peut pas dépendre à 100% des figues, c’est impossible, il faut d’autres activités connexes», a-t-il noté. Le manque de main-d’œuvre est le principal problème que rencontrent les figuiculteurs. La jeune génération, d’après eux, accorde peu d’intérêt à cette activité. «Nos jeunes préfèrent d’autres activités que de s’occuper des figues», déplore Lamouchi Abdelhafidh. Un constat partagé par Akli Mouhous, propriétaire d’une exploitation sise au village Aït Adjissa, dans la commune de Béni Maouche. En plus du désintérêt des jeunes pour la culture et l’exploitation, la figue souffre aussi de l’avancée du ciment. «Nous assistons au recul des surfaces des figuiers. L’extension que connaît le chef-lieu de la commune et les villages avoisinants se fait au détriment des figuiers», constate Abdelhak Lounès. «Le nouvel habitat rural n’arrange pas les choses. Il avance très vite à cause des aides de l’Etat, mais reste mal adapté et sa multiplication réduit chaque année d’une manière significative les surfaces dédiées aux figues», a-t-il ajouté. Pour lui, il faudra planter de nouvelles surfaces pour garder la même cadence de production. Il recommande dans ce cadre à l’Etat la création d’une pépinière spécialisée dans le figuier qui se chargera du renouvellement des arbres. L’autre obstacle que rencontrent les agriculteurs de Béni Maouche est le manque de pistes agricoles. «Je veux bien travailler la terre de mes ancêtres, mais mon souhait se heurte à l’absence de pistes agricoles», nous confie Makhlouf Ouari, un jeune agriculteur du village Aguemoune. Il nous fait savoir par ailleurs qu’il a entamé des démarches pour désenclaver la région par la construction d’une piste automobile. Par ailleurs, chaque été, la région de Béni Maouche enregistre des incendies ravageurs qui transforment en cendres des centaines, voire des milliers de figuiers et d’oliviers. Pour l’été 2014 seulement, plus de 1000 figuiers ont été ravagés par les flammes. Cette situation décourage les agriculteurs à planter davantage, notamment en l’absence d’assurance. L’élu de l’APC, Omar Bekouche, réclame l’implantation d’une unité de la Protection civile. «Nous ne pouvons plus compter sur la mobilisation populaire pour maîtriser les feux de forêt qui se déclarent chaque été dans notre région. Une unité de la Protection civile devient une nécessité, voire une urgence pour préserver ce qui reste des figuiers et des oliviers», a-t-il clamé. Une revendication soutenue par le P/APC qui nous fait savoir que son équipe fait de son mieux pour ouvrir des pistes agricoles et réunir les conditions idoines pour les agriculteurs de sa commune. «Nous sommes à leur écoute», a-t-il tenu à rassurer. Pour motiver les propriétaires terriens à investir dans la figue, Mohamed Sahki recommande la généralisation de l’électricité et le forage de puits. «Les figuiers ont besoin d’arrosage durant les quatre à cinq premières années de leur plantation. Du coup, le forage des puits devient un élément indispensable. Je demande à l’Etat de généraliser l’électricité et le forage à toutes les exploitations», a-t-il recommandé. L’enjeu vaut la peine, dit-il. Car si à travers les siècles, elle a constitué l’aliment principal pour les populations durant les hivers rudes, la figue sera dans quelque temps une matière première pour plusieurs industries. On peut citer entre autres la fabrication du chocolat à base de figues (une unité de transformation fonctionne déjà et deux autres suivront). A cela s’ajoutent la fabrication de la confiture (une marque sera dans quelques semaines disponibles sur le marché) et enfin la fabrication de gâteaux et biscuits à base de figues. Certains opérateurs y travaillent déjà.

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