06/02/2016
lundi, 21 juillet 2014 07:03

Ghardaïa: Faute de sécurité, pas de restos de la Rahma

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Insupportable image que celle de ces centaines de personnes de tout âge, femmes, hommes, enfants, Algériens, dont une majorité de Touareg en piteux état, Subsahariens et même quelques Syriens, dont une jeune femme avec une fillette agrippée à ses guêtres, agglutinés aux larges portes en fer forgé du restaurant du Croissant-Rouge algérien (CRA) de Ghardaïa, espérant jusqu’à la dernière seconde avant l’appel du muezzin se voir offrir de quoi rompre le jeûne.

La misère et le désespoir, au propre et au figuré, étalés au grand jour, et ce, à quelques mètres du siège de la wilaya de Ghardaïa, de la direction de l’action sociale et de la daïra de Ghardaïa. Qu’on ne dise pas qu’on n’a rien vu, rien entendu, c’est absolument scandaleux d’abandonner des êtres humains à ce triste sort, a fortiori en plein mois de carême, après 16 heures de jeûne et par une température frôlant et dépassant même quelquefois les 40° Celsius, alors que des responsables à la forme bedonnante (d’ailleurs en quoi le sont-ils ?) passent et les frôlent dans de grosses cylindrées obtenues aux frais du contribuable, emplies de fruits et de friandises achetées au dernier moment, faisant mine de ne pas comprendre les raisons de ce rassemblement d’êtres humains, pour ne pas dire de loques humaines, au bord de la rupture. Et dire qu’on l’appelle le mois de la piété, du partage et de la solidarité. C’est à la limite de la non-assistance à personne en danger, danger de mourir de faim dans un pays riche, danger de vivre indigne dans un pays où l’appel du 1er Novembre 1954 martelait le droit du peuple à vivre digne dans un pays juste, à égalité des droits et des chances, danger de perte de nos valeurs ancestrales dont le socle fondamental a de tout temps été l’entraide et la solidarité. Que n’a-t-on fait d’êtres humains dont la vie n’a pas, et loin s’en faut, été tendre ? On les a abandonnés dans un landau de macadam, où seuls ceux dont les yeux pouvaient encore produire quelques larmes se sont fondus en pleurs. Puis tels des vaisseaux emportés par les flots de la bêtise humaine, ils ont repris leur chemin dans un silence à vous briser le cœur, dignes et fiers dans la douleur et leur misère qu’ils traîneront encore tant que des hommes oublient que d’autres sont dans le besoin. Et dire que l’on a annoncé à cor et à cri, sur les ondes de la Radio nationale et dans la presse écrite, que dans le cadre de la solidarité (couffins du Ramadan) et des restos « Rahma », toutes les wilayas avaient consacré pour le mois de Ramadan 2014 des budgets conséquents, et que dans le cadre de ces actions de solidarité durant le mois sacré, en ce qui concerne la wilaya de Ghardaïa, il était prévu aussi l’ouverture, avec le concours du Croissant-Rouge algérien, d’autres restaurants Rahma à travers certaines communes de la wilaya, au profit des passagers et des nécessiteux, sur les grands axes routiers de la wilaya. Ils devaient être ouverts au chef-lieu de wilaya, Ghardaïa, ainsi qu’à Berriane, Guerrara, Hassi Lefhel et El Ménéa. Mais, il faut bien l’avouer, en ce qui concerne le restaurant C-RA de Ghardaïa, ce n’es pas les moyens ni la volonté qui ont fait défaut, mais bel et bien le facteur sécurité. En effet, la majorité des bénévoles, qui ont l’habitude d’activer dans ce restaurant, habitent des quartiers sensibles et ne peuvent de ce fait se déplacer sans risque ni même se permettre de laisser leurs familles seules par ces temps d’agressions tous azimuts. Il faut rappeler que dans un passé récent, ce restaurant du Croissant-Rouge algérien, le seul ouvert durant le mois de piété et de dévotion sur tout le territoire de la commune de Ghardaïa, qui servait jusqu’à 600 repas/jour, était une véritable bouée de sauvetage pour les démunis et les gens de passage. Située sur une grande artère, en plein centre-ville et à quelques encablures du siège de la wilaya, l’imposante bâtisse se voyait les années passées, chaque soir, assaillie par des centaines de personnes qui convergeaient en quête d’un repas chaud et consistant servi, pour les hommes, au premier étage dans une immense salle climatisée, où l’hygiène est irréprochable et l’accueil, le respect et la dignité de tout un chacun sont une espèce de leitmotiv, digne d’une chaleur familiale. Une autre salle, réservée uniquement aux femmes, est aménagée au rez-de-chaussée, où celles-ci, se présentant chaque soir, sont prises en charge avec beaucoup de respect, de dignité et, surtout, de discrétion. Il est temps de trouver une solution de rechange pour rouvrir, au moins pour ce qui reste de ce mois de Ramadan, ce seul lieu où tous les laissés-pour-compte de la société que Ghardaïa pour une raison ou une autre a rassemblés, venaient trouver un peu de chaleur humaine aux odeurs d’une chorba, préparée et servie par des êtres au grand cœur, complètement désintéressés. Ouvrez grand les portes, ouvrez vos cœurs, servez les pauvres. C’est votre devoir et c’est même une urgence…

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