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jeudi, 10 janvier 2019 09:59

Ghoulem Berrah, un Algérien si particulier !

Écrit par Nordine Azzouz
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Chez le premier président de Côte d’Ivoire, la distinction entre «étrangers» et «nationaux» n’avait pas d’objet ni de sens, disait-on dans les nombreux commentaires de journalistes et de chroniqueurs en tous genres qui épiloguaient sur sa disparition et la fin de son règne en 1993.

Quand on se penche sur l’histoire de ce beau pays d’Afrique de l’Ouest, devenu aujourd’hui pour l’anecdote une destination rêvée pour nos patrons de PME, on se rend compte que le cabinet du père de l’indépendance ivoirienne était véritablement international !
Bon ou mauvais, curieux ou pas, le goût qu’avait dans l’exercice du  pouvoir et du gouvernement Felix Houphouët-Boigny pour le cosmopolitisme est en tout cas surprenant et a dû certainement occupé la réflexion de ses compatriotes. Mais passons.
Parmi les proches de l’autocrate qui a dirigé la Côte d’Ivoire pendant 33 ans, il y avait des Français dont certains avaient survécu sur place au basculement de 1960 et de l’émancipation du pays de la tutelle coloniale de la France alors que d’autres l’ont rejoint dans le cadre des réseaux actifs de la Francafrique au sens qu’on lui donnait aux temps lointains où un Jacques Foccart officiait à l’Elysée.
Il y avait également des ressortissants d’horizons levantins et africains au fil desquels on retrouve des Maliens et des Algériens ! Deux précisément : Alain Belkiri, natif de Souk-Ahras et issu de la haute administration coloniale en Algérie et en Côte d’Ivoire où il a occupé le poste de secrétaire général du gouvernement ivoirien de mai 1958 à novembre 1990, et Ghoulem Berrah, originaire d’Ain Beida et venu, lui, des milieux militants FLN au Maroc duquel il partit étudier aux Etats-Unis avec une bourse de l’ambassade de ce pays à Rabat avant d’atterrir en 1965 au poste de «conseiller personnel» du président Houphouët.
Le récit autobiographique «Un rêve pour la Paix» qu’il nous a laissé après sa mort en 2011 à Fort Lauderdale en Floride où il résidait avec sa famille après sa retraite vient d’être réédité à la fin de l’année 2018 par les Editions Dalimen après une première publication en octobre de la même année aux éditions de l’Archipel en France. Il nous informe que sa première rencontre avec le premier président ivoirien date de mai 1962 à Washington lors d’un dîner d’Etat organisé par le couple Kennedy en l’honneur d’Houphouët-Boigny en visite d’Etat aux Etats-Unis.

