Reporters : Vous avez récemment assisté au débat de l’Alternative démocratique pour une issue à la crise politique que connait le pays depuis le 22 février. Les politiques et la société civile se manifestent et multiplient les initiatives pour une sortie de crise qui n’a pas abouti pour le moment. Quel est l’apport des écrivains algériens durant cette crise, si l’on excepte les quelques ouvrages collectifs post 22 février qui traitent de l’impasse à laquelle fait face le pays ?
Amine Zaoui : Contrairement à ce que pourraient penser beaucoup de nos compatriotes, un homme de littérature a besoin de distance, d’un espace de réflexion et de méditation. La création et la production littéraire ne sont pas une action directe et ce n’est pas un acte politique que l’on pourrait manifester dans l’immédiat, alors que nous, on a besoin d’un texte littéraire de qualité et même de témoignage. Je pense qu’à la rentrée littéraire, on aura de nouveaux titres sur le mouvement populaire en cours. Personnellement, j’ai déjà un livre intitulé «Dieu n’habite pas la Mecque», et bientôt un autre livre sortira en langue arabe, que j’ai intitulé «l’Ecrivain du président qui ne trouve rien à dire». Un roman qui relate le vécu d’un écrivain chargé de rédiger les lettres et messages d’un président. Mais une fois le président déchu, l’écrivain chôme. Je traite donc, dans ce roman des intellectuels opportunistes qui se mettent au service du pouvoir au détriment de l’Etat nation.

Comment voyez-vous l’évolution de la situation ? Etes-vous optimiste quant à un dénouement de la crise ?
Je trouve que la convention de l’Alternative démocratique est un bon signe dans la mesure où elle a réuni plusieurs partis politiques et mouvements associatifs représentant les différentes catégories et tendances de l’Algérie depuis le 22 février. Mais je pense, toutefois, qu’il faut aller vers un débat direct avec la population. Je pense à un espace de débat à Constantine ou dans une autre wilaya. Pourquoi ces mêmes partis politiques, réunis aujourd’hui au siège du RCD, n’organisent pas une série de rencontres de proximité avec la population dans les différentes wilayas, pas uniquement sur des questions politiques, mais aussi culturelles, et historiques ?

L’interdiction de porter le drapeau berbère lors des marches de contestation populaire traduit-elle l’exclusion de la composante amazighe du pays ?
C’est une grande erreur d’interdire l’exhibition du drapeau berbère. Cette décision est anticonstitutionnelle. Pendant le Printemps berbère, les gens ont milité pour l’officialisation et la constitutionnalisation de tamazight. Cette revendication s’est traduite dans la Constitution de mars 2016, et l’interdiction de l’emblème amazigh, trois ans après l’officialisation de tamazight, est un recul dramatique dans la politique algérienne. Cette interdiction crée de la haine, la division et la séparation, d’autant qu’au début du Hirak, cet étendard était
porté sur tout le territoire national sans que cela suscite de polémique. Au contraire, les manifestants sont pour une Algérie plurielle, multilinguistique et multiethnique.