Par Agences
L’ancien président tunisien Zine el Abidine Ben Ali, dont la chute début 2011 avait marqué le point de départ du «Printemps arabe», est décédé jeudi à Jeddah, en Arabie saoudite, où il vivait en exil. Après plus de deux décennies d’un pouvoir répressif, Ben Ali avait été forcé à quitter le pouvoir début 2011, sous l’impulsion d’un mouvement populaire, point de départ de la révolution du jasmin. Il avait fui, le 14 janvier 2011, dans des conditions rocambolesques, vers Jeddah, où il vivait en exil avec sa famille. Depuis cette date, la Tunisie, qui a vécu le premier tour d’une élection présidentielle libre, s’est engagée sur le chemin de la démocratisation, même si les difficultés politiques et économiques ont vu naître ces dernières années une forme de nostalgie dans une frange de la population. Parallèlement, à l’exception de quelques photos postées sur Instagram, notamment par sa fille Nesrine, presque rien n’avait filtré de la vie en exil de l’ancien dictateur.

« Un citoyen tunisien »
Des rumeurs sur sa mort avaient toutefois circulé à plusieurs reprises ces dernières années. Réagissant à ces «rumeurs», le Premier ministre Youssef Chahed avait assuré qu’il n’y avait pas d’opposition de principe à son retour. «C’est un cas humanitaire (…) S’il veut rentrer pour être enterré ici, je donne mon feu vert, avait-il dit. «Il mérite d’être enterré dans son pays. Il ne fera plus de mal. Il est mort! Cette personne était président et il fait partie de l’Histoire de la Tunisie», a déclaré Moncef Balghaji, dans le centre de Tunis. «Je ne le vois pas comme un président mais comme un citoyen tunisien. Et il a le droit d’être enterré ici, peu importe ce qu’il a fait», a indiqué pour sa part Mounir, qui n’a pas donné son nom de famille. Issu d’une famille modeste du centre-est du pays et arrivé au pouvoir en 1987 par le biais d’un «coup d’Etat médical» contre le père de l’indépendance Habib Bourguiba, Ben Ali avait rapidement instauré un régime ultra-répressif. Militaire de carrière formé en partie en France et aux Etats-Unis, «ZABA» (ses initiales) –comme le surnommaient ses opposants– s’est appuyé sur l’appareil policier pour étouffer toute contestation, ainsi que pour museler la presse et les syndicats.

Violations des droits humains
Omniprésent avec ses portraits officiels qui le montraient souriant, il se targuait d’améliorer le niveau de vie de ses compatriotes et d’avoir «fait de la Tunisie un pays moderne». Mais, durant ces 23 années de règne de fer, Ben Ali et son épouse Leila Trabelsi ont mis l’économie du pays en coupes réglés.
L’étendue des atteintes aux droits de l’Homme a en outre été soulignée lors des auditions publiques de l’Instance vérité et dignité (IVD), créée après la révolution pour faire la lumière sur les crimes de la dictature. Plus de 300 personnes sont notamment décédées durant la répression du mouvement de révolte né de l’immolation par le feu le 17 décembre 2010 d’un vendeur ambulant de Sidi Bouzid (centre), Mohamed Bouazizi, excédé par la pauvreté et les humiliations policières.
En 2018, à l’issue de procès par contumace pour «homicides volontaires», «abus de pouvoir» ou encore «détournements de fonds», Ben Ali avait été condamné à de multiples peines de prison, dont plusieurs à perpétuité. Son renversement en 2011 a profondément bouleversé une partie du monde arabe en constituant le point de départ du Printemps arabe, succession de révoltes ayant notamment abouti à la chute de l’Egyptien Hosni Moubarak et du Libyen Mouammar Kadhafi.
Le décès de l’ancien dictateur intervient quatre jours après la tenue du 1er tour de la présidentielle, scrutin qui doit permettre de consolider le processus démocratique dans l’unique pays rescapé de ce «Printemps arabe».
Sa mort survient aussi dans le sillage de celle, le 25 juillet, de Béji Caïd Essebsi, premier président tunisien élu démocratiquement au suffrage universel direct, en 2014.