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jeudi, 14 septembre 2017 06:00

Le consommateur, ce mouton de Panurge

Écrit par Hamid Bellagha
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La Fédération algérienne des consommateurs a divulgué les résultats des analyses biologiques opérées sur la viande putréfiée de l’Aïd. Ces analyses révèlent l’existence en quantité de bactéries, la pseudomonas aeruginosa, « coupables » de la putréfaction de la viande fraîche.

Selon la fédération, les animaux ont été forcis par une overdose de compléments alimentaires destinés à la volaille, avec, cerise sur le gâteau, si l’on peut s’exprimer ainsi, un mélange de ces compléments alimentaires avec les déjections de cette même volaille. Un mélange détonnant !
Ces résultats, que le commun des Algériens connaissait déjà l’année passée, téléphone arabe oblige, remettent sur la table l’impuissance de l’État à juguler les malversations des maquignons. Des personnes généralement incultes, mais dont la puissance de monopole et la force de nuisance laisserait rêveur les financiers de Wall Street. Tout comme le monopole sur la pomme de terre, de l’ail, des viandes rouges et blanches, les trafiquants en tous genres d’Aïn M’lila et Aïn Fakroun et...
les « banquiers » de Port Saïd à Alger ou la Brèche à Constantine. Un Etat qui promet tout et qui ne donne rien.
Tout comme l’obligation de payer par chèque les sommes dépassant 50 000 DA, le scanner sur les quais des ports, l’interdiction de fumer dans les lieux publics.
Autant de lois, et la liste n’est pas exhaustive, qui se sont vidées de leur substance avant même d’être appliquées.
Et ne l’ont jamais été. Aspect révélateur de l’impuissance des pouvoirs publics à appliquer les lois de la République, avec, malheureusement, en toile de fond, une complicité, peut-être tacite, mais ô combien réelle du citoyen, ce mouton de Panurge, si cher à Rabelais. Comment ne pas qualifier le consommateur de mouton de Panurge, quand notre homo, qui a cessé d’être economicus, se paye des courgettes à 300 DA, de l’ail à 1 500 DA, de la pomme de terre à 200 DA, un mouton, un vrai, à plus de 30 000 DA minimum pour le jeter à la poubelle par la suite. Et le hic, c’est que la majorité des victimes de la « bleuie » des moutons n’ont pas voulu porter plainte contre « de pauvres fermiers ». Du social mal placé que même l’UGTA ne ferait pas !
Car comment expliquer que la colère qui a suivi la découverte de la carcasse bleuie apaisée, que les pleurs des enfants dulcifiés, et que la vox populi édulcorée, ceux-là mêmes qui juraient ne plus jamais égorger de mouton, repartent vers de meilleurs sentiments envers le sacrifice. Et l’excuse est toute trouvée : « Je le fais pour me rapprocher de Dieu, et non pour bouffer de la viande. » A croire que tous les barbecues, osbanes, bouzellouf et autres brochettes sont gracieusement offerts aux nécessiteux. Du côté des vétérinaires, payés pour dire des âneries, il y a les conseils que l’on donne aux « martyrs » de la viande pétrifiée, dont la plus invraisemblable reste cette perle : « Prendre la carcasse du mouton, bien l’envelopper, après avoir versé dessus de la chaux, puis l’enterrer profondément, à plus d’un mètre, pour que les chiens ne puissent pas la déterrer. » On passe d’égorgeur de mouton à fossoyeur en un clap de couteau. Pour la circonstance, et vu la corpulence des moutons, il faudrait un cimetière en bonne et due forme, et que les citadins se transforment en ruraux pour pouvoir bénéficier d’un terrain de « funérailles », car il ne serait pas facile d’enterrer chez soi nos « chers » moutons vu que si l’on creuse, on se retrouverait ... dans le salon du voisin. Alors, pour remuer le couteau dans la plaie d’égorgement du mouton, on se rappelle cette citation tirée du roman Zuleika Dobson ou une histoire d’amour à Oxford (1911), de Sir Henry Maximilian Beerbohm, dit Max Beerbohm.
« On ne fait pas un homme en dressant un mouton sur ses pattes arrières. Mais en assignant cette position à tout un troupeau de moutons, on peut faire une foule humaine. »
Quand on vous disait mouton de Panurge...

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