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samedi, 11 août 2018 17:05

Spectacle musical «L’Amour est ma croyance» : Hymne à l’espoir et la paix, la démarche humaniste de Salim Dada

Écrit par Sihem Bounabi
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L’université de la Sorbonne a diffusé, dernièrement, sur son site officiel, un reportage relatant la création du spectacle musical «L’Amour est ma croyance», du compositeur algérien, musicologue et musicien poly-instrumentiste, Salim Dada. Largement diffusé sur les réseaux sociaux et relatant cette aventure humaine portant des messages positifs, d’espoir et de paix à travers la création de multiples passerelles consolidées par des valeurs humanistes telles que la tolérance, la bienveillance et l’amour universel.

Un reportage vidéo, diffusé sur le site Internet de l’université de la Sorbonne, raconte les coulisses de la création du spectacle «L’Amour est ma croyance», composé par le chef d’orchestre et musicologue algérien Salim Dada, pour le Chœur et Orchestre Sorbonne Université (Cosu), réunissant chaque année une centaine de jeunes musiciens, enthousiastes et passionnés, autour d'un projet musical ambitieux. Le Cosu a initié le projet «L'Amour est ma croyance» de Salim Dada dans le cadre du concert «Au croisement des cultures».

La pièce est composée d’une partition écrite pour un orchestre symphonique, des musiciens traditionnels qui vont lire mais aussi improviser, ainsi que la voix de la soliste marocaine Karima Skalli, qui fait le lien entre les deux mondes, chanté-parlé, lyrisme-tarab, «le tout sur un texte ultra-humaniste d’Ibn Arabi en hommage à l’amour», souligne le compositeur algérien dans la présentation de cette œuvre inédite.

La poésie d’Ibn Arabi pour un dialogue universel

Sur le site de l’université, on peut retrouver tout un dossier consacré à cette belle aventure humaine, dont une interview du compositeur, qui souligne : «J’ai été frappé par son Traité de l’Amour, que l’on peut prendre comme de l’amour humain ou de l’amour charnel mais aussi dans une dimension plus spirituelle, plus mystique, voire l’amour du divin. Et c’est cette plurifonctionnalité du texte qui m’a attiré : écrire un texte et donner la possibilité à chacun de le concevoir et de l’interpréter à sa manière». Salim Dada ajoute, à propos de la beauté de la poésie d’Ibn Arabi, que «le texte de ‘‘L’Amour est ma croyance’’ parle de l’amour car c’est quelque chose qui me tourmente depuis des années et je pense qu’on vit dans un monde où on parle beaucoup d’amour sans pour autant le manifester et l’exprimer. Il suffit de regarder les images que nous renvoient les médias et le débat public, ce sont surtout des informations mettant en avant la violence, le terrorisme, la bêtise humaine, au détriment des messages positifs, d’espoir et de paix».

Ainsi, il poursuit, pour souligner l’importance de mettre en valeur ce genre de texte : «Je crois qu’il faut faire prévaloir ces choses-là, non seulement pour contrebalancer mais parce que les gens en ont besoin, comme ils ont besoin de sortir des isthmes trop barricadés et cloisonnés : Orient/Occident, Islam/chrétienté, Nord/Sud. Car finalement on est tous des êtres humains et si on réduit les besoins de l’être humain au minimum, on tombe sur des fondamentaux qui sont partagés par tout le monde et dont l’amour fait partie.»

