John Bolton a été remercié. C’est le troisième conseiller à la sécurité nationale qui prend ses valises depuis le début de la présidence de Donald Trump. Cette instabilité dans les plus hautes sphères de l’État témoigne de la crise qui traverse l’élite US et que nous analysions dans « Le monde selon Trump ».

Par Mision Verdad
Après des décennies de mondialisation néolibérale accompagnée d’une projection militaire planétaire, Trump a été porté par les déçus de la mondialisation pour marquer un virage relativement isolationniste. Mais cette stratégie divise et la bataille fait rage au sein de l’establishment. L’éviction de Bolton, l’un des pires faucons de l’impérialisme US, en témoigne. Faut-il pour autant s’attendre à un apaisement de la diplomatie étasunienne ? L’annonce à partir de son compte du réseau social a été accompagnée d’une très brève explication sur le licenciement de son principal conseiller en politique étrangère. « Hier soir, j’ai informé John Bolton que ses services ne sont plus nécessaires à la Maison-Blanche. Je n’étais pas d’accord avec beaucoup de ses suggestions, comme d’autres dans l’administration, et donc… J’ai demandé à John sa démission, que j’ai reçue ce matin. Je remercie beaucoup John pour ses services », a-t-il dit. Peu après, Bolton a indiqué sur son compte Twitter qu’il avait offert sa démission à Trump, qui lui avait répondu : « Parlons-en demain ». Le troisième Conseiller à la sécurité nationale du président a quitté ses fonctions dans le sillage d’une série d’accusations portées contre lui, selon lesquelles il a été l’un des architectes du chaos dans lequel se trouve la politique étrangère américaine sur différents fronts géopolitiques. 

Le programme erratique des États-Unis
Il semble qu’un facteur transversal dans l’administration Trump soit derrière le changement de ses collaborateurs à la suite de luttes internes au sommet de la politique américaine. Cet état de chose résulte de la conjonction de mécanismes et de circonstances de pression entre le président et les instances de «l’État profond» qui constituent la sphère du pouvoir exécutif. Au cours de son tumultueux mandat, Donald Trump a dû défendre ses intérêts, même auprès de groupes républicains durs. Il a accordé des quotas spécifiques de pouvoir aux dénommés « faucons », qui sont des éléments des puissants lobbies du pétrole et des armes, afin de définir le développement de sa politique étrangère. Avec le renvoi de son conseiller à la sécurité nationale, Trump semble se dissocier de l’un des acteurs les plus notables de ce groupe, après nombre d’indications selon lesquelles l’administration actuelle du Bureau ovale est la plus chaotique dans le développement de la stratégie américaine, que ce soit sur ses fronts intérieur ou extérieur. La détérioration des relations économiques avec d’autres pays, la continuité des fronts de guerre hérités du passé et l’ouverture ou la réouverture de nouveaux schémas de sièges contre la Corée du Nord, l’Iran, Cuba et le Venezuela ont enlisé Washington dans des scénarios contre-productifs, aboutissant ainsi à un raidissement dans les relations américaines avec le monde. Le Washington Post, via  la plume de John Hudson, explique la chute de l’ancien conseiller en se référant aux coulisses de la Maison-Blanche. Selon le média américain, le faucon était devenu un obstacle pour plusieurs raisons. Les différends entre les deux étaient très clairs. 

L’homme, vu des coulisses
Trump a indiqué à plusieurs reprises qu’il voulait surmonter les pièges de politiques qui, pour lui, représentaient « des nuisances » héritées des administrations précédentes, et Bolton était un obstacle déclaré sur ce plan. Selon Hudson, il aurait également eu un rôle direct dans l’enlisement américain sur les nouveaux fronts ouverts après l’arrivée de Trump. En juin de cette année, après la décision de Trump de ne pas ordonner une attaque militaire contre l’Iran après qu’il eut abattu un drone américain, Bolton était « anéanti », a dit à Hudson un responsable américain familier de la question. L’ancien conseiller s’est également opposé au désir de Trump de rencontrer le président iranien Hassan Rohani afin de parvenir à un nouvel accord qui limiterait le programme nucléaire de l’Iran et éviterait à Washington et Téhéran un éventuel conflit militaire. En effet, la forte tension entre les États-Unis et l’Iran, qui faisait redouter une guerre, a connu un nouveau tournant à la suite du départ du faucon. A tel point que les principaux marqueurs pétroliers du monde, quelques heures à peine après l’annonce, ont enregistré une baisse du prix mondial du pétrole, suggérant que, pour les analystes du marché et les portefeuilles des acheteurs à terme, une baisse des tensions militaires avec la nation persane est à prévoir. Le front asiatique a également été témoin de désaccords clairs entre Trump et son conseiller, selon le Washington Post. « En Corée du Nord, Trump en était venu à considérer Bolton comme un obstacle possible à un accord nucléaire historique avec ce pays isolé et l’a exclu à plusieurs reprises de réunions importantes. Lors du deuxième sommet de Trump avec Kim à Hanoï, Trump a ordonné que Bolton ne soit pas présent à un dîner avec de hauts responsables américains et nord-coréens. Lorsque Trump a fait une visite surprise dans la zone démilitarisée en juin, il a envoyé Bolton en Mongolie au lieu de permettre qu’il reste dans le pays pour la réunion Trump-Kim », a rapporté le média. Le journal fait également référence à la position du Venezuela à la sortie de Bolton, puisqu’il s’agissait de « l’espace où le fonctionnaire avait la plus grande marge de manœuvre ». Au Venezuela, le programme de l’ancien conseiller s’est également soldé par un échec. « Trump a exprimé à plusieurs reprises son agacement envers Bolton et ses assistants sur la question que Bolton menait à sa guise : le Venezuela. Bolton avait dit au président que le président vénézuélien Nicolás Maduro pourrait être expulsé rapidement, après l’imposition de sanctions économiques par les États-Unis contre la compagnie pétrolière nationale du pays (…) la confrontation a aggravé la situation humanitaire, entraînant une grave pénurie de nourriture et de médicaments, » a souligné le média.  

