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mercredi, 25 octobre 2017 06:00

entretien : Merzak Allouache, réalisateur : « ‘‘Madame Courage’’ et ‘‘Enquête au Paradis’’ toujours sans visa, une grande frustration »

Écrit par JACKY NAIDJA
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Reporters : Où en êtes-vous avec le cinéma aujourd’hui ?

Merzak Allouache : Comme vous le voyez, je suis toujours passionné par le cinéma et, ma présence au Cinemed, que je fréquente depuis mon tout début de carrière, prouve aussi ma fidélité à son festival dont j’ai bénéficié de toute son aide. Je continue à produire des films sur des sujets tirés souvent de tout ce que je vois. Je perçois en Algérie, comme dans mes deux derniers films « Madame Courage » ou « Enquête au Paradis », qui n’ont pas trouvé à ce jour de distributeurs depuis 2012 pour le premier, et 2015 pour le second. N’allez pas chercher loin, ils n’ont pas reçu encore de visa pour être sur les écrans en Algérie. C’est dire toutes les difficultés que les réalisateurs comme moi rencontrent face à des organismes de cinéma étatiques, complètement absorbés par l’administration et la routine. Je suis et reste dans une grande frustration.


D’où viennent alors ces carences ?
Elles viennent tout simplement de ce côté administratif lourd, routinier, lié au fonctionnement. Ce qui me rend beaucoup plus pessimiste sur l’avenir du cinéma, dont on attend beaucoup et notamment sur cette jeunesse un peu « orpheline », bafouée par la décennie noire, pas beaucoup formée ou alors sur le tas, qui a des projets de films, qui travaille et qui n’y arrive pas à cause de blocages certains. Car on fonctionne comme il y a quarante ans, avec les mêmes méthodes, avec le même environnement. Et cet environnement-là, le plus proche du cinéma et des gens du cinéma, ne me plaît pas du tout. Je le dis en toute sincérité. Les films, c’est comme les livres, ils sont faits pour être vus et lus. Cela dépend le plus souvent de l’aide financière que l’on attribue à tel ou tel projet de film. Et cette aide tarde le plus souvent à venir au point de décourager les bonnes volontés. Après l’indépendance, on était dans la censure, avec des cinéastes « fonctionnaires » de l’Etat qui produisaient ou pas, mais qui étaient payés. Aujourd’hui, c’est un autre monde avec le numérique et Internet, où on a en Algérie des cinémas complètement abandonnés, désaffectés. C’est à peine si on commence à faire un travail dans cette direction, alors qu’on aurait dû l’entamer il y a quarante ans. Un public de plus en plus éloigné des salles obscures, qui ne suit pas et pour ceux qui font des films, l’argent ne vient pas, en tout cas, pas là où il faut. C’est que le cinéma n’est pas une vraie priorité. Il y a ce cinéma de guerre de libération qu’on aide beaucoup, ce cinéma de films du mois de Ramadhan aussi, qui se créent ici ou là à la va-vite et qui sont aidés, ou encore ces grands événements, comme celui de « Constantine, capitale arabe », avec d’autres films de célébration qui ont engrangé des sommes énormes. Au point qu’on voit une grosse partie de la production de films algériens piratés, duplicatés et vendus sur le marché parallèle. Mieux encore, des jeunes cinéastes ou vidéastes qui mettent des films sur youtube et ça prospère bien. C’est là aussi une grande responsabilité que l’autorité en place ne prend pas.


Et votre passage en ce moment au Cinemed Montpellier ?
Voyez-vous, je suis très fier et heureux d’être là, au Cinemed, pour échanger, écouter ce monde du cinéma, y compris les apprenants des lycées classe cinéma, qui sont débordants de vitalité et de curiosité. C’est comme ça que j’aime le cinéma, ouvert au monde, à la Méditerranée avec laquelle, sans nul doute, il va falloir construire un autre avenir. Avec l’Afrique aussi, et son potentiel énorme de jeunes qui ne demandent qu’à apprendre. Je suis aussi très fier de voir tous mes films projetés dans ce festival devant le grand public de Montpellier qui leur a réservé un accueil chaleureux. J’en suis reconnaissant surtout pour « Enquête au Paradis » qui a été projeté ici et pas encore en Algérie. Ce même film est en compétition au Festival arabe à Los Angeles aux Etats-Unis. Je tiens à dire, ici, toute ma reconnaissance au Cinemed et à ses organisateurs.


Quelles sont vos impressions à propos de ce projet de restauration de films engagés par les autorités ?
C’est une très bonne initiative et elle était attendue depuis longtemps. Personnellement, j’ai deux films dans ce cas précis. Attendons de voir avec les labos italiens, qui sont en possession de nos archives de films de 1982 à 1985, et ceux des labos Eclair, qui ont la main sur la conservation de nos archives de films. En tous cas, je prends cela comme une avancée positive pour l’avenir de nos films.

Dernière modification le mercredi, 25 octobre 2017 02:41

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