La recette d’un savant mélange tout en harmonie

A partir du texte, sur lequel il voulait composer, s’ajoute l’idée de la «wasla», une suite de chants et de parties instrumentales dans la musique arabe et moyen-orientale, que l’on retrouve également au Maghreb et en Asie centrale sous différentes appellations, nawba, radîf, fâçel, mugâm… Pour Salim Dada, toutes ces grandes formes - figées peut-être, mais très élaborées avec leurs variations infinies et leur développement toujours graduel - ont la particularité d’épouser un chemin inspiré, celui de la progression et de l’ascension vers un idéal, «d’un état terrestre et matériel vers quelque chose de plus céleste, plus spirituel, à l’image des maqamat dans la tradition soufie». souligne-t-il. Tel qu’il le précise, il utilise donc divers ingrédients pour que ce chemin se fasse de manière progressive et spontanée. En expliquant : «Bien sûr, si on retranscrit cette apothéose sur la vie d’un être humain, elle peut se reproduire plusieurs fois, voire même durer toute une vie. Là, en musique, on va la concrétiser en 20 minutes et synchroniser cette montée sur le texte.» Ainsi, le musicologue algérien a savamment utilisé des instruments traditionnels arabes, à l’instar du luth, de la flûte et des percussions, la voix de la chanteuse marocaine, Karima Skalli, le tout mêlé à un orchestre symphonique, en relevant le défi de créer une harmonie entre les différentes méthodes d’écriture, de jeu et de gammes. Il a souligné à ce propos que «la voix mezzo-soprano de Karima Skalli est une des meilleures voix actuelles dans le Monde arabe, avec un solide parcours mêlant le chant classique arabe de la première moitié du XXe siècle et un répertoire personnel basé sur la poésie soufie (Ibn Arabi, Al-Hallâdj, Ibn al-Fâredh...)». Il ajoute que «c’était important aussi d’avoir des instrumentistes traditionnels arabes avec cet orchestre-là. Notamment, parce que c’est essentiel pour la chanteuse; elle chantera différemment, peut-être de manière plus lyrique s’il n’y a pas le takht arabe. Je veux surtout obtenir d’elle son côté tarab, ce chant arabe passionné et déchirant pour justement avoir un mélange esthétique, formation arabe traditionnelle et orchestre symphonique occidental»

L’idée avec ce mélange était de pouvoir jouer sur la pluralité des timbres, mais aussi sur des formes plus libres. Par exemple, le début peut être appelé « Introduction », mais Salim Dada l’appelle «Istihlâl», initiation. Ce sont les premiers pas initiatiques dans la voie mystique et qui exigent une manière de procéder particulière. Il fait appel aux premières notes du mode, en installant une atmosphère où il fait dialoguer l’ûd et l’orchestre en question/réponse.

La deuxième partie peut être considérée comme un récitatif, mais c’est, en fait, un «mawwâl». A la différence du récitatif qui est écrit mais interprété de manière parlée-chantée, un «mawwâl» exige une part d’improvisation de l’interprète que le compositeur a souhaité conserver entre les notes. Arrivé donc à la troisième partie, dite « ibtihâl », invocation ou litanie, le chant reprend sa mesure, sa verticalité et l’orchestre lui servira de support et de correspondant, à l’instar des partitions lyriques, jusqu’au quatrième mouvement «hâl», état de paroxysme.

Plusieurs projets à l’horizon 2019

Artiste prolixe aux multiples talents, Salim Dada est en ce moment sur plusieurs projets, dont la bande originale du prochain film de Yamina Benguigui, « Sœurs », avec Isabelle Adjani, Maïwenn et Karima Brakni. Il s’agit d’une fiction-drama, une autobiographie collective sur des histoires d’immigration, de chagrin familial et de dispersion identitaire.

