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dimanche, 19 février 2017 06:00

Equateur : Une présidentielle à l’issue incertaine

Écrit par Kahina Terki

Quelques 12,8 millions d’Equatoriens se rendent aujourd’hui aux urnes pour élire leur nouveau président ainsi que le vice-président, 137 députés et cinq représentants au Parlement, en présence de 224 observateurs internationaux dont ceux notamment de l’Organisation des Etats américains (DEA).

Le chef de l’Etat sortant, Rafael Correa, ne se représente pas après être resté dix ans au pouvoir. Selon les observateurs de la scène politique équatorienne, deux éléments importants sont à considérer dans cette élection présidentielle : la situation économique de ce pays pétrolier et confronté donc à la chute des prix du brut et la hausse du dollar, la monnaie d’échange avec l’extérieur, et l’annonce d’une course des plus serrées aux pouvoir sachant qu’aucun candidat parmi les huit en lice (lire encadré) ne semble se détacher ni avoir le charisme du président sortant alors que le taux des électeurs indécis est important. Pour l’emporter au premier tour, le successeur de M. Correa doit recueillir au moins 40% des voix, avec dix points d’avance sur le suivant. Lenin Moreno recueille 32,3% des intentions de vote, selon l’institut Cedatos, suivi de Guillermo Lasso (21,5%), de l’ex-députée de droite Cynthia Viteri (14%) et de l’ancien maire de gauche de Quito, Paco Moncayo (7,7%), rapportent les agences de presse. Mais le nombre d’indécis n’a jamais été aussi élevé, de 30 à 35%. Un second tour pourrait donc avoir lieu le 2 avril, pour la première fois depuis 2009 et la deuxième des trois élections de M. Correa. «Il n’y a jamais eu autant d’incertitude», a déclaré à l’AFP Franklin Ramirez, politologue de la Faculté latinoaméricaine de sciences sociales (Flacso), qui déplore «le faible enthousiasme, la distanciation et le mécontentement, dus pour beaucoup à des candidats plutôt insipides». Les premiers décomptes officiels sont attendus à partir de 20H00 locales (01H00 GMT lundi). Selon le président sortant Rafael Correa, chantre d’un «Socialisme du XXIe siècle», qui a utilisé la manne pétrolière pour redistribuer les richesses et moderniser les infrastructures, «ce qui est en jeu : ce sont deux visions de la société, deux visions du développement, deux visions de l’Etat». Selon les observateurs, la crise en Equateur a généré un profond malaise des classes moyennes sur fond d’âpre confrontation entre Rafael Correa et les milieux d’affaires, les défenseurs de l’environnement ou les médias.
Les électeurs vont devoir décider poursuivre la «Révolution citoyenne» de M. Correa, jusqu’alors considéré comme héritier du leadership latino-américain du Vénézuélien Hugo Chavez, ou de prendre un virage conservateur, à l’image de l’Argentine, du Brésil et du Pérou. Mais avec des conséquences sur la politique de voisinage du pays, notamment avec le Venezuela actuellement engagé dans un bras de fer avec les Etats-Unis et qui pourrait se trouver privé d’un soutien important à moins que la donne politique change à Caracas, ce qui semble aujourd’hui peu probable compte tenu de la pugnacité de Nicolas Maduro et de son gouvernement au pouvoir.


