Question et revendication récurrentes, vécues comme une véritable problématique pour les artistes dans l’incapacité, pour la plupart, de vivre de leur travail. L’acquisition d’œuvres d’art par les musées, devenue extrêmement rare depuis près de trois décennies, a été débattue samedi dernier à Oran lors de la réunion de  l’Union nationale des arts culturels (Unac).

La structure, dont le bureau régional est dirigé par Abdelhafidh Boualem, ayant ainsi « appelé », lors d’une rencontre intitulée « la situation et la place de l’art et de l’artiste plasticien », à la réactivation de la commission chargée des nouvelles acquisitions dépendante du ministère de la Culture, mais, également, à mette en place des mécanismes à même d’inciter les entreprises publiques ou privées à consacrer une part de leur budget à l’acquisition de tableaux et d’œuvres d’art.
En effet, la commission dont l’avis favorable est légalement requis avant l’acquisition d’une nouvelle œuvre d’art par un musée. La situation sur le terrain et les témoignages des artistes laissent néanmoins supposer qu’elle est aujourd’hui inexistante ou dans l’incapacité de se saisir afin de répondre aux demandes des institutions muséales. L’artiste et membre de l’Unac, Hachemi Ameur, nous précisant, hier, qu’il avait lui-même été, et « depuis 2010 », confronté à cette problématique. Un grand musée d’Alger l’ayant, en effet, contacté avec l’aval du ministère pour l’acquisition de certaines de ses œuvres. « Nous avions préparé les dossiers, déposé nos œuvres, puis les choses se sont éternisées et, dernièrement, en juin 2019, j’ai reçu une lettre me demandant de venir récupérer mes œuvres (…) La cause étant que depuis 2010, la commission ne s’était pas constituée, le musée ne pouvait donc pas procéder à l’acquisition. » Artiste plasticien, largement connu pour ses miniatures et enluminures, Hachemi Ameur ajoute en ce sens que « l’existence d’une telle commission est nécessaire », tout en soulignant : « Nous avons besoin de personnes compétentes qui préconisent l’achat de nouvelles œuvres (…) Il  faut savoir qu’aujourd’hui les collections de nos musées sont principalement constituées d’acquisitions faites durant l’époque coloniale. »  Les artistes de la nouvelle génération n’ayant ainsi presque aucune visibilité dans les différents musées du pays. Quand il y a une acquisition, et cela est rare, il s’agit toujours d’oeuvres d’artistes disparus (…) C’est, bien sûr, une bonne chose, mais il serait également intéressant que l’on promeut le travail des artistes de leur vivant ». Question des acquisitions d’œuvres d’art qui dépasse par ailleurs les seuls musées, la réunion de l’Unac a également fait ressortir le manque d’intérêt des entreprises privées et publiques pour le marché de l’art. « Je pense que cette commission pourrait être l’origine d’une loi qui permuterait aux banques de soutenir les artistes (…) Cela se fait partout dans le monde, les banques achètent des oeuvres d’art. Il s’agit d’une valeur refuge », préconise en ce sens notre interlocuteur. Quant a « l’exportation » des œuvres d’art, elle apparaît tout aussi problématique pour les artistes et plus encore pour les plasticiens et sculpteurs, auteurs d’œuvres « matérielles ». « En ce qui concerne la vente des œuvres d’art à l’étranger, j’avais moi-même eu des propositions d’achat en 2017, lors d’une exposition qui avait été organisée par le ministère de la Culture en Arabie Saoudite (…) Cependant le ministère m’a clairement dit que la vente était interdite », témoigne ainsi Hachemi Ameur. Des difficultés et  des interdictions que l’on retrouve également en dehors des expositions à caractère officiel ; une œuvre d’art étant, pour rappel, « automatiquement » considérée comme un patrimoine national, nécessitant de ce fait plusieurs autorisations et expertises avant de pouvoir quitter le territoire. La raison invoquée généralement étant la lutte contre la  contrebande. Cela pose néanmoins un problème d’égalité des citoyens devant la loi,  Hachemi Ameur précisant en ce sens « un chanteur peut donner des concerts à l’étranger, un photographe d’art peut faire « sortir » ses clichés numériques… mais un peintre ne peut pas faire de même avec son travail ».n