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jeudi, 13 septembre 2018 06:00

Chronique des 2Rives : A l’heure des écrans en lutte : REFLET ET MISE A NU

Écrit par Abdelmadjid KAOUAH
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Aussi loin que remontent les souvenirs, le cinéma  a une place de choix dans la vie de plusieurs générations d’Algériens. La nôtre, née au milieu du XXe siècle, a grandi  à l’indépendance,  en quelque sorte,  avec l’essor du cinéma, de toutes origines.

Américain, latino-américain, européen de l’Est, russe, arabe... Quoiqu’on en dise, le cinéma des pays d’Europe de l’Est eut ses heures de gloire et des réalisateurs prestigieux, que l’Occident n’a pas manqué d’ailleurs de «récupérer». Ce fut une chance en Algérie de pouvoir le découvrir.

L’HEURE DES BRASIERS
Qui de notre génération ne se souvient de ce cinéma soviétique sortant de la dite glaciation stalinienne, ravissant à Cannes, la Palme d’or en 1959 avec «Quand passent les cigognes» ? Un cri contre l’horreur de la guerre et un plaidoyer pour la paix et l’amour. Nous étions loin d’être conscients, à peine dans la prime jeunesse, que deux systèmes politiques se menaient une guerre d’idées et d’images impitoyable par écrans interposés. Autre chance, plus tard, celle de la proximité politique et culturelle de l’Algérie avec les pays latino-américains les plus progressistes de l’époque, Cuba de Fidel Castro, Brésil, avant le coup d’Etat militaire de 1964, le Chili de Salvador Allende - sans oublier le vétéran du continent, le cinéma mexicain et les irradiants cinémas argentin et cubain, avec notamment le manifeste cinématographique «La Hora de los hornos» de Fernando Solanas, «L’heure des brasiers», de «Mémoires du sous-développement» de Tomas Gutierrez Alea, l’emblématique «Le Sang du Condor» du Bolivien Jorge Sanjines. «La Bataille d’Alger (1966), mise en scène par Gillo Pontecorvo annonçait et s’inscrivait dans ce souffle libérateur.
Plus tard, nous vivrons avec étonnement et enthousiasme la grande déflagration brésilienne qu’apportait le cinéma novo. Mention particulière à «Antonio Das Mortes» de Glauber Rocha, qui avouait «Je n’ai pas honte de dire que mes films sont produits par la douleur, par la haine, par un amour frustré et impossible, par l’incohérence du sous-développement».
Mais quid du cinéma arabe ?
Je nous revois à peine adolescents faisant la «chaîne» devant l’incontournable cinéma «arabe», le «Gamrazad», comme on disait «café maure», pour voir un mélodrame flamboyant.

LES DUPES DE L’HISTOIRE

Mais déjà Salah Abou Seif, Youcef Chahine (qui commença sa carrière en filmant Farid El Atrèche) donnaient à voir une autre Egypte que celle de «Hollywood sur Nil» que les studios Misr, sous Farouk, avaient popularisée. Avec notamment «Bab El Haddid», «Gare centrale» et «Bidaya wa Nihaya». Tewfik Saleh, dans des films allégoriques, mettra à nu sur grand écran les «maladies infantiles» du monde arabe. En premier lieu, dans cette Egypte mythifiée qui se donnait à voir comme le cœur battant d’un panarabisme révolutionnaire. Mythe et réalité que Tewfik Saleh a disséqué à travers plusieurs films. Dès 1955, avec «Darb al-mahabil» (La Ruelle des Fous) 1955, co-écrit par Naguib Mahfouzt, Al-Sayyid Bulti, «Le Passage de Maître Bulti» (1967) et, plus particulièrement, «Al-moutamarridoune» (Les Révoltés) 1968. Entre son premier film et les suivants, il devra attendre bien des années… A cet époque, Nasser était au faîte de sa popularité. Mais la censure n’en était pas moins tatillonne. Elle veillait à ce qu’il ne soit pas porté ombrage au triomphalisme révolutionnaire en vigueur. Avec courte vue et suspicion. Il arrivait que Nasser, en personne, visionne les films, singulièrement ceux de Tewfik Salah. Lors d’une rencontre des cinéclubs, le cinéaste nous expliqua comment il contourna la censure à propos de son adaptation de «Yaumiyat Na’ib fi-l-aryaf (1968) de Tewfik El-Hakim. Son film visait à montrer les limites de la réforme agraire, initiée par Nasser, en s’appuyant sur un récit-réquisitoire contre la misère humaine et la corruption dans la campagne égyptienne des années 40 ! Cette précision n’intervenait que dans le post-générique. Le spectateur n’y faisant guère attention sortira de la projection convaincu que le film évoquait le présent…