Il est également en préparation de deux disques monographiques. Le premier est celui de ses œuvres pianistiques, avec un extraordinaire pianiste italien, Antonino Siringo. Dans son disque, il dédie au pianiste italien une suite de dix pièces didactiques qu’il a appelées « Le Piano bien percuté». Le deuxième disque sera une monographie quartettiste : « le Quatuor n°1 Fine dell’inizio », du cycle « Miniatures algériennes » et un deuxième quatuor qu’il va écrire pour le disque, dix ans après le premier. Ce disque va être enregistré avec Takht Dada. Avec l’orchestre Divertimento, il est aussi prévu pour 2019 le projet d’une œuvre hybride, un peu comme «L’Amour est ma croyance». Cette fois avec une chanteuse flamenca, une guitare espagnole, un nây turc, des percussions nord-africaines et un orchestre à cordes. Cette œuvre s’appelle « Miró il rayo oriental » sur des textes d’Ibn Arabi traduit et chanté en castillan. En attendant, le compositeur nous confie que durant cet été, tout en étant près de sa petite famille, il est sur l’écriture d’une notice sur les instruments traditionnels algériens à paraître chez Zaki Bouzid pour un beau livre consacré à la musique algérienne. Il poursuit également l’écriture de sa thèse de doctorat consacrée à l’appel à la prière, ladhan, dont il vient de finaliser un chapitre sur l'histoire de la mosquée et du minaret notamment. Salim Dada confie également qu’il s’efforce, dans la mesure du possible, de se libérer de tout engagement musical (composition ou scène) jusqu'à l'automne afin de pouvoir se consacrer à la finalisation de la rédaction de sa thèse. Un sujet passionnant sur lequel on reviendra certainement plus en détails.

 

Parcours : Dada, un artiste prolixe à la carrière surprenante

Compositeur, musicologue et musicien poly-instrumentistes (guitare, kwitra, ‘ud, buzuq, ukulélé, percussions…), Salim Dada est d’abord médecin de formation, dessinateur et peintre de passion. Après une dizaine d'années d’apprentissage et de composition en autodidacte, il étudie l’écriture musicale avec la théoricienne Gulnara Bouyagoub, à l’Institut national supérieur de musique à Alger, et le compositeur Jean-Luc Kuczynski à l’école d’écriture et de composition musicale à distance «Polyphonies», en France ; la direction d’orchestre avec le maestro Guido Maria Guida au Conservatorio Statale di Torino et la musicologie à l’université Paris-Sorbonne où il obtient une maîtrise et un grade de master en recherche en musique et musicologie.

Depuis, il prépare une thèse de doctorat en ethnomusicologie sur « Al-Adhan : l’appel à la prière en islam », dirigé par François Picard à l’université Paris-Sorbonne et l’Institut de recherche en musicologie (CNRS, BnF). En tant que compositeur, entre 2006 et 2009, Salim Dada était le premier à être nommé compositeur en résidence de l’orchestre symphonique national d’Algérie. Durant cette période, il a créé sept œuvres symphoniques de différentes factures, dont « Fantaisie sur un air andalou pour flûte et orchestre ». Depuis 2011, il est compositeur en résidence de l’orchestre symphonique divertimento dirigé par Zahia Ziouani. Avec cet orchestre, il a créé plusieurs nouvelles partitions, dont la plus récente, composée en 2018, est la danse symphonique « Taous pour nêy et orchestre».

Compositeur prolifique, membre de la Sacem et de l’ONDA, Salim Dada a à son actif plus d’une centaine de compositions (symphonique, musique de chambre, takht arabi, guitare, soli, musique pour image, musique didactique, etc.) qui ont été primées et jouées par plusieurs orchestres et formations dans plusieurs pays du monde. Il a également signé des bandes originales d'importants films, tels que « Ben Boulaïd», « Augustine, Son of Her Tears » et « Ibn Badis.

A la fin 2014, Salim Dada revient en Algérie et rejoint en tant que chercheur musicologue le centre national de recherches en préhistoire, anthropologie et histoire (CNRPAH) à Alger et devient, en 2015, responsable du laboratoire d’organologie au centre des études andalouses à Tlemcen (annexe CNRPAH).

Il enseigne également guitare, formation musicale, analyse musicale et direction d’orchestre à l’ENS-Kouba, l’INSM-Alger et la Garde Républicaine algérienne. En 2018, l’Office national des droits d’auteur et droits voisins (ONDA) le nomme président de la commission d’identification des œuvres musicales.

Pour rappel, en 2016, le compositeur algérien a été récompenséau Cairo House Opera lors du 25e Festival et Congrès de la musique arabe pour l’ensemble de son œuvre et son apport à la musique arabe contemporaine.

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