«L’Amérique n’a pas autant besoin de vous que l’Afrique»
Le docteur Berrah, qui y faisait des études en microbiologie en Indiana puis de médecine qu’il a enseigné plus tard à Yale notamment, rencontre pour une deuxième et déterminante fois le président Houphouët Boigny à l’hôtel Waldorf Astoria de New-York.
L’entrevue se fera par l’intermédiaire d’un ami ivoirien, le sésame qui lui ouvrira les portes de la présidence ivoirienne et du Tout Abidjan après l’avoir rencontré lors de ses études à Bordeaux avant l’appel du FLN aux étudiants algériens en 1956. Elle se fera, racontait-il, dans une atmosphère «familiale» avec des questions sur ses «études, la Révolution algérienne», ses «projets» et une offre de service : «l’Amérique n’a pas autant besoin de vous que l’Afrique, nous sommes en pleine construction, venez nous aider et lorsque vous serez fatigué, vous serez libre d’aller où vous le souhaitez. Nous avons beaucoup de choses à faire ensemble», lui dira le président Houphouët-Boigny.
La suite est digne d’une fresque romanesque qui fera du médecin algérien un «fils spirituel» du président ivoirien, son «confident» et un homme-monde au service de la diplomatie ivoirienne. Elle commencera après un bref retour en Algérie (dix jours) et une déception durable du benbellisme qui le conduira à nouveau aux Etats-Unis puis en Côte d’Ivoire en 1965. Pour le chef de l’Etat ivoirien qu’il ne quittera plus jusqu’à sa mort, il accomplira des missions auprès de nombreux leaders de l’époque : Nixon, Kissinger, Jimmy Carter, Ronald Reagan, Siad Barré, Yasser Arafat, Itzhak Rabin, Shimon Peres, Bruno Kreisky et Houari Boumediene.
A propos de ses missions commandées auprès de l’ancien chef d’Etat algérien, il a prétendu en des termes qui méritent un vrai débat sur l’histoire de la diplomatie algérienne en Afrique avoir contribué à établir un «axe Alger-Abidjan» et d’avoir été à l’origine d’un rapprochement entre Boumediene et Houphouët-Boigny – deux personnalités et des convictions que tout opposait- à partir du sommet de l’OUA à Addis-Abeba en 1973 (qui fera oublier le rappel par Alger de son ambassadeur en Côte d’Ivoire en 1969). Et qui se confirmera, selon l’autobiographe, au Sommet des Non-alignés en septembre 1973 à Alger où, pour éviter une crise diplomatique entre La Havane et Abidjan, glissera-t-il comme une anecdote croustillante, Boumediene fera couper le son du casque de traduction du président ivoirien pour qu’il n’entende pas les invectives proférées contre lui par son homologue cubain Fidel Castro qui le considérait comme un vassal de l’impérialisme occidentalo-américain.
L’anecdote mérite d’être vérifiée auprès des Algériens qui étaient engagés dans l’organisation du sommet historique de 1973 durant lequel la diplomatie algérienne a pu rapprocher pour un temps l’Irak de Saddam et l’Iran du Shah. Mais, vraie ou fausse, le 7 novembre de la même année la Côte d’Ivoire rompt ses relations avec Israël «par solidarité avec ses frères arabes», «beaucoup pour vous qui êtes honnête et par le souci de l’unité de notre continent», dira le président Houphouët au président Boumediene selon Ghoulem Berrah qui se décrit en militant du «dialogue arabo-africain». Mais pas uniquement. Celui qui fut un fervent musulman, époux d’une ivoirienne, catholique fervente qui reçut la communion des mains du Pape Jean-Paul II, son «grand amour Titi» qu’il épousa en seconde noce après un premier et bref mariage raté avec une Palestinienne, était un homme qui n’avait pas de barrière religieuse. Il était à l’aise aussi bien dans une mosquée que dans une église ou une synagogue. Les passages relatifs à sa vie privée sont toutefois un peu ennuyeux, voire lassants à cause du romantisme ampoulé qu’il met à raconter sa rencontre, sa rupture puis ses retrouvailles avec la femme de sa vie. Ils restent en lien avec l’étonnante carrière internationale qu’il a eue aux quatre coins du monde au service d’Houphouët-Boigny et des contacts qu’il cherchait à établir, singulièrement, laisse-t-il entendre, entre Palestiniens et Israéliens et leurs parrains américains en multipliant les contacts avec Rabin, le président Arafat et Issam Sartawi qu’il décrit comme un ami : «Un pragmatique» qui venait se détendre chez lui à Abidjan pour écouter «Strangers in the night» de Sinatra, sa chanson favorite, avant de rencontrer le président ivoirien (nous sommes en 1974) pour avis avant d’aborder d’autres contacts israéliens et occidentaux.
Issam Sartawi, médecin comme Ghoulem Berrah, et comme Houphouët-Boigny, a été assassiné en avril 1983 par un membre du groupe Abu Nidal au Portugal. En cet ancien combattant converti à la diplomatie et à la recherche de la paix avec l’ennemi israélien, M. Berrah, qui assista à ses funérailles à Amman, y voyait à juste titre un précurseur des accords d’Oslo. Sur cette entente désormais morte et enterrée, il ne révèle rien d’important si ce n’est le rôle, essentiel selon lui, qu’il attribue à Houphouët-Boigny auquel il vouait un culte qui n’était pas du goût de tout le monde à Abidjan où derrière sa mission de «confidentiel exclusif» du président ivoirien et son homme des relations avec les pays arabes et islamiques il passait pour un grand intriguant… Mais cela n’est pas dit dans l’autobiographie. Qu’il faut lire.

Ghoulem Berrah, «Un rêve pour
la Paix», Editions Dalimen, Alger.
1200 DA

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