DES HOMMES 
SOUS LE SOLEIL
Ainsi, Tewfik Saleh aura eu affaire à la censure et la bureaucratie à plusieurs reprises, y compris pour son chef-d’œuvre sur la question palestinienne «Les Dupes», d’après l’écrivain palestinien Ghassan Kanafani, (son livre intitulé «Des hommes sous le soleil». Et pour cause. Nous sommes aux antipodes de la représentation à la fois mélodramatique et unanimiste de la question palestinienne. Ici, plus qu’ailleurs, Tewfik Saleh s’écarte du pathos du cinéma égyptien et livre un regard empreint de scepticisme qui ne sera guère démenti depuis la sortie du film en 1973. Al-makhdu’un (Les Dupes), est aujourd’hui unanimement considéré comme un chef-d’œuvre qui a longtemps été escamoté dans le monde arabe et en Occident. Le film ne sera projeté en France qu’en 2006 à l’Institut du monde arabe.
Tewfik Salah a dû s’exiler pour s’installer en Irak, où il enseigna l’art cinématographique. Ce qui le conduira, en 1980, à réaliser -sous pression- «Al-ayyam al-tawila» (Les longs jours) d’après le roman de l’Irakien Abd al-Amir Mu’alla. Pour la petite histoire, le film fut produit par Terence Young qui signa les premiers James Bond. Le film raconte l’attentat, organisé en 1959, par le parti Baath contre le président Abdel Krim Kassem. Le héros de cette péripétie n’est autre que Saddam Hussein. L’attentat raté, le futur maître de l’Irak aurait trouvé refuge dans une ferme au bord de l’Euphrate. Ironie de l’histoire, c’est là qu’il sera débusqué en 2003. Dans «Les longs jours», Saddam est incarné par le chef de sa garde présidentielle, Saddam Kamel, qui lui ressemblait physiquement et qui deviendra son gendre. Après sa fuite en Jordanie, en compagnie de son frère Hussein Kamel, le film fut retiré illico presto des écrans irakiens. Les deux frères finirent tués après un retour négocié à Baghdad… Un véritable scénario shakespearien. Au moment où Tewfiq Saleh réalisait ce film à la gloire de Saddam, ce dernier était en odeur de sainteté en Occident et dans le monde arabe face à un Iran dont on redoutait l’exportation de «la révolution islamique». Mais plus tard, on reprochera au cinéaste exilé d’avoir cédé aux sirènes d’un dictateur. Le film est peu connu. Le procès en sorcellerie dressé contre le réalisateur égyptien serait pour beaucoup dans son effacement du paysage cinématographique.

LES LONGS JOURS
On ne lui connaît guère d’autre film après «Les longs jours»… Un titre emblématique pour son propre destin.
Tewfik Saleh et Youcef Chahine (disparu en 2008), tous deux sont nés à Alexandrie, de familles petites-bourgeoises. Tewfik Saleh était marié avec une Palestinienne. Ils furent en quelque sorte d’amicaux rivaux, représentant chacun une facette d’une époque dominée par un nassérisme triomphant dont il avait une approche plus que nuancée. Chahine a, pour sa part, réalisé une superproduction à la gloire de Salah Eddine Al Ayoubi, où les contempteurs ont reconnu l’effigie de Nasser. Mais la carrière de Chahine fut plus longue et plus prolifique. Il plut beaucoup en France où il trouva aide et admiration. Tewfik Saleh n’eut pas cette chance. Son œuvre était trop radicale pour être probablement au goût d’une certaine critique. Je garde un souvenir ému de lui, mélange d’aristocrate et d’intellectuel aguerri.
L’héroïque martyr Ahmed Zabana est allé dans une salle de cinéma pour faire découvrir à ses compagnons le film «Viva Zapata», avant de rejoindre le maquis ! Mais maintenant où sont passés nos cinémas d’antan ? n

 

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