Mohamed Charfi, élu hier président de l’Autorité de contrôle des élections, n’est pas une figure inconnue des Algériens, puisqu’il a occupé le poste de ministre de la Justice du temps de l’ex-président Bouteflika. Mais pas à n’importe quelle période, faut-il le préciser.

M. Charfi a d’abord dirigé le secteur sous la houlette de Ali Benflis en tant que chef de gouvernement. Ce dernier démissionnera en 2002 et son ministre de la Justice sera limogé, dans une période où il était soupçonné d’être proche d’un Benflis, ayant alors déclaré la guerre à Bouteflika, avant de rendre le tablier. Une crise sans précédent avait, en effet, éclaté entre les pro et les anti Bouteflika, qui s’est déclinée très clairement en un gouvernement bicéphale dans lequel figurait Charfi. Or, même si ce dernier n’avait pas exprimé publiquement son soutien à Benflis, dans les coulisses, on disait de lui qu’il l’affectionnait parfaitement. Le désormais président de l’Autorité de contrôle des élections était d’ailleurs un des proches amis de Abdelkader Sallat, ex-ministre délégué à la Réforme pénitentiaire, fidèle parmi les fidèles de Benflis, et qui avait été nommé par la suite porte-parole et directeur de campagne de ce dernier pour la présidentielle de 2004. Mais Mohamed Charfi a toujours cultivé la discrétion et n’a jamais affiché ses soutiens ou préférences politiques, contrairement aux autres ministres ayant déclaré publiquement leur soutien à Benflis, à l’instar de Fatma Zohra Bouchemla, Abdelmadjid Attar, Lakhdar Dorbani ou encore Abdelkader Sallat, qui ont été évincés du gouvernement au même titre que Benflis.
Et cette discrétion a fini par payer, puisqu’il est nommé une nouvelle fois, en septembre 2012, au même poste de ministre de la Justice dans le gouvernement Abdelmalek Sellal. Toutefois, il n’y restera qu’une année, avant de quitter encore une fois ce poste, sans que personne n’en connaisse les raisons. Pourtant, en 2014, il s’est avéré que ce départ précipité était intimement lié à l’affaire Sonatrach impliquant Chakib Khelil. M. Charfi avait alors refusé de fermer les yeux sur ce lourd dossier qui mettait à rude épreuve son éthique.
Concernant sa carrière professionnelle, ce natif d’Oued Zenati (Guelma), âgé de 72 ans, diplômé de l’Ecole nationale d’administration (ENA) et détenteur d’un doctorat en droit, jouit d’une longue expérience dans le secteur de la justice où il a eu à occuper d’abord, les postes de juge d’instruction, magistrat de siège, procureur de la République et procureur général durant les années 1970 à 1980. Durant cette période, il a notamment exercé à Biskra, Annaba, Guelma, Béjaïa, Sétif et Constantine. A la fin des années 1980, il a été nommé secrétaire général du ministère de la Justice sous la coupe de Ali Benflis. Ce dernier quittera son poste de ministre en juillet 1991, et M. Charfi n’hésitera pas à le suivre, avant de se retrouver à la Cour suprême, au poste de conseiller jusqu’à 1997. En 1999, il est nommé conseiller à la Présidence de la République avec l’arrivée de Abdelaziz Bouteflika au Palais d’El Mouradia.