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lundi, 29 octobre 2018 07:46

Iran: : À Mehran, l’imam Hussein déplace des foules iraniennes vers l’Irak

Écrit par Marc JOURDIER
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Au poste-frontière iranien de Mehran, un panneau n’indique que deux directions: l’Iran ou la ville sainte de Kerbala, en Irak, point d’aboutissement de la «marche d’Arbaïn»

, un des plus grands pèlerinages au monde. Venus des quatre coins d’Iran, des pèlerins chiites défilent en un flot ininterrompu le long des «mokeb», les tentes de ravitaillement qui se succèdent sur le dernier kilomètre avant la douane. Tous n’ont qu’un but: le mausolée de l’imam Hussein à Kerbala, à quelque 300 km. «Je fais ce pèlerinage par dévotion pour l’imam Hussein», explique Khadijeh Mehrjou, 36 ans, élue municipale d’une petite ville du centre de l’Iran. «L’un des effets du pèlerinage est qu’on en vient à mieux se connaître: à chaque pas, vous vous découvrez un peu plus tel que vous êtes», ajoute-t-elle. Troisième imam des chiites, Hussein, petit-fils de Mahomet, a été tué en l’an 680 à Kerbala par les troupes du calife omeyyade Yazid dont il contestait la légitimité à gouverner le Monde musulman. Chaque année, le deuil d’Achoura --date la plus importante du calendrier religieux chiite-- commémore ce «martyre» et Arbaïn, 40 jours plus tard (cette année le 30 octobre), marque la fin de cette période de deuil.

1,8 million de visas
Sous le dictateur irakien Saddam Hussein, le pèlerinage d’Arbaïn à Kerbala était interdit aux Iraniens. Durant cette période, l’Iran et l’Irak s’étaient menés une guerre entre 1980 et 1988 et le parti au pouvoir en Irak, le Baas, se présentait comme laïc. Après la chute de Saddam Hussein en 2003 et l’émergence d’un pouvoir chiite à Bagdad, les pèlerins iraniens ont repris le chemin de Kerbala. L’Iran s’est mobilisé aux côtés de l’Irak dans la lutte contre le groupe djihadiste sunnite Etat islamique (EI), qui a tenu de larges pans du pays de 2014 à 2017. Depuis quelques années, les Iraniens accomplissent en masse le pèlerinage vers Kerbala, soutenus activement par les autorités de leur pays, où le chiisme est religion d’État depuis le XVIe siècle. Cité par des médias d’État, le comité iranien organisant ce pèlerinage a récemment indiqué que plus de 1,8 million de visas avaient été délivrés aux «marcheurs» d’Arbaïn par Bagdad. Tous ne peuvent pas être à Kerbala le jour J. Certains partent à pied de chez eux, mais l’immense majorité voyage en bus ou en voiture jusqu’à la frontière. Mehran, dans l’ouest de l’Iran, est l’un des trois points de passage par lequel transitent les fidèles. L’essentiel, pour la plupart des participants, est de couvrir à pied les quelque 80 km séparant Kerbala de Najaf, autre ville sainte chiite irakienne. «J’ai déjà fait le pèlerinage cinq fois, et j’adorerais recommencer», dit Morteza Taghikhani, 39 ans, qui revient tout juste de Kerbala avec sa femme et leurs deux enfants de six et deux ans. «J’encourage mes amis et ma famille à le faire aussi», ajoute-t-il, affirmant avoir «eu les larmes aux yeux quand (il a) vu les dômes dorés de Kerbala». C’est «un voyage difficile», reconnaît cet employé dans l’industrie automobile, mais «l’hospitalité des Arabes», les Irakiens, est toujours «incroyable». Les abords de Mehran ont été transformés en un gigantesque parc de stationnement, où les pèlerins laissent leur voiture pour quelques jours. A la frontière, des costauds proposent leurs muscles pour pousser sur des charrettes à bras enfants, femmes ou vieillards.
Nation «sans frontières»
On marche seul ou en groupe, en famille --les enfants en poussette sont nombreux-- ou avec des amis. Le tchador noir est de rigueur pour les femmes et les hommes portent des couleurs sombres. Les marcheurs n’emportent presque rien, tout au plus un léger sac à dos: tout au long du chemin, ils sont assurés qu’on leur offrira le gîte et le couvert.
Beaucoup de personnes en fauteuil roulant font le voyage. Comme sous d’autres cieux, les fidèles croient que l’accomplissement du pèlerinage permet d’obtenir certaines grâces, comme une guérison. Pour les croyants, le choix délibéré d’Hussein d’aller jusqu’au martyr plutôt que de se soumettre à un pouvoir injuste résonne toujours. Surtout au moment où les relations entre l’Iran et les Etats-Unis traversent un nouvel accès de tension sur fond de rétablissement de sanctions économiques américaines contre Téhéran. Parlant d’une nation musulmane «sans frontières», Sajjad Entezar, clerc de 23 ans et étudiant dans un séminaire chiite, assure que «le message politique du pèlerinage pour les impérialistes est que cette nation ne peut être vaincue, ni économiquement, ni politiquement ni militairement».

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