Son dernier dribble, il l’a raté. Complètement. Krokro Abdelmadjid a voulu contourner la faucheuse pour jouir encore de sa vie, finalement trop courte. Il n’a pas réussi. La nouvelle de la disparition de Krokro a vite fait le tour de la planète football de Constantine et d’Alger. Le dribbleur de charme, le longiligne centre-avant du MO Constantine des années 70, le bourreau des défenses a tiré sa révérence. Il est parti discrètement, comme… il n’a pas vécu !

De Constantine, Hamid Bellagha
C’est que Madjid a fait partie du fameux trio Krokro-Fendi-Gamouh. Un trio qui s’est finalement révélé un quatuor en rajoutant l’élégant 4×4, Khaine Rachid. Krokro a fait partie du fameux « tikitaka » du MOC, bien avant celui du FC Barcelone. Il aura tout eu avec le MOC avec lequel il a commencé à taper du ballon dès les catégories minimes. Il a tout eu avec le MOC : la gloire, la reconnaissance de ses pairs, le talent inné de dribbleur, mais jamais un titre. Lui et ses compagnons échoueront toujours à un doigt du sacre, victimes des magouilles de certains responsables du bureau fédéral de l’époque. Devant son talent incroyable, conjugué à ceux de Fendi et de Gamouh, Krokro fera un temps une virée par l’équipe nationale et surtout attirera l’admiration des entraîneurs de l’époque. Parmi eux, Snella qui rêvait d’avoir l’attaque du MOC, et Khabatou qui est resté incrédule devant l’effronterie de ces jeunes prodiges qui ont « volé » à son équipe, le MCA à l’époque, pendant 23 longues minutes. Il ira saluer les joueurs constantinois aux vestiaires dès la fin de la rencontre, leur rendant hommage pour leur « incroyable talent».
Krokro avait comme deuxième prénom fidélité, celle qu’il a offerte à son club de toujours, le MOC. Il mettra fin à sa carrière à l’âge de 25 ans, quand le mouloudia de Constantine sera dissous après la réforme sportive de 1976. Tout comme plusieurs de ses compagnons du MOC, il préfèrera raccrocher plutôt que de porter les couleurs d’une autre équipe.

Derby mémorable
L’histoire retiendra aussi le mémorable derby constantinois entre le CSC et le MOC, à l’issue duquel les Blancs l’emportèrent par un cinglant 4 – 2. Krokro inscrira un but d’anthologie en mettant au vent toute la défense des « Vert et Noir », dribblant aussi le gardien, son ami feu, Bouhroum Saci, et restera un long moment sur la ligne des buts, seul, attendant d’autres « victimes ». Puis, faute « d’opposition » ; il mettra la balle au fond des filets d’un talon qui était pourtant la spécialité de son compère Rabah Gamouh, bien avant un certain Madjer. Après la disparition du MOC, Krokro s’installera à Alger à la fin des années 70 où il ouvrira un restaurant où ses potes du MOC et du CSC. Et plus tard ceux des clubs algérois, iront plusieurs fois en pèlerinage pour se remémorer le temps où le football était encore synonyme de beau jeu et de talentueux joueurs désintéressés. Krokro  a raté son dernier dribble à 68 ans. La faucheuse l’a rattrapé in-extrémis. L’AVC que « Boujaârane » (le ver de terre, allusion à sa taille et à sa façon unique de dribbler : ndlr), a eu il y a dix jours a fini par le terrasser. Adieu Krokro. Tes partenaires du MOC, tes adversaires sur le terrain et surtout la grande famille mociste et constantinoise se souviendront toujours de toi.n