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jeudi, 14 septembre 2017 06:00

Roman Littérature / «Le Temps des Grandes rumeurs» de Amar Ingrachen : «Ecrire pour dissiper le brouillard»

Écrit par Hedia Bensahli
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Un roman qui restitue le brouillard qui empêche les Algériens de se voir, de voir le chemin qui les mène vers leur destin, leur avenir, un brouillard qui les enferme dans l’incertitude d’un présent flottant. Amar Ingrachen, ce jeune écrivain, commence en mettant la barre bien haut pour un premier roman, «Le Temps des Grandes rumeurs».

Un titre très approprié pour évoquer cet Alger, symboliquement assiégé, et ses gens enveloppés chacun dans la nébuleuse de sa vie intérieure, où germe un noyau de conscience incertaine. C’est un livre, dont la lecture laisse l’impression d’avancer dans un grand brouillard… Quelques trouées donnent à voir l’expression d’un mal-être nébuleux, révèlent un malaise flottant de quelques anonymes, perdus dans les méandres plus que tortueux de la recherche de soi dans une ville qui n’en est presque pas une. Elle se limite à une maison-geôle, un appartement et un café. Même Maras, le monstre, ne comprend pas son nom et se cherche dans la violence répressive des gens qui pourraient déranger. Il personnifie la terreur qui rend les individus hagards, mais suit son parcours sinistre en donnant l’impression que son projet, ses causes et son but se confondent : terroriser en terrorisant, pour terroriser. Il y a bien des tentatives de suées révolutionnaires, il arrive que les individus deviennent citoyens, l’espace d’une rencontre, mais ne suintent chez les auditeurs d’une assemblée organisée pour éclairer et réveiller les consciences que des applaudissements, l’effet sur le quotidien est nul. C’est un monde où les esprits flottent parfois, oscillent par moment, mais sans trouver d’attaches fondées pour arrimer solidement des actions véritablement révolutionnaires. Une sorte de profonde léthargie qui empêche toute action séditieuse commune, peut-être salvatrice. On ne sait pas. Les personnages ne savent vraiment pas non plus. Ils se cherchent parfois dans Maras, cette sorte de génie maléfique, terrifiant, qui donne paradoxalement une raison de vie, une raison d’être, un repoussoir certain, à défaut d’un projet novateur. Il comble le vide sidéral du « temps qui passe et les dialogues creux ». Cette sur-généralisation du malaise offre l’opportunité aux personnages, tous tétanisés par l’angoisse, de ne pas se sentir en fin de compte seuls dans leur marasme ; ils s’accordent, à défaut de mieux, une illusion de « vivre » en s’abandonnant, parfois la mort dans l’âme, parfois par fatalisme, dans une sorte de nouvel ordre normé qui confisque leur destin. Les quelques rares agitateurs sont tués, les autres végètent avec parfois quelques sursauts qui finalement ne mènent pas loin. Et puis, il y a le « fou» Fercha, dont les propos sont à part dans le texte, le fou lucide, le fou singulier, le fou dont trop peu de gens comprennent la sagesse, cependant, pas assez pour que la Révolution soit possible… Et l’on reste là, noyé dans les rumeurs floues et angoissantes, dont la lecture devient plus que troublante...

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