L’accélération des événements des dernières 48 heures aura été riche en enseignements. L’élection présidentielle semble irrémédiablement actée et son
«exécution» n’est qu’une question de temps. Un Conseil des ministres durant lequel deux projets de loi liés au scrutin ont été adoptés. La fin de mission d’un panel, dont le rôle premier semble bien d’avoir donné l’argument politique qui faisait défaut. Un édito d’El Djeïch particulièrement offensif, notamment contre les adversaires de l’option présidentielle tenue par le pouvoir. Une démission dans l’air d’un Premier ministre dont la tête est restée éminemment liée à l’élection présidentielle. Autant d’éléments expliquant que la machine est bel et bien lancée. Mais la grande question lancinante est comment réagira l’acteur le plus important dans tout processus électoral, l’électeur. Les conditions particulières dans lesquelles s’est retrouvé le pays après le départ forcé de Bouteflika sont inédites. Le Hirak, qui ne s’est jamais arrêté de manifester chaque mardi et vendredi, refusant cette option du vote dans les conditions actuelles et exigeant de véritables changements comme préalables, restera une autre énigme. Subsistera aussi la question concernant le timing choisi pour lancer la machine. Le chef de l’Etat par intérim suivra-t-il à la lettre la
«recommandation» du chef d’état-major de convoquer le corps électoral le 15 septembre prochain ? La proximité de cette date ne donne pas, à l’évidence, assez de temps pour mettre en place le minimum de conditions pour lancer un processus aussi lourd, notamment dans les conditions d’extra polarisation présentes. En face, force est de relever l’état de désillusion. L’opposition n’a pas été assez pugnace pour instaurer un contre-pouvoir qui aurait pu constituer un socle sur lequel aurait pu se jouer un minimum d’ouverture. Le boycott sera-t-il vraisemblablement la seule alternative d’action possible pour les partis de l’opposition ? En ce septembre 2019, l’Algérie est bel et bien une équation à multiples inconnues.