Le tribunal de Sidi-M’hamed, à Alger, ne s’est pas encore prononcé sur la demande de libération, introduite lundi dernier par le collectif de défense, des manifestants arrêtés pour avoir brandi l’emblème berbère. En effet, la demande de libération des quatre prévenus, entendus jeudi dernier au même parquet, est restée sans réponse au grand dam des parents et proches des détenus.

Mais loin de la capitale, les nouvelles sont plutôt bonnes pour les détenus. Le parquet de Batna s’est prononcé par la positive par rapport à la demande de liberté provisoire déposée par les avocats de la défense au profit de Massil Djahara, un jeune arrêté pour port du drapeau berbère. «La demande de libération du militant a été acceptée. Le jugement définitif sera connu dans les prochains jours», indique, non avec satisfaction, le Comité national pour la libération des détenus (CNLD).
Par ailleurs, le tribunal de Mostaganem a prononcé l’acquittement au profit de Hakim Aissi, qui avait été arrêté et mis en détention provisoire le 5 juillet dernier, pour port de l’étendard amazigh, bien que le procureur de la République ait requis une peine de deux ans de prison ferme à son encontre. Outre son acquittement, le juge a ordonné la restitution du drapeau amazigh qui lui a été confisqué au moment de son interpellation.
La défense a bâti son dossier sur «l’absence» de texte de loi interdisant l’exhibition d’une bannière identitaire ou culturelle dans la Constitution ou dans le code pénal.
Hakim Aissi est ainsi le deuxième détenu pour port de drapeau amazigh à avoir été relaxé après Nadir Fetissi, poursuivi à Annaba pour le même motif, avec restitution des objets saisis, qui sont les drapeaux berbère et national, alors qu’au cours de son procès le Procureur avait requis contre lui dix ans de prison ferme, assortie d’une amende de 20 000 DA.
Malgré une lueur d’espoir quant à la relaxe des autres détenus poursuivis pour le même chef d’inculpation principal, à savoir «atteinte à l’unité nationale», les Algériens s’interrogent sur le fonctionnement de l’appareil judicaire.
C’est l’image d’une justice qui «fonctionne à deux vitesses, en libérant des détenus écroués dans une wilaya et en maintenant d’autres dans une autre, dans un pays qui a les mêmes règles, les mêmes texte de lois et les mêmes juridictions», pour Zoubida Assoul, de l’UCP.
A Alger, 41 porteurs du drapeau berbère sont encore à El Harrach pour un «délit fictif», dénonce le porte-parole du collectif des parents des détenus d’opinions, Arezki Challal. Et face au refus de l’appareil judiciaire de relaxer ces détenus, plus de 82 citoyens, entre intellectuels, écrivains, journalistes et universitaires ont adressé une lettre ouverte au procureur général de la République. Il s’agit entre autres des écrivains Amine Zaoui, Brahim Tazaghart, Dajmel Mati, Lazhari Labter et du dramaturge Salim Souhali.
Ces derniers dénoncent le fait que les détenus de l’emblème amazigh restent en prison depuis longtemps sans que la justice se prononce sur leur condamnation ou leur libération. «Il s’agit d’une situation préjudiciable qui sanctionne arbitrairement les jeunes détenus tout en portant atteinte à l’image de la justice dans notre pays», lit-on dans la lettre rendue publique.
Les signataires précisent ne pas demander une «amnistie générale pour les détenus de l’emblème amazigh, mais leur acquittement pur et simple». Pour eux, la justice doit déclarer leur innocence et les libérer en leur restituant les emblèmes en leur possession au moment de leur arrestation, comme cela a été le cas au Tribunal d’Annaba et de Mostaganem.
Pour ce faire, «nous vous demandons d’accélérer l’instruction de leurs dossiers afin de déclarer le non-lieu ou de les renvoyer devant le Tribunal correctionnel pour une issue rapide», ajoutent-ils.
L’ONG internationale Humain Rights Watch (HRW) a dénoncé, pour sa part, un durcissement de la répression contre les manifestants du Hirak, dont les détenteurs du drapeau amazigh. «Les autorités ont arrêté des gens qui ne faisaient que brandir un drapeau ou une pancarte», affirme l’ONG, qui rappelle que l’exhibition d’un drapeau d’une communauté ethnique est un «acte d’expression pacifique» protégé par le Pacte international relatif aux droits civils et politiques que l’Algérie a ratifié en 1989, et par la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples.
Dans ce sens, l’ONG internationale appelle les autorités algériennes à
libérer toute personne arrêtée au motif d’avoir brandi «un drapeau identitaire».n