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jeudi, 10 janvier 2019 09:38

Portrait : Amin Zaoui met le paquet

Écrit par Azzedine Mabrouki
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Un soir, chez moi, Amin Zaoui est venu boire un thé chinois et m’a offert son livre qui venait de sortir. En partant, je lui ai demandé s’il a aimé mon thé. Il m’a répondu : «C’est chinois !» Un brin provocateur, cet érudit sinophile qui possède sans aucun doute Lu Xun, Confucius, Lao She, Mo Yan dans sa bibliothèque et qui ne veut que du bien au monde et en particulier au pays de Xi Jinping.

Quel brave homme, ce cher Amin Zaoui ! La crème des écrivains. Il ignore la jalousie. Toujours éloigné de l’envie, la médisance, la bassesse. L’autre jour, Amin Zaoui était le premier à féliciter chaleureusement les lauréats du prix littéraire Assia-Djebar. Il y a peu d’écrivains, comme lui, peut-être pas un seul qui n’a pas d’ennemis. Amin Zaoui, c’est mon voisin du Télemly à Alger. Mais je le croise très rarement. Son temps est très pris. Tout en assurant la création de ses romans et d’autres travaux littéraires, comme sa célèbre chronique «Souffles», paraissant chaque jeudi dans un quotidien national, Amin Zaoui fait des parenthèses. Il possède un certain génie d’être là où on le croyait ailleurs. Le voici à l’université d’Alicante, en Espagne, où il savoure du haut de sa chaire la vue d’un amphithéâtre plein à craquer d’étudiants venus à sa conférence. A Alicante, du même coup il préside à une soutenance de thèse de doctorat dans la même université. En l’espace de peu de jours, Amin Zaoui est à Tunis, Oran, Mascara, Chemini dans la wilaya de Béjaïa. Il signe ses livres et parle devant des salles pleines.
Avec ses cheveux longs, on le prendrait pour un bohème. Un bohème avec une verve, une truculence intarissables. C’est dans son beau roman «L’Enfant de l’œuf», que le héros, un chien appelé Harry, boit de la Vodka et urine sur une pile de quotidiens nationaux posés sur le balcon. (Zaoui adore les chiens, animaux littéraires peut-être). Un bohème courageux : «Souffles», arme de combat et de résistance. Adonis, l’ami d’Amin Zaoui, a écrit : «Miroirs sont les chroniques / Miroirs brisés les civilisations.»
Cette chronique «Souffles», intelligente, érudite, politiquement hardie, traque le vent pernicieux salafiste qui traîne sous les minarets. «Souffles» aborde aussi le bilinguisme, Nouria Benghebrit, Cheikh Ben Badis, Déesses algériennes (hommage à la femme) et de nombreux autres thèmes d’actualité liés à l’éducation, aux libertés, à la corruption, à la langue tamazight, car Amin Zaoui veut que l’Algérie soit reconnue dans toutes ses composantes. Mais comment Amin Zaoui organise-t-il son temps sans se fatiguer, sans s’épuiser, en étant tout le temps en mouvement ? Cela tient du miracle. Il surgit à l’aéroport d’Alger. A Tunis, on l’attend. Autour de lui, l’assistance tunisienne est nombreuse. Amin Zaoui déborde de joie à la fin de la conférence. On voit sa photo sur Facebook. Sans crier gare, l’écrivain intrépide est déjà de retour au Télemly, s’abime dans son prochain roman et prépare sa prochaine virée. On dirait qu’il mène sa vie à la baguette. Ce globe-trotter littéraire est aussi docteur en littératures maghrébines comparées. Il a enseigné à l’université, dirigé la Bibliothèque nationale à Alger et le Palais de la culture à Oran. Il a produit des émissions littéraires à la télévision. Il a publié en langue arabe au moins dix grands romans.
De haute taille, élégant, les photos le montrent dans les librairies pour les dédicaces de ses livres. Parmi ceux parus en français, «L’Enfant de l’œuf», «Le Miel de la Sieste», «Incendie au Paradis», «La Chambre de la Vierge Impure», «Festin de Mensonges», «Le Dernier Juif de Tamentit». Amin Zaoui a écrit beaucoup de romans sur les vices, les beautés et les vacarmes du monde. Quand c’est un sujet historique, son travail consiste à s’appuyer sur des faits réels, sérieux. A côté de lui, on trouve parfois sur les tables des libraires des écrits «historiques», des témoignages, une littérature pitoyable, du plus haut comique. Il s’est passé beaucoup de temps, des siècles, depuis que Tamentit était un fleuron de coexistence dans l’Algérie ancienne. Ibn Battuta le dit aussi. Mais quel autre auteur algérien, à part Amin Zaoui, aurait été capable d’écrire un livre aussi étourdissant de savoir (historique), d’humour, d’exubérance, de poésie ? «Le Dernier Juif de Tamentit» raconte les beaux jours du Touat. Tamentit, c’est une cité au cœur du Touat. Avec une sincérité admirable, Amin Zaoui nous dit ce que Tamentit doit à ses habitants juifs. C’était l’époque médiévale, la Route de l’or, la dynastie des Zianides de Tlemcen. Au milieu des palais, des bibliothèques, des fondouks, les Zianides bâtissaient des synagogues et des mosquées.
Les Subsahariens, les Berbères, les Arabes, les Juifs vivaient côte à côte dans l’harmonie et le respect. Certains faisaient du commerce. D’autres s’adonnaient aux choses de l’esprit, lisant et commentant Ibn Khaldoun, Al Moutanabi, Ibn Hasm, Apulée… On avait oublié facilement cette histoire, les beaux jours de Tamentit. Amin Zaoui nous la redit. On la découvre avec étonnement. Amin Zaoui était-il le seul romancier à savoir tous ces détails aussi piquants de la vie et des mœurs de l’histoire de Tamentit ? Sûrement pas. Mais c’est lui seul, à ma connaissance, qui la fait revivre avec son élégance et sa passion.
Depuis Alger, Amin Zaoui mène une guérilla pacifique et littéraire. Il met le paquet. Les attroupements qu’on voit à ses colloques n’ont rien de séditieux. On trépigne certes sur les sièges, comme je l’ai vu l’autre jour à l’Institut Cervantes d’Alger, mais c’est parce que la littérature, la poésie ne laissent pas impassible.
On ne croise guère Amin Zaoui dans le métro d’Alger. Il n’a pas le temps. Mais on rencontre ses livres. La veille du Nouvel An, en route vers le Jardin d’Essai, j’ai vite remarqué ma voisine plongée dans un «Zaoui». Si le hasard sourit à ce point, il était temps de commettre le présent portrait. Auquel je songeais déjà.

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