ASSANGELe cas de Julian Assange en jeu
A la lecture des comptes rendus des agences de presse et des centres d’analyse, qui suivent avec attention la campagne et le scrutin d’aujourd’hui, l’issue devrait se jouer entre le favori des sondages, l’ex-président Lenin Moreno, candidat d’Alliance Pays (AP, au pouvoir), et l’ancien banquier Guillermo Lasso, principal leader de la droite sous l’étiquette du mouvement Créant des opportunités (Creo – «Je crois»). «Le peuple équatorien (...) est décidé à continuer avec un processus qui ne sera pas stoppé», a toutefois assuré à l’AFP Lenin Moreno, 64 ans, qui a clôturé sa campagne jeudi dernier à Guayaquil (sud-ouest), capitale économique du pays. De son côté, Guillermo Lasso, 61 ans, toujours selon l’AFP, affirme «avoir la certitude qu’il va y avoir un second tour». «Nous allons gagner», a-t-il lancé lors de son dernier meeting, également dans la cité portuaire de la côte Pacifique. L’ex-banquier a appelé à «voter pour le changement afin de lutter contre la corruption», affirmant que le gouvernement «ne veut pas que nous sachions qui sont les bénéficiaires des pots-de-vin d’Odebrecht». Dans le cadre de l’enquête sur ce scandale, la justice américaine a révélé que le groupe de construction brésilien avait payé environ 33,5 millions de dollars entre 2007 et 2016 à des fonctionnaires en Equateur.
Personne n’est encore inculpé et le gouvernement a averti qu’il n’admettrait pas d’accusations «sans preuve», M. Correa estimant qu’elles ne sont que «les distorsions qui surgissent toujours en période électorale».
Un ex-ministre, Carlos Pareja, est toutefois mis en cause pour une autre affaire impliquant l’entreprise pétrolière publique Petroecuador, où a été mentionné le nom du vice-président Jorge Glas, candidat à sa réélection. M. Lasso s’est par ailleurs dit prêt, s’il est élu, à retirer l’asile à Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks réfugié à l’ambassade équatorienne à Londres depuis 2012. «Dans le cadre des droits humains et du droit international, nous ferons en sorte que M. Assange quitte l’ambassade (...) dans un délai de 30 jours après le début de notre gouvernement», a-t-il affirmé aux agences de presse.

 

TROIS CHOSES A SAVOIR SUR L’EQUATEUR


Longue période d’instabilité 
Ex-royaume indien intégré à l’empire inca, puis sous domination espagnole du XVIe siècle à 1822, l’Equateur est ensuite englobé dans la Grande Colombie de Simon Bolivar. 
A sa dissolution en 1830, il devient une république indépendante. Le pays connaît trois brèves périodes de dictature, dont la dernière a pris fin en 1979, avec l’élection du président Jaime Roldos Aguilera. Il n’en reste pas moins très instable. Entre 1996 et 2007, trois présidents ont ainsi été renversés.

La gauche au pouvoir
Avec Rafael Correa, professeur d’économie issu des couches populaires, s’ouvre une période d’équilibre inédite. Elu en novembre 2006, il prend ses fonctions le 14 janvier 2007 lors d’une cérémonie indigène, avec pour parrains le Bolivien Evo Morales et le Vénézuélien Hugo Chavez. 
Il est réélu en 2009 après l’adoption d’une Constitution renforçant notamment la mainmise de l’Etat sur l’économie, puis en 2013 pour un troisième mandat. 
Il ne brigue pas de quatrième mandat, invoquant des raisons familiales. 
Figure de la gauche sud-américaine, Rafael Correa a nargué Washington en accordant en 2012 l’asile au fondateur australien du site WikiLeaks, Julian Assange, réfugié dans l’ambassade d’Equateur à Londres.

Rente pétrolière en berne 
L’Equateur, plus petit membre de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), a connu grâce à ses revenus pétroliers des années de croissance économique s’accompagnant d’un recul de la pauvreté et d’une réduction des inégalités, plus rapide que dans le reste de la région. En 2015, la production pétrolière s’élevait à 543.000 barils par jour, représentant la moitié des exportations d’un pays comptant quatre milliards de barils de réserves prouvées.
Mais le cours du brut a lourdement chuté, le dollar s’est envolé, les monnaies des voisins et concurrents colombien et péruvien se sont dévaluées. 
En conséquence, l’Equateur qui a dollarisé son économie depuis 2000, a vu ses rentrées pétrolières fondre. La Chine, son premier financier étranger avec 17,4 milliards de dollars de prêts, s’est engagée à y investir davantage, notamment dans un projet pétrochimique. 
Fin 2016, l’Equateur a ratifié un accord de libre-échange avec l’Union européenne. Premier exportateur mondial de bananes, l’Equateur est également un grand producteur de café et de cacao.

Dernière modification le dimanche, 19 février 2017 00:09

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