Différence idéologique
C’est précisément le Venezuela qui est aujourd’hui au centre des tensions géopolitiques sur le continent américain. Sur cette zone convergent les résultats d’ordres du jour malavisés qui ont ébranlé tout le cadre des relations internationales des USA, surtout depuis janvier de cette année, lorsque les États-Unis ont parrainé l’ascension de Juan Guaidó au statut de «président intérimaire du Venezuela», faisant pression sur plus de 50 pays pour obtenir leur soutien. Mais jusqu’à présent, Guaidó n’a exercé aucun pouvoir réel au Venezuela. La figure de Guaidó constitue une forme de proto-État vénézuélien qui n’a pris une existence relative qu’à l’étranger, sous la pression des États-Unis, transformant les relations internationales en cirque à travers les missions « diplomatiques » parallèles des émissaires de Guaidó, et mettant en difficulté les pays qui avaient fait confiance à l’aventure du gouvernement instantané et autoproclamé. Le faucon aurait également été responsable de l’échec du rapprochement du gouvernement américain avec les Talibans en Afghanistan. Selon le Washington Post, « quelques jours avant sa démission, Bolton s’était fermement opposé à un accord en cours de négociation avec les Talibans pour retirer les troupes américaines d’Afghanistan, en échange d’une promesse selon laquelle le groupe militant ne permettrait pas que le pays devienne un théâtre d’attaques terroristes contre les États-Unis. » En fait, les Américains ont refusé une à une toute possibilité d’accord apte à mettre fin à la guerre, ce qui a signifié un bourbier politique pour toutes les administrations de l’après-George W. Bush. Pour John Hudson, il y a une explication fondamentale à l’opposition entre Trump et son ancien conseiller. « Au cœur de la tension entre Trump et Bolton se trouve une différence idéologique. Trump est arrivé au pouvoir en promettant de mettre fin aux « guerres perpétuelles » des États-Unis, et a déclaré que le pays gaspillait des milliards de dollars pour une présence militaire qui fait plus pour protéger les riches alliés américains que le citoyen américain moyen. La vision de Bolton, d’autre part, exalte l’utilisation de la puissance militaire américaine et favorise une réponse énergique aux adversaires américains traditionnels comme la Russie, l’Iran, le Venezuela et la Corée du Nord. À différents moments, Trump a essayé de tester des options diplomatiques avec chaque pays, mais Bolton a résisté agressivement à ses démarches. Bolton se distinguait également, dans les coulisses de Washington, par son action sur deux fronts. D’abord à partir de son bureau et de sa gestion en tant que bureaucrate, mais aussi, de façon camouflée, après des médias. Apparemment, face à l’échec de ses initiatives dans des cas spécifiques tels que le déclenchement d’une guerre ouverte contre l’Iran, Bolton est allé donner des informations choisies aux médias, afin de manipuler l’opinion publique et créer un climat belliciste en s’avançant sur les positions de la Maison-Blanche et en créant des points de pression, de façon à peser (inutilement dans de nombreux cas) sur les décisions de la Maison Blanche. Toutefois, après le départ du fonctionnaire, les voies de Washington restent impénétrables, en attendant une nouvelle nomination ». Les foyers élémentaires de pressions intestines, dans la politique américaine, qui étaient intervenus en faveur de la nomination de Bolton restent intacts, en particulier des ailes les plus dures du Parti républicain et de ses lobbies. Cela signifie que les chances de voir désigner un « modéré » en matière de sécurité et de politique étrangère restent minces, amenuisant ainsi la marge de manœuvre des États-Unis pour limiter les points de tension de leur programme erratique de relations internationales.