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mardi, 09 août 2016 08:53

Nicolas Dessaux, président de l’association Solidarité Irak : « Les tentatives de reconstruction de l’Irak sont minées par la corruption »

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Depuis la chute de Saddam, l’Irak, en dépit des processus politiques mis en route dans le pays, ne parvient pas à trouver la stabilité politique et institutionnelle dont il a besoin. A l’ombre de l’occupation américaine et dans un milieu géopolitique sous haute tension, les Irakiens, euxmêmes, travaillés par leurs clivages propres et exogènes, peinent à trouver un modus vivendi pour sortir enfin de l’impasse. Ici une analyse éclairante de fuseaux. Notamment sur la gauche irakienne. Entretien.

Nicolas Dessaux

Reporters : L’actualité irakienne est marquée ces dernier temps par des manifestations populaires. Quelles sont les revendications portées par la rue irakienne ?

Nicolas Dessaux : Après la chute de Saddam Hussein, en 2003-2004, il y a eu d’immenses manifestations contre le chômage massif qui touchait le pays. Mais durant la guerre civile, seules les milices religieuses, principalement chiites, ont pu organiser de grands défilés pour exhiber leur puissance. Depuis, malgré l’instabilité, il y a eu de nouveau des vagues de manifestations, principalement contre la corruption et la misère. Le Printemps arabe a fait des émules à Bagdad, mais il a été durement réprimé par les milices, sans parvenir à renverser le régime.

Pensez-vous que le gouvernement irakien peut faire face aux pressions des grandes puissances et à la lutte antidjihadiste et assurer un service public de qualité ?

Le régime irakien est pris, depuis 13 ans, dans des contradictions insolubles. Mis en place par les Américains, il est en grande partie issu des partis religieux chiites autrefois soutenus par l’Iran. C’est le grand écart permanent entre un fond islamiste et la nécessité de faire bonne figure face aux Etats-Unis. Le paysage politique s’est «libanisé» : l’essentiel des partis s’appuient sur les lignes de fracture ethnicoreligieuses plutôt que politiques à proprement parler. La corruption mine les tentatives de reconstruction du pays. Des sommes importantes versées à ce titre disparaissent dans les poches de responsables politiques nationaux ou locaux, avec un vaste système de redistribution à leurs partisans. Pendant ce temps, les Irakiens souffrent toujours des coupures d’électricité… Quant à la lutte contre l’Etat islamique, elle a été longue à mettre en place et les collusions sont nombreuses. Même le gouvernement régional du Kurdistan joue un jeu trouble : il envoie ses forces armées le jour, tandis que certains officiels font du marché noir avec l’EI la nuit.

Le climat politique irakien est incertain, mais ce qui marque l’actualité du pays en ce moment, c’est l’accusation portée contre le Parlement, qui a connu une scission. Quelles en sont les raisons ? Pensez-vous que la revendication de certains acteurs politiques de changer de Parlement soit judicieuse dans ce climat d’incertitude ?

Le Parlement est sous pression. Les Sadristes, c’est-à-dire à dire la plus puissante des milices islamistes chiites, se sont emparés de la lutte contre la corruption. Fin avril, ils ont attaqué et envahi le Parlement pour dénoncer la corruption. Depuis, la crise politique s’est aggravée, avec des affaires portées au plus haut niveau politique. Tout le monde cherche à se blanchir en montrant que le corrompu, c’est l’autre. Il y a des projets de révision de la Constitution, mais sans un souffle politique nouveau, ce sera un replâtrage de plus sur un édifice branlant. Le problème est moins de changer les députés que de changer les bases du système politique actuel. Il reste fondé sur les divisions ethniques et religieuses qui étaient le fondement de l’analyse des EtatsUnis en 2003 et, surtout, celui de la guerre civile. La plupart des députés se voient comme les représentants d’une communauté et non d’une nation, quand ils ne voient pas leur siè- ge simplement comme un moyen d’enrichissement personnel.

Le peuple irakien est-il piégé ?

Les Irakiens sont coincés dans une situation étrange. Au nord, le Kurdistan s’est développé au point d’être un pays complètement diffé- rent de l’Irak, mais les partis nationalistes au pouvoir ne veulent plus entendre parler d’indépendance depuis qu’ils détiennent une part du pouvoir en Irak - la présidence de la République. A l’ouest, l’EI, formé largement d’anciens officiers de Saddam Hussein, tient une partie du pays, qu’il gère avec l’administration locale et le soutien d’une partie de la population - en gros, les conservateurs que l’EI protège de la perte de leur droit de propriété sur leurs femmes. Et dans le sud et l’est, le gouvernement est divisé, contesté, avec le risque de voir des religieux chiites encore plus radicaux s’emparer du pouvoir en se présentant comme adversaires de la corruption et de l’Etat islamique, qui mène des attentats anti-chiites, rappelons-le.

Et la gauche irakienne, que préconise-t-elle aujourd’hui ?

La gauche irakienne a pris beaucoup de coups durant la guerre civile : assassinats de militants, exil des cadres, intimidations, impossibilité de manifester et même de se réunir. Cela affaiblit ses possibilités d’action. Elle se tient fermement sur quelques principes simples : refus des divisions ethniques et religieuses, laïcité, droits des femmes. Ce sont les fé- ministes qui sont les plus visibles et les plus combattives, parce que la quasi-totalité des forces politiques et militaires, même si elles se font la guerre, sont d’accord sur le fait que les femmes doivent être soumises aux hommes. Des rapprochements sont en cours au niveau des forces syndicales, particulièrement morcelées et affaiblies. Mais cette gauche irakienne a été abandonnée à son sort par l’essentiel de la gauche mondiale qui, au nom de l’anti-impé- rialisme, a souvent préféré soutenir n’importe qui se proclamait ennemi des Etats-Unis, y compris les sadristes et les anciens baâthistes qui forment aujourd’hui l’Etat islamique. Cet isolement est l’une des raisons de sa faiblesse actuelle.

Dernière modification le mardi, 09 août 2016 09:06

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